L’écoféminisme, mouvement féministe pour la nature

Chez les Jeunes Écologistes, la journée internationale des droits des femmes a lieu 365 jours par an et non pendant un seul. Nous souhaitions toutefois profiter de ce moment « d’union » internationale pour nous pencher sur un sujet encore méconnu en France : l’écoféminisme. L’occasion surtout de mettre en lumière un courant de pensée créé par des femmes en vue d’améliorer la condition de toutes les femmes. Il officie jusqu’en Inde et ses idées avant-gardistes remettent en cause l’ordre social établi depuis des centaines d’années, voire des millénaires en occident.

L’écoféminisme est un mouvement anglosaxon né dans les années 1980 qui analyse et fait le lien entre la destruction de la nature et toute forme d’oppression des femmes. Il émane du contexte politique américain des années 1970, intimement lié au nucléaire à cette époque et fut théorisé par Françoise d’Eaubonne à la même période. Plusieurs mouvements féministes organisèrent au cours de la décennie des manifestations anti-nucléaires, dont l’impact et le succès se sont considérablement accrus. Leur paroxysme fut atteint le 17 novembre 1980 avec le Women’s Pentagon Action à Arlington en Virginie, où des milliers de femmes se rassemblèrent devant le Pentagone, haut lieu du pouvoir militaire.

L’unification des revendications écologistes et féministes s’explique, pour les écoféministes, par l’histoire occidentale. Dès l’Antiquité grecque notamment, en raison de leur fonction reproductrice, les femmes étaient assimilées à la nature. Elles étaient considérées comme des êtres faibles dénués de droits civiques et donc exclues des lieux de pouvoir et d’instruction. Avec l’essor du capitalisme, le rapport de l’humain à la Nature a changé. On passa de l’idée une nature sacrée à une nature que l’on peut dominer et détruire. Les scientifiques des XVIe et XVIIe siècles, comme Descartes ou Bacon, firent le parallèle avec les femmes. Ce dernier appela les hommes à conquérir la Terre comme le ventre d’une femme : « La nature est une femme publique. Nous devons la mater, pénétrer ses secrets et l’enchaîner selon nos désirs ».

Selon la chercheuse italienne Silvia Federici, la mise en place du modèle économique et politique issu du capitalisme représente la plus grande défaite historique des femmes : on les retire du monde du travail et on les enferme à la maison afin qu’elles soient cantonnées à leur seule fonction de reproduction. Les femmes sont alors perçues comme “inférieures”, dans la mesure où elles feraient partie de cette nature que l’on peut maltraiter à son tour, car féminine (donc faible).

Depuis lors, les écoféministes refusent de considérer la nature telle qu’elle a été définie. Leur démarche a pour objectif de se réapproprier la Terre. Les notions de réhabilitation et de réinvention traduites par la notion de reclaim, sont au cœur de leur projet. Pour se faire, les écoféministes renouent avec une nature vivante, parfois perçue comme sacrée, à l’aide notamment de la permaculture. Le nouvellement du rapport à la nature n’est pas leur seule revendication. Elles veulent se revaloriser intellectuellement et physiquement, afin de retrouver estime et confiance en elles.

Mouvement radical et peu apprécié en France, l’écoféminisme a été critiqué et accusé d’essentialisme. Les féministes n’ayant pas la fibre écologique ont rejeté l’idée qu’il puisse exister une nature féminine par essence et inversement, une nature masculine.

L’écoféminisme se divise aujourd’hui en deux principaux courants. Le premier s’articule autour du thème socio-économique et a pour figure de proue l’indienne Vandana Shiva, Prix Nobel Alternatif. Pour elle, la domination de l’homme sur la femme (le patriarcat), va de pair avec une domination économique Nord-Sud. Il s’agit de libérer les femmes de l’emprise socio-économique et technologique des hommes. Le deuxième courant se veut plus ésotérique et s’inspire de mouvements religieux. Il est incarné par l’américaine Starhwak. La femme y est vue comme une sorte de matrice, laquelle fait partie intégrante de la nature et qui maitrise toutes ses composantes (guérison par les plantes, chamanisme…). Cette revendication n’aspire à aucune forme de domination, ni de l’homme sur la femme, ni de l’humain sur la nature.

Vandana Shiva / crédits photo : reporterre.net

N’ayant pas réussi à unir ces différents points de vue, mal compris dans certains pays, l’écoféminisme n’a eu que peu de succès outre-Atlantique. Beaucoup de femmes se disent écologistes mais pas féministes et réciproquement. Des chercheuses ont rejeté le terme « d’écoféminisme » et se sont orientées plus récemment vers une « écologie sociale » qui défend l’idée que la suppression de la domination sur la nature ne peut se faire que si les hiérarchies entre les classes, les genres ou les peuples sont abolies. La révolution féministe ne pourrait se faire que si les femmes s’affranchissent en tant qu’êtres humains et non seulement en tant que femmes.

SOURCES :

http://www.liberation.fr/france/2017/12/09/l-ecofeminisme-c-est-quoi-au-juste_1614544

https://www.franceculture.fr/emissions/mot-mot-13-14/ecofeminisme

https://www.consoglobe.com/quest-ce-que-lecofeminisme-cg

https://reporterre.net/Emilie-Hache-Pour-les-ecofeministes-destruction-de-la-nature-et-oppression-des

https://www.femininbio.com/agir-green/actualites-nouveautes/10-femmes-les-plus-ecolo-ecologiques-2017-87986

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