Anti corrida, les militants s’expriment à Magescq

Il y avait du monde dimanche dernier dans les rues de Magescq. Le village landais de 2000 habitants accueillait dans l’après-midi, à la demande de son Maire, Jean-Claude Saubion, une novillada sans piquador (corrida menée par des matadors à pied sur de jeunes taureaux), première manifestation marquant l’ouverture de la saison taurine en France. Ce jour-là, une centaine de manifestants anti corrida s’était donnée rendez-vous à l’appel du CRAC Europe et du comité basque Euskal Herria Bayonne Anti Corrida pour protester contre la tenue de l’événement et dénoncer la pratique.

La novillada avait lieu dans le gymnase municipal, aménagé pour l’occasion en arène. Un espace pour le moins confiné au vu du « spectacle » qui s’y déroulait et dont la mise aux normes fut pointée du doigt par les membres du CRAC Europe qui demandèrent au premier édile une copie de l’avis de passage de la commission de sécurité. Une demande restée vaine.

Entouré d’une cinquantaine de gendarmes mobiles, le cortège de manifestants s’est rendu dans le calme sur la place de l’église, à 500 mètres du gymnase.

Manifestation anti corrida, Magescq (Landes) le 04 février 2018. Crédit photo Souris Verte

« Basta Corrida », « Corrida = régression » ou encore « barbarie », pouvait-on lire sur les pancartes des anti-corrida que les badauds regardaient passer avec une certaine défiance. Les dernières manifestations de ce type n’ont pas toutes été calmes, loin de là. Alain, landais d’une cinquantaine d’années, militant de la cause écologiste et animaliste de longue date était là lors de la mobilisation de Rion-des-Landes en 2013. Le rassemblement tourna à l’affrontement et fit huit blessés côté anti corrida, dont un grave, lui-même. « Je me suis fait tabasser. J’ai reçu plusieurs coups au corps et à la tête. Je me suis réveillé à l’hôpital après un jour de coma. Mais cela ne m’a pas empêché de revenir pour défendre mes idées ».

Didier Bonnet, président par intérim du CRAC Europe et Carole Saldain, référente de l’organisation pour le 64, interpelaient élus et aficionados avec leur haut-parleur. « Il faut faire du bruit pour qu’ils sachent que nous sommes là. Nous militerons aussi longtemps que la corrida existera ».

Mais c’est une question de tradition avant tout, entend-on souvent du côté des amateurs de corrida. Une affirmation fausse rétorque Didier Bonnet, « la corrida a été importée d’Espagne en 1853 en l’honneur d’Eugénie de Montijo, l’épouse de Napoléon III. Elle n’a aucune légitimité au sein de la culture française ».

« Comment peut-on reconnaitre que l’animal est doué de sensibilité (art. 515-14 du code civil) et permettre que l’on torture des animaux pour le plaisir ? ». La corrida ou « course de taureau » est un combat entre un homme et un taureau à l’issu duquel l’animal est mis à mort. Il se divise en trois « tercio ». Les matadors blessent le taureau à l’aide d’une longue pique pendant la première partie, puis lui assènent trois paires de banderilles dans le dos. Après une série de passes réalisées avec la muleta (drap rouge), vient ensuite la mise à mort par l’estocade. Une épée est plongée entre les omoplates du taureau épuisé. Le matador fait alors tourner celui-ci une dernière fois, afin que l’arme lui transperce les organes. Du sang s’écoule des naseaux et du museau de l’animal qui s’écroule et meurt. Sa viande termine dans l’assiette des consommateurs. Si le taureau vient à remporter son combat et que le matador décède, il est malgré tout exécuté par un autre torero ou bien il prend la direction de l’abattoir. Mais dans la tradition taurine, un taureau victorieux est d’abord un assassin. Sa famille est ainsi tuée, car frappée d’une malédiction en raison de sa parenté avec un « tueur » de matador.

Crédit photo Jean-MArc Montegnies
Crédit photo CRAC Europe

C’est contre ces pratiques que s’insurgent les anti corrida.  « Ce que l’on veut, c’est l’abolition. On ne peut pas continuer en 2018 de torturer des animaux pour le plaisir de quelques-uns. On ne fait pas de l’art avec la mort. On y arrivera, même si cela prend du temps. Pour cela, avant toute-chose, il est primordial de faire fermer les écoles de corrida ».

Un combat qui semble encore long et pour l’instant inachevé, livré au nom du bien-être animal, cause à laquelle adhère pourtant une majorité de français et qui continue d’agiter la sphère politique. Derniers rebondissements en date, l’abandon dans le projet de loi préparé par le Ministre de l’agriculture le mois dernier de la mesure visant à rendre obligatoires les caméras de vidéosurveillance dans les abattoirs, une proposition pourtant adoptée par l’Assemblée nationale en première lecture en janvier 2017. Paradoxe avec le travail entrepris en ce début d’année par un groupe de députés qui vise à interdire en France les cirques avec animaux sauvages et la chasse à courre …

En attendant que les politiques se décident, le CRAC Europe continue ses actions et a d’ores et déjà donné rendez-vous à ses militants pour une seconde manifestation à laquelle seront conviées d’autres organisations européennes.

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