« Changer le monde un geste à la fois » : Périple d’une Jeune Écologiste en terre québécoise

Nous sommes le 31 décembre 2015, une tempête de neige vient de s’abattre sur le Québec, il fait -18°C, et je pose pour la première fois le pied outre-Atlantique. Les raisons de ma venue ? Réaliser mon rêve des grands espaces de wilderness canadiens et faire un stage de six mois dans la plus grande organisation environnementale québecoise : Equiterre.

logo_couleutrEquiterre est l’acteur clef pour les questions d’environnement au Québec. Même si l’organisation se partage la scène environnementale avec Greenpeace et David Suzuki (l’équivalent d’un mélange entre Nicolas Hulot et Yann Arthus Bertrand), tout bon média voulant aborder les questions d’environnement aura son interview de Steven Guilbeaut, le porte-parole de l’organisation. Créée en 1993 en réponse au Sommet de la Terre de Rio, Equiterre porte depuis 20ans la même mission : bâtir un mouvement de société en incitant citoyens, organisations et gouvernements à faire des choix écologiques, équitables et solidaires.

Riche de plus de 17 000 membres, elle a acquis une crédibilité et une force lui permettant de mener des projets ambitieux sur les questions d’agriculture, de transports alternatifs, de commerce équitable, d’énergie ou encore de pesticides.

Manière de communiquer, de percevoir l’écologie, de gérer l’organisation… Adhérer chez Equiterre ou chez les Jeunes Écolos ne se ressemble pas pantoute (pour les novices du québécois, « pantoute » signifie « pas du tout »). A travers ce petit article, je voulais vous partager mon expérience et mes réflexions afin de se questionner toujours et encore sur la meilleure manière de convaincre à la beauté de l’écologie.

Cet article n’est qu’un retour personnel, il est bien possible que d’autres personnes ayant vécu au Québec aient perçu les choses autrement.

Travailler sur le terrain : un levier de crédibilité pour les discours portés

Le travail d’Equiterre est à la fois un travail de terrain, grâce au développement de projets concrets, mais aussi de sensibilisation et de lobbying, avec des campagnes d’ampleur sur des choix de société.

Créant en 1996 le plus grand réseau d’agriculture soutenue par la communauté, ASC (l’équivalent de nos AMAP), Equiterre fait découvrir à de nombreuses familles québécoises la formule du panier biologique et local. Avec plus de cent fermes, le Réseau des fermiers de famille nourrit désormais plus de 50 000 foyers et s’affiche comme la plus belle réussite sociale d’Equiterre. Que ce soit lors des kiosques, démarchages ou tractages auxquels j’ai participé, la renommée du projet était unanime : «Equiterre ? Ah oui les paniers bios ! ». Convaincu que la réalisation de projets de terrains est essentielle, Equiterre n’hésite pas à travailler sur des projets locaux et personnalisés : approvisionnement local des hôpitaux de Montréal, des services de garde du sud de l’île, accompagnement des commerces vers plus de produits équitables ou bien encore aider les municipalités à développer les transports actifs. Si ce travail demande une expertise et une charge salariale (une dizaine de chargés de projet travaille pour Equiterre), les actions de terrains ont permis à l’organisation de confirmer sa compétence, et ainsi sa crédibilité, pour porter une voix environnementale sur la scène médiatique et politique.

Grâce à la légitimité acquise, Equiterre travaille également à mobiliser les citoyens et à influencer les politiques sur deux grands dossiers thématiques : les pesticides et les changements climatiques. Lutte contre les projets de pipelines, de sables bitumineux, sensibilisation aux effets néfastes des pesticides… Ces thématiques seront l’objet de propositions de lois, de manifestations ou de pétitions lancées par l’organisation.

  • Similarité Equiterre/Jeunes Écologistes : La volonté de travailler à différentes échelles de la société.

Projet local pour Equiterre et groupes locaux chez les JE. Choix de société pour l’un, motions thématiques pour l’autre.

  • Piste de réflexion : Chez les Jeunes Écolos, ne serait-ce pas pertinent que, dans les groupes locaux, nous développions plus de projets « concrets » ? Création de jardin potager, lancement d’une monnaie locale, d’une troupe de théâtre anti-discrimination, d’un atelier de do it yourself… Chaque GL, selon ses envies, pourrait développer un projet de long terme qui lui plaît et ainsi mener, en parallèle des actions de sensibilisation, des projets concrets en faveur de l’écologie politique.

