#InsideCOP J10 : 2 jours avant un accord ?

Du 30 novembre au 11 décembre a lieu au Bourget, en Seine-Saint-Denis la COP21. Les 7000 représentants des 196 signataires de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique se réunissent afin de mettre sur pied un accord universel de lutte contre le changement climatique. Cinq jeunes écologistes ont réussi à se faufiler à l’intérieur du centre de conférence. Chaque soir, ils racontent à la Souris Verte leur journée #insideCOP.

Vous pouvez relire les récits des précédentes journées en cliquant ici.

Aujourd’hui, nous retrouvons Axel, militant à Rouen et membre de la délégation des Jeunes Écologistes à la COP21.

SV : Salut Axel ! Merci de prendre un peu de ton temps pour répondre aux questions de la Souris Verte, d’autant plus qu’on arrive à moins de 48h de la COP et que les négociations s’accélèrent. Hier, Laurent Fabius, président de la COP a annoncé qu’il allait présenter une nouvelle version de l’accord en début d’après-midi. Avant d’en venir à cette nouvelle proposition, comment s’est passé la matinée d’aujourd’hui ?

Axel : Ce matin, nous étions dans la même situation qu’hier soir, à attendre la nouvelle version de l’accord prévue pour 13h. Les négociateurs comme les observateurs étaient dans l’attente pendant toute cette matinée. Il y avait sans doutes quelques réunions bilatérales confidentielles mais il n’y avait aucune session de négociation inscrite à l’agenda. On était entre ONG dans une situation assez tendue.

De notre côté, on avait prévu une action pour interpeller la France sur son manque d’exemplarité au niveau national en montrant du doigt des projets comme l’aéroport de Notre-Dames-Des-Landes. Notre action était bien ficelée, on avait préparé plein d’avions en papier mais on a reçu un mail dans la nuit nous informant que notre action n’avait pas été autorisée. On a franchement eu l’impression de se faire censurer.

Beaucoup d’ONG étaient assez énervées et réfléchissaient à des actions de masse en invoquant même un départ des ONG de la COP ou des actions non autorisées qui risquaient de nous faire perdre nos accréditations. Tout le monde s’est rendu compte de cette tension, même la présidence française qui a cherché à apaiser la situation. Pour la première fois depuis le début de la COP, une réunion a été organisée entre Christian Figueres, la secrétaire exécutive de la CCNUCC (Convention Cadre des Nations Unies sur la Changement Climatique, qui organise les COP) et les observateurs des ONG uniquement. C’était assez drôle pour Léa, qui est allée à cette réunion, de voir les négociateurs des états se faire sortir de la salle alors que nous sommes plutôt habitués à l’inverse, c’est-à-dire à ce que les observateurs des ONG se fassent sortir de salles réservées aux négociateurs des états. Le but de cette réunion était d’écouter nos remarques, nos critiques ou nos recommandations. La réunion était avant tout pour nous amadouer, nous faire plaisir mais… ça a plutôt bien marché.

Pendant cette matinée, nous avons aussi eu la chance d’échanger avec Pascal Canfin qui nous a accordé une vingtaine de minutes pour qu’on puisse discuter tous les quatre ensemble [Pascal Canfin et les trois délégués jeunes écolos]. C’était très intéressant mais personnellement, je l’ai trouvé un peu trop positif quant au déroulement de la COP. Selon lui, il y avait vraiment moyen de réussir, que tout le monde était autour de la table, que tout le monde faisait des bonnes choses, que ce qui était fait autour était vraiment top, même si l’accord n’était pas terrible. Quand on lui parlait des difficultés pour les observateurs des ONG de se faire entendre, de participer, il trouvait, au contraire que les ONG arrivaient plutôt bien à participer. J’étais très content de le rencontrer parce qu’il est vraiment calé, c’était super mais je ne partageais pas son point de vue sur plusieurs points. Il est assez proche des négociateurs pour faire avancer les choses mais ne se rend plus compte du fait que les petites ONG ou les simples citoyens n’ont pas moyen de se faire entendre alors que ce sont celles qui ont le plus à dire. Il n’y a que des grosses ONG comme Greenpeace ou le WWF qui arrivent à peser.

