Luttes

Après la Révolution de Jasmin, la liberté de la presse tunisienne reste fragile

En 2011, la révolution de Jasmin éclatait en Tunisie. Désespéré d’un pouvoir politique corrompu, d’une démocratie inexistante, d’une répression cruelle et d’une situation économique et sociale plus que désagréable, les tunisiennes et les tunisiens sont descendu·e·s dans la rue clamant le départ de Ben Ali et de sa caste au pouvoir depuis l’indépendance. Les journalistes, premières victimes de ce pouvoir autoritaire avec les opposants politiques de gauche et islamistes devaient, à la suite de la révolution, voir la Tunisie comme un nouveau pays, celui de la liberté de la presse et de son indépendance.

Légalement, dès le 17 janvier 2011, une fois que le gouvernement de transition fût formé, le premier ministre tunisien Mohamed Ghannouchi annonce la libération des prisonnier·e·s d’opinion, la levée des interdictions des activités de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme et de la liberté totale de l’information. Autre acte fort qui succédait à cette annonce, le ministère de la communication, bras “armé” de la censure est supprimé. Ainsi, le 22 janvier la censure sur les publications écrites est levée.

Dès octobre, les élections législatives ont lieu. Le scrutin est proportionnel, sur des listes paritaires entre femmes et hommes. Alors que la Tunisie sort de 50 ans de dictature, seulement 57,33 % des inscrit·e·s vont voté·e·s, sans doute à cause de l’incompréhension du scrutin ; on y compta 109 partis candidats, 11 686 candidat·e·s soit 1517 listes. Les résultats sont sans appel, le parti islamiste et conservateur Ennahdha obtint 37,04 % des voix soit 89 sièges. Le second parti en tête est le Congrès pour la République (CPR) qui obtint seulement 29 sièges, le troisième est Pétition Populaire avec 26 sièges et enfin Ettakattol gagne 20 sièges. Avec 41 % des sièges, Ennahdha désigne Hamadi Jbeli comme premier ministre de la République de la Tunisie. Le CPR et Ettakattol rejoignent le gouvernement, formant la Troïka. Ennahdha, plus que majoritaire au gouvernement occupe les ministères régaliens.

Si dans les textes la presse se libère, dans les faits cela est plus compliqué. Les journalistes eux-même dès janvier 2011 revendiquaient la mise en place d’une commission indépendante afin de réguler le secteur de l’information et de garantir sa neutralité. Le président par intérim de l’époque avait publié un décret le 2 novembre 2011, appelé l’ordonnance 116 qui institue la Haute commission indépendante de communication audio-visuelle (HAICA).

Or, dès les prémices du nouveau gouvernement de la Troïka, cette institution fut ignorée. Cette dernière aurait du réformer l’ordonnance afin de la mettre en application, c’est-à-dire mettre en place la HAICA. Le gouvernement garda le statu-quo, gelant l’ordonnance, ce qui lui permit de continuer de nommer lui-même les responsables à la têtes des institutions de l’information.

En fait, Ennahdha n’a fait que pérenniser l’hostilité du pouvoir à l’égard des journalistes en Tunisie. Pour la Troika, ces derniers devaient faire l’éloge du pouvoir et se passer de critiques ou de quelconques questionnements. Cette hostilité est tout sauf conjoncturelle, elle est constitutive au mouvement politique islamiste, que représente le parti Ennahdha. Le parti a depuis longtemps mis des moyens énormes pour le dénigrements des journalistes et a monté la populations contre ces dernier·e·s. Il n’était pas dans leur genèse de considérer l’information comme un instrument de la démocratie et de sa pérennité ou comme un reflet des maux de la population. Or, c’est bien le milieu journalistique qui a été le premier secteur à rompre avec les années de soumission, voulant ainsi impulser un renouveau de l’information indépendante et professionnelle en Tunisie.

