Art de rue par Banksy

Discriminées pour être une Femme : de l’enseignement supérieur au monde professionnel européen

Devenues, en Europe, majoritaires dans l’enseignement supérieur, les femmes sont pourtant toujours soumises à une discrimination professionnelle, à un encadrement social et étatique, les cloisonnant dans une vision archaïque de la société et de la femme qui doit, nous l’espérons, évoluer et changer plus que rapidement.

LES FEMMES MAJORITAIRES

Alors que dans des pays comme la France, la part des femmes dans l’enseignement supérieur avoisinait à peine les 45% dans les années 1970, et qu’en 1998 en Allemagne il y avait plus d’hommes à être diplômés du supérieur que de femmes (Échantillon 1). Aujourd’hui la courbe semble s’être inversée. Les femmes sont dorénavant majoritaires tant dans les établissements du troisième degré de l’Union Européenne (UE), que parmi les étudiant·es diplômé·es de l’enseignement supérieur. Les chiffres les plus récents datent de 2012 et annoncent une moyenne au sein de l’UE de 1,4 femmes diplômées pour un homme diplômé (Éch. 2). Certains pays ont complètement renversé la balance ; ainsi, en Estonie, en Lettonie et en Pologne, on dénombre deux fois plus de femmes diplômées du troisième degré que d’hommes. Alors que d’autres pays, comme la France et l’Espagne, se retrouvent en dessous de la moyenne européenne tout en restant dans la dynamique d’une majorité féminine.

Si l’on s’arrêtait à ce constat, cet article n’aurait que peu de sens, ou alors celui de se réjouir de ces nouvelles. Certaines barrières symboliques ayant changé, ont pourrait en déduire tout simplement une réelle amélioration de la condition des femmes. Or cette interprétation simpliste masquerait tout bonnement la réalité qu’est la domination masculine dans notre société [au sens le plus large, dans le constat où cette domination est présente dans toutes les strates de la société et dans tous les individus à différents degrés]. Or nous pouvons nous poser une question : est-ce que cette tendance nouvelle d’égalitarisme dans l’enseignement supérieur se répercute-elle, voir se poursuit-elle dans le monde du travail ?

Échantillon 1 : Femmes diplômées du supérieur pour 1 homme – 1998

Échantillon 2 : Femmes diplômées du supérieur pour 1 homme – 2012

Échantillon 3 : Écart du taux d’emploi des femmes par rapport aux hommes [population diplômée du supérieur] – 2012

Échantillon 4 : Écart du taux d’emploi des femmes par rapport aux hommes [population diplômée du supérieur] – 2016

Échantillon 5 : Écart du taux d’emploi des femmes par rapport aux hommes [population diplômée du supérieur et ayant 2 enfants de moins de 6 ans] – 2013

Échantillon 6 : Écart du taux d’emploi des femmes par rapport aux hommes [population diplômée du supérieur et ayant 2 enfants de moins de 6 ans] – 2016

↗ Source : Eurostat

“LES GRANDES PERDANTES DU MARCHÉ DU TRAVAIL”

D’après les données transmises par Eurostat, cette amélioration de la place des femmes n’a aucune incidence ou elle est très minime, sur le taux d’emploi des femmes en UE. En effet, des pays comme l’Estonie et la Pologne, où les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes à être diplômées du supérieur, les écarts des taux d’emploi entre les personnes de sexe féminin et masculin diplômées du supérieur en 2012 (Éch. 3) sont les plus importants d’Europe. C’est à dire que même si les femmes sont très présentes, voire majoritaire, à la sortie des établissements du troisième degré, elles restent les grandes perdantes du marché du travail Européen. Une fois leur diplôme en poche, les femmes d’Europe se voient excluent et deviennent minoritaires. La tendance favorable aux femmes à l’université ne perdure plus vraiment une fois entrées dans le monde du travail.

Mais cet « indicateur » (Éch. 3/4) ne montre pas la véritable dissension entre les femmes et les hommes. Ce dernier oublie de prendre en compte la situation particulière des individus. Une fois pris en compte le facteur de la certification (diplômé du supérieur) et de la situation familiale (2 enfants de moins de six ans), cet écart passe de -7,2% en 2012 (Éch. 3) à -18,1% en 2013 (Éch. 5) en UE. Ainsi pour une femme européenne diplômée du supérieur et ayant deux enfants de moins de six ans en 2013 (Éch. 5), cet écart d’inégalités sera triplé par rapport à la situation précédente (Éch.3). Il y a donc en UE en 2013, pour 100 hommes (Éch. 5) qui travaillent, seulement 82 femmes qui détiennent un emploi, soit 18 de moins (arrondis à l’inférieur). Cette différence est bien plus importante dans certain pays comme la Grèce (-23,5%), l’Estonie (-35,2%) ou encore l’Allemagne (-23,8%).

Grâce à ce nouvel indicateur (Éch. 5), nous pouvons constater que les situations individuelles font beaucoup évoluer les statistiques. Plus nous allons vers le général moins il y a d’inégalités, et plus nous allons vers le particulier, plus elles sont présentes. Ainsi, quand nous analysons les échantillons de populations diplômées et ayant des enfants en bas âge, nous observons bien une accentuation des écarts des taux d’emploi. Il y a donc une corrélation claire entre la garde d’enfants et au sens plus large, le fait d’avoir des enfants, et l’absence d’une grande part des femmes dans le marché du travail.