Une écologie qui valorise et récompense chaque effort : doit-on brosser la manche des politiques ?

Comme chez les Jeunes Écologistes, Equiterre est dans une démarche très positive de l’écologie.
Loin des discours alarmistes et pessimistes, l’organisation axe sa communication sur une écologie joyeuse, porteuse d’espoir et créatrice de liens sociaux. Leur technique est donc simple : encourager, puis valoriser.

Facile à faire quand il s’agit d’initiatives citoyennes mais en est-il de même pour les actions politiques ?

Française donc contestataire de base, accentué par le fait d’être une Jeune Écologiste, les discours de soutiens et d’encouragements d’Equiterre auprès de Trudeau m’ont un peu questionné au début de mon stage. Franchement, avons-nous déjà, dans une seule de nos communications, applaudi un politique pour ces actions menées ? La réponse est non (hormis si c’est un écologiste ou un politicien étranger, auquel cas nous sommes plus indulgents). Mais féliciter un politicien libéral pour le fait d’avoir réalisé ce qu’il avait promis de faire nous paraît impensable. Pourquoi ? Car on peut toujours aller plus loin en faveur de l’écologie (et que les politiciens devraient idéalement concrétiser leurs promesses…). Chez Equiterre, on ne pense pas comme cela : toute démarche politique doit être valorisée et encouragée.

Cette démarche semble gagnante lorsque l’on voit l’écoute que les personnalités politiques accordent à Equiterre.

Ainsi, que ce soit à la ville de Québec (capitale du Québec) ou d’Ottawa (capitale du Canada), l’association y a désormais ses sièges afin de pouvoir être au plus proche des politiciens et leur apporter conseils et expertises.

  • Piste de réflexion : Est-ce perdre en crédibilité politique que de travailler avec des politiciens qui ne partagent pas nos idéaux? Valoriser des initiatives ne permet-il pas de créer une incitation positive pour l’écologie ? L’écologie doit-elle être partisane ?

Malheureusement, mon expérience chez Equiterre ne m’aura pas permis de répondre à ce débat passionnant, mais sans fin. Toutefois, mon stage m’aura permis de m’imprégner dans une autre culture associative, moins contestataire.

A noter : les dirigeants d’Equiterre me confiaient se retrouver dans la personne de Nicolas Hulot en France.

Ok pour l’environnement : mais l’écologie politique, elle est où au Québec ?

Un parti vert au Québec ? Oui mais quasiment inexistant. 2% en 2008, 1% en 2012 et 0,55% en 2014, le Parti Vert du Québec (PVQ) n’est pas le meilleur représentant de l’écologie politique sur la scène québécoise. On lui préférera Québec Solidaire. Créé en 2006, le parti porte des valeurs écologistes, féministes, altermondialistes, pluralistes et souverainistes. Disposant de 3 sièges à l’Assemblée Nationale depuis 2014, Québec Solidaire est la quatrième force politique du Québec après le Parti Libéral, le Parti Québécois (sociaux-démocrates nationalistes) et Coalition Avenir Québec (centre-droit). Si je disposais du droit de vote au Québec, mon choix irait naturellement vers Québec Solidaire. En effet, le parti se définit comme « un parti de gauche qui vise la construction d’une société basée sur la justice sociale, l’élargissement de la démocratie, l’égalité entre les hommes et les femmes, le respect de nos écosystèmes, l’établissement de liens égalitaires et pacifiques avec les peuples du monde entier et, en premier lieu, avec les nations autochtones avec lesquelles nous partageons ce territoire. Son projet de société a pour fondement la démocratie participative et la souveraineté populaire ».

J’espère que cet article vous a appris des choses sur la vision de l’environnement et de l’écologie au Québec. A part cela, je vous encourage vivement un séjour québécois : on y boit de délicieuses bières aux bleuets, on s’émerveille devant le gigantisme naturel, rencontre des gens conviviaux et on a l’occasion d’avoir « Poutine » dans son assiette !

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