Le gouvernement a mis en place des pratiques afin de décrédibiliser et d’intimider par la violence verbale et physique ce secteur, orchestré par les responsables politiques eux-même comme Habib Ellouz (ex-député Ennahdha) ou Rached Ghannouchi (ex-président du parti Ennahdha). La violence physique est également utilisée, avec un recours aux salafistes et aux ligues de protection de la révolution. La police et la justice sont également utilisées pour instaurer un climat de peur envers les journalistes. Dans le même temps, le parti Ennahdha essaie de court-circuiter la presse traditionnelle par la publication et la création de dizaines de nouvelles chaînes de télévision, des magazines et des journaux partisans. Opération ayant eu peu de retombées sur l’opinion publique, malgré des dépenses financières colossales. Si le gouvernement a utilisé la violence et la prison, elle a également utilisé la guerre économique contre la presse. Fin des subventions, fin des prix conventionnés pour le papier et fin de la publicités pour certains journaux privés afin de leur couper l’herbe sous le pied. Sans argent, la presse souffre et a des difficultés à correctement informer son lectorat.

Parmi le répertoire répressif d’Ennahdha et du gouvernement, nous pouvons en citer quelques exemples : En octobre 2011, la chaîne Nessma fut accusée de projeter l’image de dieu à la suite de la projection du film Persépolis de Marjane Satrapi (film qui a déjà été diffusé au cinéma en Tunisie). A la suite de cela, les locaux de la chaîne furent dégradés et le PDG de la chaîne, obligé de fuir le pays avec sa famille.

Quatre mois plus tard, le juge d’instruction de première instance de Tunis lance un mandat d’arrêt à l’encontre de Nasreddine Ben Said, directeur du journal Attounissia à la suite de la publication en Une du footballeur tuniso-allemand, Sami Khedira et de sa femme allemande (mannequin de mode). Photo jugée contraire à la pudeur. Le directeur du journal fût immédiatement incarcéré.

En juin 2012, durant une conférence de presse devant tout le gratin de la presse tunisienne et devant les associations et du syndicat de défense des journalistes, le directeur de la chaîne Al-Hiwar Ettounsi, Tahar Ben Hassine clamait : « Ces agressions constituent des actions criminelles, programmées et destinées à terroriser les journalistes et à sanctionner la chaîne pour avoir maintenu sa ligne de conduite indépendante de la domination politique ». En effet, le 26 mai la chaîne a reçu des menaces d’invasion de son siège, chose faite à Manouba où le siège central est attaqué. Parallèlement, dans les villes moyennes comme à Sidi Bouzid ou Jbeniana, les journalistes sont agressé·e·s par des partisan·e·s du gouvernement. Tahar Ben Hassine conclut en regrettant le silence total et l’impunité de ces crimes et de ces agressions par les autorités publiques et politiques, de leur inaction à protéger les journalistes en Tunisie.

Dans une interview au journal Maghreb, la présidente du syndicat des journalistes a affirmé que la commission des libertés du syndicat avait enregistré entre mai 2011 et mai 2012, soixante agressions physiques contre des journalistes et indique que la majorité de ces agressions sont d’origine policières.

Pour conclure cet article, nous pouvons légitimement nous demander si aujourd’hui, fin 2018 et 7 ans après la révolution, la situation de la liberté de la presse s’est améliorée. Pour y répondre je vous propose le propos exprimé à ce sujet par l’ONG Reporter Sans Frontières (RSF) : « La transition démocratique toujours en cours en Tunisie ne garanti pas encore une pleine liberté de l’information. En 2017, les organisations de la société civile tunisienne et les ONG internationales ont exprimé leurs inquiétudes quant aux lenteurs et aux manquements qui marquent l’élaboration du nouveau cadre légal relatif au secteur médiatique. Les pressions exercées sur les journalistes perdurent, ainsi plusieurs cas d’interpellations de journalistes, notamment de correspondants de médias étrangers ont été recensés lors des mouvements sociaux qui ont marqué la fin de l’année 2017. »

Malgré la révolution, la situation de la liberté de la presse reste donc compliquée en Tunisie.

