Élections

Rencontre les Spitzenkandidaten écologistes : Ska Keller

La députée Européenne Allemande Ska Keller a été désignée avec Bas Eickhout comme Spitzenkandidat (tête de liste) pour le Parti Vert Européen

Traduit de l’anglais de cet article de l’Ecosprinter le journal de la fédération des jeunes verts européens !

Le Parti Vert Européen a désigné ses deux têtes de listes pour mener la campagne des européennes, à savoir Bas Eickout et Ska Keller. Nous vous proposons une interview Ska Keller. Vous pouvez retrouver l’interview de Bas Eickhout ici !

Pouvez-vous identifier quelques changements de politique que vous souhaitez apporter, susceptibles d’améliorer la qualité de vie des jeunes européen·e·s et de leur donner une vision positive de l’avenir ?

C’était normal pour moi de m’intéresser aux événements qui m’entouraient et d’essayer de les changer. C’est le sujet de la politique. Je dirais que cet intérêt s’était déclenché au début de mon adolescence, lorsque j’ai suivi ma passion pour le bien-être des animaux et puis adhéré au groupe contre le racisme dans ma ville. J’ai découvert le parti écologiste par hasard – il n’y avait pas de groupe local – mais j’ai su aussitôt avoir trouvé mon foyer politique. C’était il y a 17 ans, et depuis lors, je suis active auprès de Jeunes Écologistes, y compris la FYEG bien sûr, et plus tard dans le parti écologiste.

Pensez-vous qu’on ait besoin de plus de jeunes au Parlement Européen et pourquoi ?

Certainement ! Bien que les choses se soient améliorées et que le Parlement européen ne soit plus un lieu de stockage pour des politiciens lorsque le parti ne sait pas quoi en faire au niveau national, le député européen moyen reste un homme blanc âgé. Pourtant le Parlement devrait représenter la société ! Nous avons besoin de beaucoup plus de diversité au Parlement et de beaucoup plus de jeunes en politique en général. Après tout, ce que nous décidons aujourd’hui affectera les jeunes beaucoup plus longtemps que les personnes âgées. Pour réaliser cet objectif, nous avons besoin d’organisations de jeunesse comme la FYEG, où les gens peuvent tester et discuter leurs idées, améliorer leurs compétences et essayer de nouvelles méthodes plutôt qu’être assimilés à une politique d’antan. Les partis doivent être ouverts et prêts à changer leurs habitudes tout en encourageant leurs jeunes membres.

Nous avons besoin de jeunes figures à la tête des partis et de listes pour montrer que cela est possible. Plus important, nous avons besoin de changer comment nous faisons de la politique, et la rendre inclusive et ouverte.

Vous pensez que votre propre parti national en fait assez pour assurer la représentation des jeunes dans la politique européenne ?

Les Verts allemands viennent de voter sur leur liste européenne et elle inclut cinq candidat·e·s de moins de 40 ans sur les 10 premières places. Et sur un total de 40 places, 19 candidat·e·s ont moins de 40 ans. Nous avons également trois ancien·ne·s porte-paroles du FYEG sur la liste et beaucoup d’entre eux qui ont participé ou sont encore impliqué·e·s encore au sein des Jeunes Verts en Allemagne. De plus, durant nos dernières élections régionales, nous avons eu de Jeunes Vert·e·s élu·e·s et on a cassé des records d’âge au Parlement. Notre candidat en tête de liste en Bavière était trop jeune pour devenir légalement Premier ministre. Heureusement que nous sommes seulement arrivé·e·s en deuxième position ! 😉 En revanche, cela montre également que les lois doivent encore être modifiées, car on ne peut pas vraiment justifier pourquoi un premier ministre doit avoir au moins 40 ans.

Les Grünen de Bavière sont devenus la deuxième force politique du Länder

Pouvez-vous identifier quelques changements de politique que vous souhaitez apporter, susceptibles d’améliorer la qualité de vie des jeunes européen·e·s et de leur donner une vision positive de l’avenir ?