SV : à 15 heures, avec deux heures de retard, Laurent Fabius a présenté la nouvelle mouture du projet d’accord. Quelle a été la réaction des ONG, des observateurs, à cette nouvelle proposition ?

Axel : ça a d’abord été assez drôle car il y a eu un vrai rush après la présentation de Fabius lorsque la nouvelle version a été distribuée en version papier. Les gens se battaient pour la prendre. Nous étions à ce moment-là près des ordinateurs où les gens défilaient pour pouvoir imprimer le document le plus vite possible. Les Observateurs, en plein rush, se réunissaient en petits groupes de travail pour décortiquer le texte. Les premières analyses sont arrivées très vite et ont confirmé le scepticisme qui planait ce matin vis-à-vis de cette nouvelle version. Certes, le texte est plus court, plusieurs options ont été simplifiées, il y a moins de mots entre crochets mais aucun des points importants sur lesquels on pourra juger de la qualité de l’accord n’a été tranché pour l’instant. On ne sait toujours pas si l’accord sera contraignant ou pas ou quelle sera la hauteur du financement.

SV : Est-ce qu’il y a eu des passages qui ont été enlevés ? Dans les jours précédents, on avait pu parler des droits des femmes, des droits des indigènes, de l’équité intergénérationnelle : ces passages-là font-ils toujours partie de l’accord ?

Axel : C’est justement un des points-clé. La question des droits humains était une question sur laquelle j’avais travaillé et on est franchement déçus. Le paragraphe en question (article 2, alinéa 2) est encore présent mais intégralement entre crochets ce qui fait qu’il pourra encore disparaitre intégralement. Ce passage entre crochets a même été largement allégé. Tout ce qui concerne l’équité intergénérationnelle et que défendent les organisations de jeunesse a été supprimé, cela n’apparait plus dans le texte et ne pourra pas y revenir.

Autre exemple, j’avais travaillé sur un petit groupe sur l’accès à la nourriture et ce passage est toujours présent dans le projet d’accord. Pourtant, un observateur d’Action Contre La Faim, qui se battait pour que ce passage figure dans le texte a eu l’impression de s’être fait avoir. Ce serait l’Arabie Saoudite qui aurait fait pression pour que cela reste dans l’accord, pour pouvoir l’utiliser contre toute action qui viserait à changer le modèle agricole vers un modèle moins consommateur de pétrole. En maintenant cet objectif, ils espèrent pouvoir réduire les ambitions de l’accord. Ce point précis pourrait donc se retourner contre nous.

SV : Dans l’après-midi, comment les ONG ont-elles réagi à la publication de cette nouvelle proposition assez décevante.

Axel : Les ONG étaient donc assez mécontentes et ont décidé d’organiser une grande action commune. Il s’agissait de la première action qui n’était pas organisée par une seule ONG mais par toute la société civile. C’était vraiment cool. On a participé à l’organisation de l’action et normalement, il faut déposer une demande la veille avant toute action, ce qui n’a pas été fait. C’était une action de désobéissance civile en quelques sortes puisqu’on avait pas demandé d’autorisation et qu’on risquait donc de perdre nos accréditations. Il y a juste eu une petite réunion avec la sécurité qui a décidé de tolérer l’action. Comme les ONG ont su que l’action était tolérée et que le risque de perdre son badge était faible, beaucoup sont venues à l’action. On a organisé un grand sit-in à quelques pas de la grande salle plénière. On est resté assis pendant 3/4 d’heure en chantant, en criant, avec des banderoles sur nos différentes revendications (le financement, la responsabilité commune mais différenciée, l’objectif des 1,5°C, les droits humains…). L’idée était de montrer que nous restions vigilants sur l’avancée des négociations, que nous surveillions les états. On a ensuite enchainé sur une grande parade à travers Le Bourget puis nous avons déposé nos revendications sur un monument à la COP qu’on appelle la Tour Eiffel.