Si vous désirez aller plus loin sur sur le cas tunisien contemporain, je vous invite à lire l’article plus détaillé en anglais de la situation actuelle de la liberté de la presse à ce lien : http://www.mom-rsf.org/en/countries/tunisia/.

Bibliographie :

MustaphaKraiem, La révolution kidnappée, Tunis, 2014

La réintroduction de l’ours dans les Pyrénées, pourquoi est-elle indispensable ?

Annoncée en avril dernier par Nicolas Hulot, alors Ministre de la Transition énergétique et solidaire et confirmée par son successeur, François de Rugis, la réintroduction des deux ourses semble être en cours dans les vallées haut-béarnaises. Si la nouvelle a été applaudie chez les écologistes, elle a été en revanche très mal accueillie chez certains éleveurs et bergers locaux, qui n’ont pas hésité à poser avec des armes, mettre en place des barrages filtrants et à fouiller les véhicules filant vers la montagne, afin d’empêcher la réintroduction.

Pourquoi cette annonce a-t-elle engendré une telle insurrection ? Les inquiétudes des éleveurs sont-elles légitimes ?

Questions posées à Eugène Reinberger, membre d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) et du Réseau Ours Brun et à Jean-François Blanco, élu EELV à la Région Nouvelle-Aquitaine.

Un combat acharné

Présent en Europe dès 250 000 ans avant notre ère, l’ours est à la fois source de haine et de fascination depuis toujours. Diabolisé par l’église, il est chassé très tôt sans relâche et ce jusqu’en 1963. C’est à partir des années 70 avec la prise en compte de la considération écologiste que l’idée d’une préservation de l’espèce émerge. Trois ours sont d’abord réintroduits dans les Pyrénées dans les années 1990, puis 5 en 2006.

La cohabitation entre l’Homme et l’ours a toujours été compliquée, en témoigne la lente disparition de l’espèce et l’abattage de 2 ourses protégées : Claude en 1994 et Cannelle en 2004, la dernière ourse de souche pyrénéenne.

Les élus écologistes à la Région Nouvelle-Aquitaine ont fait de la réintroduction de l’ours une priorité de leur mandat. Leur démarche n’est pas restée vaine, car le 6 mars 2018, l’Etat Français est condamné par le Tribunal administratif de Toulouse pour n’avoir pas assez protégé l’ours brun dans les Pyrénées. Cette décision fut aussitôt suivie par l’annonce de Nicolas Hulot le 28 mars, déclarant son intention de réintroduire deux ourses à l’automne prochain.

Une promesse saluée par les écologistes mais aussitôt décriée par les diverses organisations et regroupements d’éleveurs et de bergers. La Fédération des bergers transhumants, les Jeunes agriculteurs de Nouvelle Aquitaine et d’Occitanie ainsi que la FDSEA 64, rejointe par les éleveurs d’Ariège ont alors décidé pour l’occasion de faire front commun contre cette réintroduction annoncée.

Source : La République des Pyrénées

Les actions anti-ours ont démarré, immanquablement accompagnées de dégradations. Les routes du Haut-Béarn ont été taguées la semaine dernière et la permanence des élus de gauche à Oloron Sainte-Marie a été vandalisée dans la nuit du 23 avril. Mais les anti-ours ne comptent malheureusement pas s’arrêter là…

Source : La République des Pyrénées

Une question de mentalités avant tout

A en croire les anti-ours (que l’on entend beaucoup à l’inverse des pro-ours), la guerre est déclarée. Les écologistes sont régulièrement insultés sur les réseaux sociaux et les pro-ours n’osent même pas s’exprimer. Pourquoi une telle hostilité ?

Les bergers et éleveurs locaux invoquent en priorité les dégâts qui seraient causés par la prédation des ours. Selon l’ONCFS, 154 attaques de brebis ont été recensées sur l’ensemble de la France en 2016 et 464 en 2017 (dont 260 dues à un décrochement). Des chiffres dérisoires à côté des 20 000 brebis environ qui meurent chaque année dans les départements pyrénéens au cours des estives. Les prédations liées à l’ours ont donc une incidence très faible dans la part des décès constatés sur les troupeaux. Rappelons d’ailleurs que les éleveurs sont indemnisés à hauteur de 250€ pour chaque brebis tuée par un ours, ce qui prouve que le pastoralisme vit notamment grâce aux aides allouées par la présence de l’ours.