En général, toutes les politiques affectent les jeunes, nous devrions donc veiller à inclure le point de vue de jeunes dans tout ce que nous faisons. Plus particulièrement, nous avons besoin de répondre à la situation sociale des jeunes, afin qu’ils et elles ne passent pas du système éducatif au chômage, à des stages d’exploitation, ni à des emplois précaires, qui sont, malheureusement, trop fréquents. Les États membres doivent mettre en œuvre « la garantie pour la jeunesse » afin de garantir de bons emplois pour les jeunes et les stages doivent être réglementés.

Nous, les Verts, avons toujours prôné qu’Erasmus devait être une opportunité pour toutes et tous et pas seulement pour les étudiant·e·s aisé·e·s. Il est temps qu’Erasmus + devienne une réalité pour toutes et tous. Pour moi, la participation des jeunes est une question primordiale. Les jeunes doivent être entendu·e·s et doivent pouvoir défendre leurs intérêts.

Quels sont vos objectifs en tant que Spitzenkandidat ou eurodéputée dans les 5 prochaines années ?

Il existe trois grands défis où nous devons nous battre: premièrement, le changement climatique et la perte de biodiversité. Nous avons peu de temps pour agir avant de faire face à une catastrophe climatique. Cela dépend maintenant de la volonté politique. Le sommet sur le climat de Katowice est un terrain d’essai. L’Union européenne doit faire preuve d’un véritable leadership dans ce domaine. L’autre épreuve est le Conseil Européen : les États membres seront-ils prêts à se conformer aux objectifs plus ambitieux du Parlement européen, par exemple en ce qui concerne les émissions des voitures ? Pour cela, nous avons besoin de pressions politiques.

Deuxièmement, nous devons construire une Europe sociale. L’Union européenne s’est trop longtemps concentrée sur les règles économiques et les marchés – notamment parce que les États membres ne souhaitent pas faire d’efforts collectif dans le domaine social. Nous devons enfin mettre les objectifs sociaux au même niveau que les règles économiques et désormais imposer des normes minimales obligatoires pour les revenus et les soins de santé dans toute l’Europe.

Enfin, l’Union Européenne doit être capable de défendre la démocratie et l’état de droit sur tout son territoire. Ces principes fondamentaux sont attaqués dans plusieurs États membres et les citoyen·ne·s comptent, à juste titre, sur l’UE pour protéger leurs droits. Nous devons développer des mesures pour sauvegarder ces droits.

Pouvez-vous nous parler d’un ou d’une jeune personnalité·e politique qui vous inspire et nous expliquer pourquoi ?

Greta Thunberg. Je la trouve très inspirante parce qu’un jour, elle a décidé elle-même, sans planification ni organisation, de faire quelque chose de courageux : faire en grève à l’école pour le climat. Elle ne savait pas comment cela pourrait finir et elle était prête à risquer des complications dans sa vie personnelle. Elle nous rappelle que c’est à chacun·e de faire entendre sa voix et de prendre des mesures dans la lutte contre la catastrophe climatique.

Greta Thunberg avec le secrétaire général de l’ONU à la COP24.

Membre de partis écologistes écossais et français, je viens de Glasgow, mais reste à St Gaudens et travaille en tant qu'assistant de langue au lycée et au collège. Ancien co-organisateur des jeunes écologistes écossais aussi!

Rencontre les Spitzenkandidaten écologistes : Bas Eickhout

Le député Européen néerlandais Bas Eickhout a été désigné avec Ska Keller comme Spitzenkandidaten (tête de liste) pour le Parti Vert Européen

Traduit de l’anglais de cet article de l’Ecosprinter le journal de la fédération des jeunes verts européens !

Le Parti Vert Européen a désigné ses deux têtes de listes pour mener la campagne des européennes, à savoir Bas Eickout et Ska Keller. Nous vous proposons une interview Bas Eickhout. Vous pourrez retrouver l’interview de Ska Keller prochainement !

Quand avez-vous décidé de faire de la politique, et pourquoi ?