 

    SV : Le fait que les ONG se joignent pour ce genre d’action est-il le signe de leur difficulté à se faire entendre par des moyens plus classiques ? Axel : Je pense que les actions ont un impact très important, peut-être même plus que le lobbying. On a eu une grosse couverture médiatique, toutes les chaines étaient présentes. Je pense que la pression que l’on crée via les actions crée un contexte qui fait que les négociateurs ne vont pas trop vouloir nous déplaire. Quand Fabius et ses équipes rédigent l’accord, ils le font en tenant compte non seulement des positions des pays mais aussi de ce qui est tenable vis-à-vis de la société civile. Je pensais au début que seules les YOUNGO, les organisations de jeunes, organisaient ce genre d’actions mais en réalité, toutes les ONG en font. Les actions et le lobbying sont vraiment complémentaires. SV : Ce soir, il y avait une nouvelle séance plénière. Qu’en est-il ressorti ? J’imagine que ça a pu vous donner un aperçu de comment le texte avait été accueilli par les différents pays ? Axel : Comme le nombre de personnes qui peuvent accéder à ces plénières est très limitée, on doit se répartir les places avec les autres organisations de jeunesse. Et pour la première fois, c’est moi qui ait pu y accéder, même si j’étais tout au fond. Fabius, en tant que président, choisit sur quoi le débat porte et il a divisé le débat en deux parties, le fond et de la forme.  

 

Sur la forme, plusieurs pays s’étaient plaint du fait que trop de réunions importantes étaient organisées en même temps et que la petite taille de leur délégation ne leur permettait donc pas d’assister à toutes. Fabius les a entendu et a donc proposé de limiter les négociations à deux lieux différents, donc à deux discussions parallèles au maximum. C’est une bonne chose qui a été bien accueillie par les tous les groupes pays.

Sur le fond, chaque groupe de pays (le groupe africain, le groupe du G77, l’Union Européenne, les états insulaires, les producteurs de pétrole…) se sont réunis dans l’après-midi pour avoir une position commune par groupe. En effet, les états ne prennent pas tous la parole mais se font représenter via leur groupe. Chaque groupe a présenté ses revendications qui sont restées assez classiques puisque l’accord n’avait pas vraiment avancé sur le fond. Par exemple, les Maldives (états insulaires) ont pris la parole pour critiquer l’article 2, alinéa 1 où il existe encore trois options pour l’objectif de réchauffement : l’option 1 défend l’objectif des 2 degrés, l’option 2 défend l’objectif d’être en dessus de 2 degrés et l’option 3 défend l’objectif du 1,5°C. Les Maldives ont demandé que l’option 1, inconcevable pour eux, soit retirée, que la négociation porte sur l’option 2 ou 3 et ont précisé qu’ils défendaient l’option 3.

Chaque groupe de pays a ensuite expliqué quel point était important pour eux mais c’est resté très classique. Les états insulaires ont parlé de l’objectif de 1,5°C et du financement. La Chine a rappelé la responsabilité historique des pays développés, en citant les pays de l’annexe 1 du protocole de Kyoto, les pays développés au début des années 90, donc dont elle ne fait pas partie. Tout le monde campait sur ses positions habituelles.

SV : Merci beaucoup Axel ! Bon courage pour ces dernières 48h ! On sent que la fin de la COP approche, que tout s’accélère, avez-vous déjà prévu de rester dormir sur place ce soir ou est-ce que vous rentrez encore dormir dans un vrai lit ce soir ?

Axel : On rentre encore ce soir. Pour l’instant, il n’y a pas encore d’intérêt à rester entre minuit et 7h du matin donc non, on va rentrer se coucher !

SV : Alors bonne nuit !

 

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