Mais alors, cette hostilité serait-elle due à la peur ancestrale qui imprègne l’imaginaire collectif local ? C’est avant tout une question idéologique. La peur du loup est quant à elle réellement ancrée et donc beaucoup plus problématique. Le fait est que les éleveurs et les bergers qui sont contre la réintroduction de l’ours ne veulent pas partager leur territoire. L’Homme est un prédateur, ne l’oublions pas et il ne souhaite pas qu’un autre prédateur occupe son espace. Réintroduire des ours et vivre avec eux nécessite de changer les habitudes, d’autant plus que cette décision a été prise loin des campagnes.

Les ours des Pyrénées n’existent plus. Le seul spécimen qui a encore du sang pyrénéen dans les veines est Cannellito, le fils de Cannelle, qui n’a plus été aperçu dans la région depuis des mois. Alors à quoi bon « réintroduire des ours qui ne sont pas originaires des Pyrénées ? » entend-on souvent du côté des anti-ours. Parce qu’il s’agit de la même démarche. Un ours slovène ou roumain a le même génome que celui des Pyrénées. La protection des ours est inscrite dans la directive européenne « Habitat, faune, flore » de 1992. Chaque territoire accueillant une population ursine en est responsable. Il est question de la survie de l’espèce de manière générale. Largement favorable à l’établissement de l’ours, le biotope pyrénéen est un territoire qui leur permet de vivre et de se reproduire. La présence de l’ours est donc un indicateur de bon état du biotope. Protéger l’ours revient à protéger toute la biodiversité des Pyrénées.

La protection de l’ours et la préservation du pastoralisme ne sont pas deux causes opposées. Il s’agit avant tout de faire coexister les hommes et les animaux, deux espèces qui ont le droit autant l’une que l’autre de vivre sur un même territoire et de le partager. Il y a quelques semaines, les études du CNRS et du Muséum d’histoire naturelle alertaient l’opinion sur l’état catastrophique de nos campagnes. Les insectes, les oiseaux, les espèces animales disparaissent à une vitesse alarmante. Doit-on obligatoirement vivre dans un monde privé de sa biodiversité ou bien décidons-nous d’agir pour protéger ce qu’il en reste ?

Sources :

http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2018/03/09/l-etat-condamne-pour-n-avoir-pas-suffisamment-protege-l-ours-des-pyrenees_5268277_1652692.html

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/12/13/l-europe-met-la-france-en-demeure-sur-la-protection-des-ours-bruns-dans-les-pyrenees_1806261_3244.html

http://paysdelours.com/fr/la-mortalite-des-brebis-dans-les-pyrenees-et-l-incidence-de-l-ours-brun.html?cmp_id=50&news_id=1053

http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2018/03/20/les-oiseaux-disparaissent-des-campagnes-francaises-a-une-vitesse-vertigineuse_5273420_1652692.html

http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2018/04/24/oloron-la-permanence-des-elus-de-gauche-vandalisee-par-les-anti-ours,2329309.php

http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2018/04/23/les-anti-ours-s-affichent-sur-les-routes-du-bearn,2328635.php

La ZAD du Gabarn : et si “Babylone” était obsolète ?

En bordure de la N 134, à 30 km au sud-ouest de Pau dans les Pyrénées Atlantiques, se trouve l’une des plus jeunes et des plus petites ZAD de France. Quelques panneaux et inscriptions indiquent le chemin à prendre pour la rejoindre. Au bout d’une route de terre, à l’ombre des arbres, se dresse la Zone à Défendre du Gabarn.