Durant ma scolarité, l’écologie et la nature me captivaient déjà. J’ai vite compris en étudiant la chimie et les sciences environnementales que j’ai voulu épauler la lutte contre le changement climatique non seulement par la science, mais aussi dans la sphère politique internationale. Les conséquences du changement climatique sont trop graves pour attendre que le marché devienne durable de lui-même. En tant qu’homme politique, je voulais m’opposer aux intérêts particuliers des secteurs des combustibles fossiles,des voitures, des avions. C’est ce dont je me suis occupé et je continuerai cette lutte.

Pensez-vous qu’on ait besoin de plus de jeunes au Parlement Européen et pourquoi ?

C’est certain que nous avons besoin de plus de jeunes dans la politique européenne. Le Parlement Européen prend les décisions sur les lois qui façonnent le futur de l’UE. La nouvelle génération a de meilleures chances de rompre avec d’anciennes politiques qui avaient échoué, qui ont volé les opportunités d’avoir un bon travail et une vie saine et satisfaite de millions des personnes. Si cela ne tenait qu’aux jeunes, il n’y aurait pas eu de Brexit, et nous aurions des mesures plus ambitieuses en matière de climat. Je poursuivrai à écouter les voix et les intérêts des jeunes et des prochaines générations.

Vous pensez que votre propre parti national en fait assez pour assurer la représentation des jeunes dans la politique européenne ?

Aux Pays-Bas, le leader de Groenlinks a 32 ans, ce qui illustre les opportunités que mon parti offre aux jeunes. Mais ce n’est pas seulement lui : avec le mouvement que nous avons construit, il a réussi à mobiliser des milliers de jeunes pour qu’ils participent à la vie politique et votent pour la première fois. J’espère que nous pourrons poursuivre sur cette lancée lors des élections européennes afin de renforcer la voix des jeunes.

Le chef du parti Groenlinks, Jesse Klaver

Pouvez-vous identifier quelques changements de politique que vous souhaitez apporter, susceptibles d’améliorer la qualité de vie des jeunes européen·e·s et de leur donner une vision positive de l’avenir ?

Le manque de possibilités pour les jeunes, c’est le résultat d’années de politiques de droite dogmatiques qui ont échoué. Ils ont cru que la libéralisation du marché du travail, le marché financier dérégulé, l’austérité et le libre-échange pouvait créer de la richesse pour tout·e·s. En fait, ces politiques ont créé des banques en difficulté, du chômage, des services publics sous-financés, des inégalités et, dans certaines régions d’Europe, une génération de jeunes qui ont une moins bonne situation que leurs parents.

Il faut casser ces idéologies de droite, non pas avec quelques mesurettes sociales, mais en remettent la justice sociale au cœur de la politique européenne. En réglementant le marché financier, en mettant en place un véritable programme d’investissement, en fournissant un filet de sécurité avec protection sociale, nous pouvons donner aux jeunes les opportunités qu’ils et elles méritent.

Quels sont vos objectifs en tant que Spitzenkandidat ou eurodéputé dans les 5 prochaines années ?

Tout d’abord, j’aimerais mener une campagne réussie : augmenter la taille du groupe des MEP (député·e·s éuropéen·ne·s ndlr) écologistes qui luttent pour une Europe différente, avec les MEP élu·e·s de toute l’Union Européenne. Je veux que nous soyons l’alternative crédible aux vieux partis centristes qui prétendent qu’il n’y a pas d’alternatives. Je souhaite que nous montrons et démontrons aux électrices et électeurs qu’une UE différente, écologiste et juste est possible, sans rejeter la précieuse coopération européenne que nous avons construite au cours des dernières décennies.

Vous pouvez nous parler d’un ou d’une jeune personnalité politique qui vous inspire et nous expliquer pourquoi ?

