Esther Benbassa, bilan d’une sénatrice écologiste

Esther Benbassa est historienne spécialisée dans l’histoire du peuple juif et directrice d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Elle agit également depuis de nombreuses années dans la société civile dans la lutte contre les discriminations, le racisme, l’exclusion, ainsi que pour la défense des droits des « minorités ». En 2011, elle devient sénatrice et poursuit ses combats au Palais du Luxembourg tout en travaillant également sur les questions de sécurité et internationales. Parlementaire, active et médiatique, elle décide de se représenter en 2017 pour un second mandat. Nous l’avons donc rencontrée pour tirer un bilan de ces six années au Sénat.

Vous êtes universitaire et militez depuis longtemps dans le milieu associatif, comment en êtes-vous venue à vous présenter aux élections sénatoriales ?

Un soir, Sergio Coronado (député écologiste de 2012 à 2017), que je connaissais déjà par le biais de mon association le Pari(s) du vivre ensemble, m’appelle et me demande si je veux être sénatrice. Je n’y crois pas et je lui dis d’arrêter de me faire des gags. Il insiste, me rappelle, etc. Je réfléchis plusieurs mois et décide finalement d’accepter. J’étais 4ème sur la liste et je n’avais aucune chance de gagner, alors j’ai fait toutes les communes du département pendant six ou sept mois à la rencontre des grands électeurs et j’ai été élue avec une large avance.

Comment s’est organisé le travail au sein du groupe écologiste au Sénat ?

Au groupe écologiste du sénat, on été des personnalités très différentes et on été pas tous de la même tendance, mais on avait un groupe ce qui nous donnait quand même pas mal de possibilités pour porter une voix, pour demander ou défendre des choses. On s’est partagé les tâches. Moi je me suis occupée des questions sociétales, de sécurité, des réfugiés, d’international et comme je suis assez connue sur le terrain et dans les débats publics, j’ai pu porter des sujets très difficiles. On a pu faire de bonnes choses ensemble, même si on n’était pas toujours d’accord. Nous avons failli disparaître il y a 2 ans avec le départ de Jean-Vincent Placé, mais on a fini par trouver quelqu’un pour maintenir le groupe. Mais depuis cet été le groupe n’existe plus avec le départ d’André Gattolin. Il aurait pu rester 1 mois et attendre la fin de la session parlementaire, il y a eu des lois importantes : les ordonnances, l’état d’urgence… Mais il a préféré rejoindre le groupe LREM.

Quels ont été vos principaux engagements durant ce mandat ?

J’ai déposé dès Août 2012 une proposition de loi visant à légaliser le mariage pour tous pour contraindre le gouvernement à tenir ses promesses. J’ai fait la même chose avec une proposition de résolution sur le statut des déplacés environnementaux en octobre 2015 juste avant la COP21. J’aime dire que nous avons été des aiguillons au parlement. Sinon, j’ai aussi réussi à obtenir de la droite sénatoriale qu’une proposition de résolution sur la reconnaissance de l’état Palestinien soit adoptée. Je me suis battue pour le vote des étrangers, contre le contrôle au faciès, l’état d’urgence, le harcèlement sexuel, pour la légalisation du cannabis…

Comment expliquez vous justement que nous ayons toujours pas avancé en France sur la question du cannabis ?

Il a des raisons électoralistes, bien entendu, mais aussi du conservatisme. Le cannabis continue d’être un tabou et c’est un vrai problème : comment voulez-vous lutter, faire une politique de prévention utile face à un tabou ? Les politiciens sont en retard par rapport à l’évolution de la population. Nous avons commandé un sondage à l’occasion d’un colloc au Sénat en 2016 sur le sujet : 84% des français reconnaissent que l’interdiction est inefficace.

Vous vous êtes également beaucoup engagée pour la cause des migrants, et vous n’avez eu de cesse de critiquer la politique du précédent gouvernement à leur égard. Que pensez-vous des déclarations d’Emmanuel Macron quand il dit qu’il ne veut plus de migrants dans les rues d’ici à la fin de l’année ?

On jugera Emmanuelle Macron sur ses actes, mais je ne crois pas un instant à ses bonnes intentions. L’accueil que nous réservons aux migrants n’est pas à la hauteur de la crise que nous vivons. Il faut leur ouvrir la porte, les héberger dans des conditions sanitaires dignes et les accompagner. Il y a eu aussi de nombreuses violences policières, notamment à Calais. Vous savez je suis historienne et ce que l’on fait aujourd’hui c’est exactement la même chose que ce qu’on a fait aux juifs qui ont fui le nazisme en 1938 et aux espagnols en 1939. On a fermé les frontières et on a dit qu’on ne pouvait pas les accueillir pour des raisons économiques. Ce que fait aujourd’hui Angela Merkel en Allemagne est admirable. Elle a su dépasser les clivages politiciens et prendre ses responsabilités pour faire la chose quelle devait faire : accueillir comme il se doit les réfugiés. Elle redonne de la fierté à la génération allemande actuelle qui porte encore le poids de l’histoire et la culpabilité du nazisme.

Quelles seront vos priorités si vous êtes réélues ?

Je continuerai bien entendu mes combats et avec la nouvelle Loi Travail et le nouveau tour de vis sécuritaire il y aura beaucoup à faire. Mais il faut rester humble et attendre le résultat des élections.

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