Le constat est malheureusement stable. De 2012 à 2016 que ce soit pour une population nouvellement diplômée (Éch. 3/4) ou pour une population diplômée et ayant deux enfants en bas-âge (Éch. 5/6), les écarts entre taux d’emploi des femmes et des hommes sont restés en quatre ans à l’échelle nationale et européenne, les mêmes.

↗ Source : Eurostat

DISCRIMINATION ET TRADITION

Pour expliquer ce résultat déplorable nous pouvons nous pencher sur les structures des sociétés européennes. Le problème est que les pays européens tendent politiquement et culturellement à s’unifier et s’uniformiser par la mondialisation, les migrations ou encore par l’intégration/construction européenne, mais ces sociétés restent encore très particulières entre elles sur beaucoup de points culturels, sociaux, politiques et économiques.

Premièrement, il est question de l’archaïsme de la vision qu’ont les individus des femmes. Une vison archaïque et machiste. Celle du passé encore présent, celle des femmes au foyer, s’occupant seules des enfants et des travaux ménagers, pendant que l’homme est au travail. Cette conception s’est, dans de nombreux pays de l’UE, atténuée ou modifiée. Mais elle reste encore très présente aujourd’hui. Regardons ces pays où les femmes sont deux fois plus nombreuses à être diplômées du supérieur mais deux fois moins nombreuses à avoir un emploi par la suite (Éch. 2 et 6). Même si elle tend à diminuer [je ne n’oppose pas ici deux sociétés celle d’hier archaïque et celle d’aujourd’hui qui serait moderne], les individus d’aujourd’hui ont grandit et vécu avec cet environnement social et familial d’une femme soumise et approprié par le sexe masculin (dans la famille, dans le travail, dans les administrations, dans la politiques, dans le droit…). Cette société archaïque a été une partie constante de l’habitus des individus qui nous sont contemporains à cette heure. Il y a d’une part une intériorisation puis une reproduction de faits sociaux issus de leur milieu familial, social, étatique et culturel.

Un des autres points, est la législation trop timide qui viserait à inciter voir légaliser les congés paternités. En effet, d’après un rapport datant de 2013 de la Caisse d’Allocations Familiales, la moyenne européenne du nombre de jours de congés paternités étaient de 12,6 contre 23,5 semaines de congés maternités. Nous sommes dans des états législateurs qui de part leurs pouvoirs, imposent un modèle de société basé sur l’ancien monde, où la femme s’occupait des enfants à la maison. Cette législation vise d’une part à cantonner les femmes chez elles et d’autre part, à ne pas mettre à égalité le nombre de semaines de congés entre les femmes et les hommes. Les autorités politiques ne cessent d’imposer aux individus une place dans la société, en fonction de leurs sexes.

Avec cette légitimation étatique d’une société archaïque, les agents économiques ne cessent de se servir de cette accréditation légale pour mettre en place des politiques de recrutements discriminatoires à l’encontre des femmes. Du fait de l’implantation massive du système capitaliste dans notre société européenne, le fait de recruter une femme devient un risque économique. Les recruteurs ayant cette vision archaïque du fait de leur habitus, voient en la femme une employée, qui à l’inverse de l’homme, sera susceptible d’avoir des enfants et donc de devoir prendre des congés maternités, parentaux et pour enfants malades. Cette discrimination faite sur le sexe, et punie par la loi, se fait à toutes les strates du recrutement, allant du CV aux décisions de la direction, en passant par l’entretien d’embauche.

Ainsi, cette situation immorale, illégale et sexiste, créée ce que nous avons vu précédemment : d’une part une grande difficulté pour les femmes à trouver un emploi sur le court et long terme ou même à évoluer professionnellement vers des postes à responsabilités (plafond de verre). Et d’autre part, cela créer une société où les femmes restent au foyer familial. Preuve en est, en France, d’après l’OCDE, seulement 4% des congés parentaux étaient pris par les pères en 2013, et d’après l’Insee, en 2010, seuls 12% des pères ont interrompus ou réduit leurs activités professionnelles (congés parentaux et congés paternités).

DE NOS INSTITUTIONS AUX INDIVIDUS

Bien évidemment, cette analyse ne prend en compte qu’une infime partie des inégalités entre les femmes et les hommes. Mais s’intéresser à une seule strate ; à savoir le taux d’emploi des femmes diplômées du supérieur ; de ce gigantesque combat à mener, est aussi intéressant que d’avoir une vision globale de ce problème. Mais il ne faut pas oublier que les inégalités de genre sont des actes globaux, mécaniques, issus de la domination masculine. Le fond de cette dernière est la même pour toutes celles qui vivent ces violences. De plus, notre approche européenne, ici, est de montrer l’importance presque indéniable que seule une véritable politique commune européenne ambitieuse pourra par l’éducation, la culture, l’information et la justice, appuyer par le travail exemplaire que fournissent depuis des décennies les associations et collectifs, qui visent à supprimer les discriminations et peut-être même un jour le patriarcat contemporain. Mais une réforme institutionnelle n’aurait aucun effets si, dans la même visée, il n’y a pas une réforme des mœurs, qui dépendra des rapports humains entre les individu, de la vision qu’on accordera à chacun et à chacune à l’avenir.

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