Alexandria Ocasio-Cortez est une femme politique très motivante. Elle montre que – malgré cette période très inquiétante dans la politique Américaine – qu’il y a toujours l’espoir de vaincre la politique de la peur et de la colère. Elle propose l’espoir qu’il est possible de gagner avec les politiques progressistes. Ocasio-Cortez a déjà déclaré son premier objectif : travailler sur un nouvel accord écologique pour les États-Unis. En fait, elle n’est pas la seule voix progressiste : la “vague bleue” des nouveaux démocrates qui ont pris la Chambre des Représentants est le groupe plus diversifié de l’histoire : il représente toutes sortes d’origines ethniques, religions, sexes et orientations sexuelles.

Alexandra Orcasio Cortez, la plus jeune représentante jamais élue au Congrès Américain

Membre de partis écologistes écossais et français, je viens de Glasgow, mais reste à St Gaudens et travaille en tant qu'assistant de langue au lycée et au collège. Ancien co-organisateur des jeunes écologistes écossais aussi!

Midterms : Soutenons le vent nouveau qui souffle sur l’Amérique

Cet article est une tribune proposée par des membres de l’exécutif fédéral des Jeunes Écologistes

Le 6 novembre prochain auront lieu les midterms, un ensemble d’élections allant du Congrès (Sénat et Chambre) aux gouvernorats en passant par les assemblées locales.

Avec une forte présence de femmes candidates, de personnalités issues des minorités et de jeunes candidat·e·s démocrates très ancré·e·s à gauche et écologistes, ce scrutin s’annonce comme historique pour le pays de aux cinquante étoiles.

Un air de révolution avec des candidat·e·s démocrates qui remettent en cause le capitalisme sauvage

Bernie Sanders a-t-il ouvert le champ des possibles ? L’outsider de la campagne de 2016, déclaré anti-Wallstreet, a vu nombre de candidat·e·s idéologiquement proches de lui remporter les primaires du parti face à l’establishment démocrate.

La spectaculaire victoire d’Alexandria Ocasio-Cortez à la primaire de New York face à un ténor du Parti démocrate, Joseph Crowley (élu à la chambre depuis 1999), a été vécu comme un véritable tremblement de terre politique aux États-Unis. Novice en politique, élevée dans le Bronx, ex-serveuse, Alexandria Ocasio-Cortez a convaincu en défendant un programme résolument ancré à gauche. Se revendiquant d’un « nouveau socialisme », dénonçant le capitalisme sauvage, elle souhaite incarner une nouvelle vision du progrès qui ne se limite pas à une simple lutte contre les discriminations mais prend à bras le corps la lutte contre les inégalités de toute nature. Membre du Democratic Socialists of America (DSA), l’aile gauche du Parti Démocrate, qui a vu son nombre d’adhérent·e·s se multiplier par cinq depuis la campagne de Bernie Sanders, elle soutient la création d’un système universel de santé, la gratuité des universités publiques, l’abolition de la police d’immigration et du système d’« incarcération de masse » Américain. Fervente critique de la proximité du pouvoir financier avec le pouvoir politique, elle refuse notamment le financement de dons d’entreprises pour sa campagne. Candidate dans une circonscription qui a voté à 77 % pour Hillary Clinton, Alexandria Ocasio-Cortez est assurée de devenir la plus jeune représentante de l’histoire à entrer au Congrès américain.

À Boston, c’est Ayanna Pressley qui crée la surprise en battant à la primaire démocrate un quadruple « Congressman » défendu par l’élite du parti. Ayanna Pressley a su mobiliser les jeunes et les minorités par son discours ouvertement critique à l’encontre du Parti Démocrate dont elle admet, par son adhésion totale au capitalisme financier libéral, qu’il a contribué à perpétuer les inégalités. Elle refuse aussi, dans ce cadre, de se faire financer par les entreprises. Alexandria Ocasio-Cortez et Ayanna Pressley ont été plusieurs fois victimes d’agressions sexuelles. Elles sont devenues des figures de proue de la marche des femmes contre Trump et du mouvement de libération de la parole sur les agressions, le harcèlement sexuel et plus généralement du débat sur la condition des femmes dans la société américaine. Ayanna Pressley est assurée de remporter son siège à la Chambre des représentants.

