La ZAD du Gabarn : et si “Babylone” était obsolète ?

En bordure de la N 134, à 30 km au sud-ouest de Pau dans les Pyrénées Atlantiques, se trouve l’une des plus jeunes et des plus petites ZAD de France. Quelques panneaux et inscriptions indiquent le chemin à prendre pour la rejoindre. Au bout d’une route de terre, à l’ombre des arbres, se dresse la Zone à Défendre du Gabarn.

Un hiver sans chauffage ni électricité

Je rejoins une dizaine de personnes afférées ou assises qui m’accueillent simplement et amicalement. « On a cru que tu étais de la police avec ta chemise bleue ! », me dit-on avec le sourire. Ici, l’ambiance est détendue mais la présence quotidienne des gendarmes rend les sourires un peu crispés. ” Ils viennent régulièrement sur la ZAD contrôler les allées et venues et relever les plaques. Il y a même des drones qui nous survolent. “

Plusieurs structures ont vu le jour sur la ZAD depuis quelques mois.

Éric et la dizaine d’occupant·e·s sont ici pour protester contre la réalisation du nouveau maillon de l’Axe E7 qui relierait la zone du Gabarn à la commune de Gurmençon en contournant Oloron Sainte-Marie. Un tronçon de 3,6 km de route nouvelle à deux et trois voies, dont la réalisation est estimée à 90 millions d’euros. Au cause du terrain accidenté, l’ampleur des travaux est telle qu’il faudrait franchir deux gaves (rivières) et creuser un tunnel. Le kilomètre est estimé à 24 millions d’euros, ce qui ferait de ce maillon de l’axe E7, la déviation la plus chère de France.

Des solutions alternatives existent. La ligne ferrovière d’Oloron à Bedous a été réouverte, alors pourquoi ne pas continuer à développer le train ? “. Une idée partagée par beaucoup d’habitant·e·s, exténué·e·s par le trafic routier.

Cette lutte acharnée contre la destruction de nombreux hectares de forêts et de terres agricoles s’est concrétisée il y a un peu plus d’un an par l’occupation de ce terrain, propriété d’un agriculteur sympathisant, qui a refusé de le céder à l’État et mis celui-ci à disposition de ses occupant·e·s. Malgré quelques actions de sensibilisation, les zadistes peinent à se faire entendre. ” Nous ne sommes pas beaucoup soutenus, nous aimerions que d’autres personnes prennent le relais sur place “.

” On vit comme tout le monde, sauf que nous, nous sommes dehors et autonomes. “

Depuis plus d’un an, la ZAD est habitée nuit et jour. Ils étaient trois irréductibles à tenir bon cet hiver, avec pour seul abri une caravane. ” C’était dur c’est certain, mais nous avons avancé depuis. Nous avons construit une cabane, installé des panneaux solaires, créé un potager… ” La vie s’organise petit à petit et une micro société prend forme.

L’électricité est fournie depuis quelques semaines par un panneau solaire.

” Ici, tout le monde est le bienvenu, ce qui n’est pas le cas forcément sur toutes les ZAD”, me dit Marie*, arrivée sur les lieux il y a quelques jours. ” On accueille des personnes très différentes, comme des diplômé·e·s, des personnes qui ont vécu en foyer, des anciens actif·ve·s… “.

Sur la ZAD du Gabarn, chacun·e vient avec son histoire et pose ses valises sans contreparties, ni interrogatoire. Les occupant·e·s vivent ensemble sur ce lopin de terre qu’ils et elles améliorent, cultivent, mais surtout qu’ils et elles respectent.

Tout le monde s’entraide. Celles et ceux qui ont à manger partagent leur nourriture, mais également les techniques pour en produire naturellement.

« On vit comme tout le monde, sauf que nous, nous sommes dehors et autonomes. On travaille ensemble, c’est beaucoup mieux. Avec la nature on peut tout faire”. 

Le potager nourrit la dizaine de personnes installée sur la ZAD

Un modèle de société marginalisé à tort

Quant au choix de ce mode de vie, il parait évident aux yeux de Marie. ” Il y a vraiment quelque chose qui ne va pas dans la société actuelle. Travailler comme tout le monde, te fondre dans le moule, avoir un crédit voiture …  Tout cela me parait incohérent. Moi, je veux cultiver mes produits, faire ma maison. Être complètement autonome en résumé. Mais en France, cela n’est pas possible. Il y a trop d’à-priori et de lois. Je compte partir en Espagne et m’acheter un terrain “.

Marie n’est pas la seule à s’imaginer partir ailleurs. Plusieurs occupant·e·s avouent en avoir parfois assez de vivre sans confort ni apports matériels conséquents.

Cette vie passée loin de la société urbaine contemporaine, appelée ” Babylone “, et de ses habitant·e·s, est vécue à 100% par Eric, Marie et les autres. Parfois usé·e·s, ils et elles ne regrettent rien et sont convaincu·e·s que cette expérience marquera leur vie.

Partage, solidarité, respect, ces valeurs sont indissociables au fonctionnement de toute société qui défend le bien-être humain et environnemental. Elles sont parfois brandies par des organismes qui espèrent par cette occasion se donner bonne conscience, mais elles sont bien réelles et régissent l’organisation de certains groupes, à l’image de la ZAD du Gabarn. Il est malheureusement dommage que ces communautés soient autant marginalisées, car c’est bien sur elles qu’il s’agit de prendre exemple si nous voulons lutter contre la folie grandissante de ce monde sans pitié.

*Marie ne souhaite pas communiquer son véritable nom.

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