Fils d’une conductrice de bus scolaire et d’un ouvrier du bâtiment, Andrew Gillum pourrait devenir le premier gouverneur noir de Floride. Fervent opposant aux armes, ce proche de Bernie Sanders se distingue par sa campagne axée sur l’égalité des chances, la justice sociale et la défense du service public. Il propose une réforme en profondeur du droit pénal en Floride, défendant une justice réparatrice et qui travaille à la réinsertion des prisonnier·e·s. D’après les derniers sondages, Andrew Gillum serait en mesure d’arracher la Floride aux Républicains et devenir ainsi le premier gouverneur noir aux États-Unis.

Des figures de résistance face à Trump

Soutenue par Bernie Sanders, Stacey Abrams a remporté une écrasante victoire aux primaires démocrates de Géorgie. Elle pourrait marquer l’histoire en devenant la première femme noire gouverneure à la tête d’un État américain. Candidate dans un État historiquement marqué par l’esclavage et la ségrégation raciale, sa victoire serait tout un symbole. Opposée à la peine de mort, portant parmi ses priorités la défense des droits des minorités et une réforme d’un système de justice injuste socialement et racialement, Stacey Abrams est annoncée au coude à coude avec son adversaire républicain.

Alors que le discours anti-migrant·e·s et anti-musulman·e·s s’enflamme depuis l’élection de Trump, deux femmes musulmanes devraient être élues pour la première fois au Congrès américain. Rashida Tlaib, née à Detroit et fille d’immigré·e·s palestinien·ne·s et Ilhan Omar, réfugiée somalienne, candidate dans le Minnesota. Les deux femmes souhaitent incarner la résistance aux discours de haine diffusés par le président des USA et son entourage contre les migrant·e·s et les musulman·ne·s. Opposées aux politiques restrictives sur l’immigration, elles proposent d’abolir la police de l’immigration dont elles dénoncent les raids et les violences contre les immigré·e·s clandestin·e·s.

Face à un candidat inculpé pour détournement de fonds, Ammar Campa-Najjar, fils d’un père palestinien musulman et d’une mère mexicaine, pourrait créer la surprise et remporter une circonscription de Californie traditionnellement très conservatrice. Le candidat démocrate a fait de la lutte contre les préjugés un axe fort de sa campagne.

Ingénieure, militante écolo, Christine Hallquist pourrait devenir la première femme transgenre gouverneure d’un État américain. Particulièrement engagée dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour le développement des énergies renouvelables, Christine Hallquist souhaite aussi profiter de la campagne pour combattre les idées de Trump qui a promis de revenir sur les droits de la communauté transgenre en souhaitant restreindre la définition légale du genre, pour en faire un état immuable et biologique.

Un avertissement pour Trump et les Républicains

Et si le Texas, bastion des Républicains au Sénat, tombait aux mains des Démocrates ? Contre toute attente, Beto O’Rourke, ex-rock-star, pourrait faire échouer l’ultra conservateur Ted Cruz. Favorable à la légalisation de la marijuana, au droit à l’avortement et à l’interdiction de la vente d’armes automatiques, sujet tabou au Texas (qui est un bastion de la National Rifle Association). Le candidat s’est notamment distingué par son soutien affiché aux joueurs de football américain qui posent un genou à terre durant l’hymne américain pour protester contre les violences policières visant les noir·e·s. Refusant les soutiens financiers des grandes entreprises et des lobbies, Beto O’Rourke s’illustre par son optimisme convaincant et son ton rassembleur qui tranche avec l’agressivité et la stratégie de division des candidat·e·s républicain·e·s. La stratégie du démocrate semble convaincre, puisque Beto O’Rourke aurait rattrapé son retard et serait au coude à coude avec son adversaire dans les sondages. Ses positions sur la politique migratoire, avec son souhait de régulariser les Dreamers (étranger·e·s mineur·e·s lors de leur arrivée sur le sol américain) et l’opposition à la construction d’un mur à la frontière mexicaine font que ce vote sera particulièrement scruté. En cas de victoire au Texas, Beto O’Rourke pourrait être poussé à entrer en campagne pour affronter Trump en 2020.

L’écologie a le vent en poupe

Tout comme Christine Hallquist ou Jared Polis (candidat au poste de gouverneur du Colorado prônant une sortie progressive des énergies fossiles) de nombreuses et nombreux candidat·e·s démocrates font de la lutte contre le réchauffement climatique et de la protection de l’environnement des axes forts de leurs campagnes. C’est le cas de Deb Haaland, quasi-assurée de marquer l’histoire en devenant la première femme Native American à siéger à la Chambre des représentants. Membre de la tribu des Laguna Pueblo et originaire d’un milieu modeste, Deb Haaland souhaite non seulement porter la voix de toutes les communautés autochtones américaines mais aussi de la classe ouvrière et des américain·e·s précaires, exclu·e·s des décisions politiques.

Son programme est marqué par son opposition farouche à l’exploitation des hydrocarbures sur les terres indiennes, par la protection de l’environnement et la prévention sur le changement climatique ou encore son souhait d’une législation stricte des armes à feu. Deb Haaland pourrait ne pas être la seule amérindienne à entrer puisque Sharice Davids, candidate démocrate ouvertement lesbienne et très engagée sur la défense des droits de la communauté LGBTI+, est annoncée gagnante au Kansas.

Si nous faisons ici l’étendue de ce grand mouvement du « renouveau du socialisme » aux USA, à travers les nombreuses candidatures enthousiastes et remplies d’espoir que propose l’aile gauche du Parti Démocrate. C’est bien par la spécificité, presque unique au monde, de la binarité du paysage politique américain. Un paysage polarisé par les deux grandes forces politiques historiques du pays que sont le Parti Démocrate et le Parti Républicain.

Soutien au Parti Vert et à l’aile gauche du Parti Démocrate

Évidemment que les candidatures du Green Party (Parti Vert des États-Unis) sont elles aussi revendicatrices des exigences contemporaines que sont les luttes contre le dérèglement climatique, l’accroissement des inégalités, l’augmentation des discriminations et les politiques xénophobes de Trump. Nous pouvons tout de même nous réjouir que le parti écologiste ait triplé son résultat à la présidentielle de 2016 par rapport à 2012, et que le parti remportera probablement quelques sièges aux élections des assemblées locales de ce mardi 6 novembre. Toutefois, le champ politique américain ne leur permet pas d’atteindre le Congrès et c’est pour cela que les Jeunes Écologistes soutiendront demain, mardi 6 novembre 2018, toutes les candidatures prônant les valeurs écologistes, c’est-à-dire la justice sociale, la préservation de l’environnement et la solidarité à tous les êtres humains.

Esther Benbassa, bilan d’une sénatrice écologiste

Esther Benbassa est historienne spécialisée dans l’histoire du peuple juif et directrice d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Elle agit également depuis de nombreuses années dans la société civile dans la lutte contre les discriminations, le racisme, l’exclusion, ainsi que pour la défense des droits des « minorités ». En 2011, elle devient sénatrice et poursuit ses combats au Palais du Luxembourg tout en travaillant également sur les questions de sécurité et internationales. Parlementaire, active et médiatique, elle décide de se représenter en 2017 pour un second mandat. Nous l’avons donc rencontrée pour tirer un bilan de ces six années au Sénat.

Vous êtes universitaire et militez depuis longtemps dans le milieu associatif, comment en êtes-vous venue à vous présenter aux élections sénatoriales ?

Un soir, Sergio Coronado (député écologiste de 2012 à 2017), que je connaissais déjà par le biais de mon association le Pari(s) du vivre ensemble, m’appelle et me demande si je veux être sénatrice. Je n’y crois pas et je lui dis d’arrêter de me faire des gags. Il insiste, me rappelle, etc. Je réfléchis plusieurs mois et décide finalement d’accepter. J’étais 4ème sur la liste et je n’avais aucune chance de gagner, alors j’ai fait toutes les communes du département pendant six ou sept mois à la rencontre des grands électeurs et j’ai été élue avec une large avance.

Comment s’est organisé le travail au sein du groupe écologiste au Sénat ?

Au groupe écologiste du sénat, on été des personnalités très différentes et on été pas tous de la même tendance, mais on avait un groupe ce qui nous donnait quand même pas mal de possibilités pour porter une voix, pour demander ou défendre des choses. On s’est partagé les tâches. Moi je me suis occupée des questions sociétales, de sécurité, des réfugiés, d’international et comme je suis assez connue sur le terrain et dans les débats publics, j’ai pu porter des sujets très difficiles. On a pu faire de bonnes choses ensemble, même si on n’était pas toujours d’accord. Nous avons failli disparaître il y a 2 ans avec le départ de Jean-Vincent Placé, mais on a fini par trouver quelqu’un pour maintenir le groupe. Mais depuis cet été le groupe n’existe plus avec le départ d’André Gattolin. Il aurait pu rester 1 mois et attendre la fin de la session parlementaire, il y a eu des lois importantes : les ordonnances, l’état d’urgence… Mais il a préféré rejoindre le groupe LREM.

Quels ont été vos principaux engagements durant ce mandat ?

J’ai déposé dès Août 2012 une proposition de loi visant à légaliser le mariage pour tous pour contraindre le gouvernement à tenir ses promesses. J’ai fait la même chose avec une proposition de résolution sur le statut des déplacés environnementaux en octobre 2015 juste avant la COP21. J’aime dire que nous avons été des aiguillons au parlement. Sinon, j’ai aussi réussi à obtenir de la droite sénatoriale qu’une proposition de résolution sur la reconnaissance de l’état Palestinien soit adoptée. Je me suis battue pour le vote des étrangers, contre le contrôle au faciès, l’état d’urgence, le harcèlement sexuel, pour la légalisation du cannabis…

Comment expliquez vous justement que nous ayons toujours pas avancé en France sur la question du cannabis ?

Il a des raisons électoralistes, bien entendu, mais aussi du conservatisme. Le cannabis continue d’être un tabou et c’est un vrai problème : comment voulez-vous lutter, faire une politique de prévention utile face à un tabou ? Les politiciens sont en retard par rapport à l’évolution de la population. Nous avons commandé un sondage à l’occasion d’un colloc au Sénat en 2016 sur le sujet : 84% des français reconnaissent que l’interdiction est inefficace.

Vous vous êtes également beaucoup engagée pour la cause des migrants, et vous n’avez eu de cesse de critiquer la politique du précédent gouvernement à leur égard. Que pensez-vous des déclarations d’Emmanuel Macron quand il dit qu’il ne veut plus de migrants dans les rues d’ici à la fin de l’année ?

On jugera Emmanuelle Macron sur ses actes, mais je ne crois pas un instant à ses bonnes intentions. L’accueil que nous réservons aux migrants n’est pas à la hauteur de la crise que nous vivons. Il faut leur ouvrir la porte, les héberger dans des conditions sanitaires dignes et les accompagner. Il y a eu aussi de nombreuses violences policières, notamment à Calais. Vous savez je suis historienne et ce que l’on fait aujourd’hui c’est exactement la même chose que ce qu’on a fait aux juifs qui ont fui le nazisme en 1938 et aux espagnols en 1939. On a fermé les frontières et on a dit qu’on ne pouvait pas les accueillir pour des raisons économiques. Ce que fait aujourd’hui Angela Merkel en Allemagne est admirable. Elle a su dépasser les clivages politiciens et prendre ses responsabilités pour faire la chose quelle devait faire : accueillir comme il se doit les réfugiés. Elle redonne de la fierté à la génération allemande actuelle qui porte encore le poids de l’histoire et la culpabilité du nazisme.

Quelles seront vos priorités si vous êtes réélues ?

Je continuerai bien entendu mes combats et avec la nouvelle Loi Travail et le nouveau tour de vis sécuritaire il y aura beaucoup à faire. Mais il faut rester humble et attendre le résultat des élections.