Un hiver sans chauffage ni électricité

Je rejoins une dizaine de personnes afférées ou assises qui m’accueillent simplement et amicalement. « On a cru que tu étais de la police avec ta chemise bleue ! », me dit-on avec le sourire. Ici, l’ambiance est détendue mais la présence quotidienne des gendarmes rend les sourires un peu crispés. ” Ils viennent régulièrement sur la ZAD contrôler les allées et venues et relever les plaques. Il y a même des drones qui nous survolent. “

Plusieurs structures ont vu le jour sur la ZAD depuis quelques mois.

Éric et la dizaine d’occupant·e·s sont ici pour protester contre la réalisation du nouveau maillon de l’Axe E7 qui relierait la zone du Gabarn à la commune de Gurmençon en contournant Oloron Sainte-Marie. Un tronçon de 3,6 km de route nouvelle à deux et trois voies, dont la réalisation est estimée à 90 millions d’euros. Au cause du terrain accidenté, l’ampleur des travaux est telle qu’il faudrait franchir deux gaves (rivières) et creuser un tunnel. Le kilomètre est estimé à 24 millions d’euros, ce qui ferait de ce maillon de l’axe E7, la déviation la plus chère de France.

Des solutions alternatives existent. La ligne ferrovière d’Oloron à Bedous a été réouverte, alors pourquoi ne pas continuer à développer le train ? “. Une idée partagée par beaucoup d’habitant·e·s, exténué·e·s par le trafic routier.

Cette lutte acharnée contre la destruction de nombreux hectares de forêts et de terres agricoles s’est concrétisée il y a un peu plus d’un an par l’occupation de ce terrain, propriété d’un agriculteur sympathisant, qui a refusé de le céder à l’État et mis celui-ci à disposition de ses occupant·e·s. Malgré quelques actions de sensibilisation, les zadistes peinent à se faire entendre. ” Nous ne sommes pas beaucoup soutenus, nous aimerions que d’autres personnes prennent le relais sur place “.

” On vit comme tout le monde, sauf que nous, nous sommes dehors et autonomes. “

Depuis plus d’un an, la ZAD est habitée nuit et jour. Ils étaient trois irréductibles à tenir bon cet hiver, avec pour seul abri une caravane. ” C’était dur c’est certain, mais nous avons avancé depuis. Nous avons construit une cabane, installé des panneaux solaires, créé un potager… ” La vie s’organise petit à petit et une micro société prend forme.

L’électricité est fournie depuis quelques semaines par un panneau solaire.

” Ici, tout le monde est le bienvenu, ce qui n’est pas le cas forcément sur toutes les ZAD”, me dit Marie*, arrivée sur les lieux il y a quelques jours. ” On accueille des personnes très différentes, comme des diplômé·e·s, des personnes qui ont vécu en foyer, des anciens actif·ve·s… “.

Sur la ZAD du Gabarn, chacun·e vient avec son histoire et pose ses valises sans contreparties, ni interrogatoire. Les occupant·e·s vivent ensemble sur ce lopin de terre qu’ils et elles améliorent, cultivent, mais surtout qu’ils et elles respectent.

Tout le monde s’entraide. Celles et ceux qui ont à manger partagent leur nourriture, mais également les techniques pour en produire naturellement.

« On vit comme tout le monde, sauf que nous, nous sommes dehors et autonomes. On travaille ensemble, c’est beaucoup mieux. Avec la nature on peut tout faire”. 

Le potager nourrit la dizaine de personnes installée sur la ZAD

Un modèle de société marginalisé à tort

Quant au choix de ce mode de vie, il parait évident aux yeux de Marie. ” Il y a vraiment quelque chose qui ne va pas dans la société actuelle. Travailler comme tout le monde, te fondre dans le moule, avoir un crédit voiture …  Tout cela me parait incohérent. Moi, je veux cultiver mes produits, faire ma maison. Être complètement autonome en résumé. Mais en France, cela n’est pas possible. Il y a trop d’à-priori et de lois. Je compte partir en Espagne et m’acheter un terrain “.

Marie n’est pas la seule à s’imaginer partir ailleurs. Plusieurs occupant·e·s avouent en avoir parfois assez de vivre sans confort ni apports matériels conséquents.

Cette vie passée loin de la société urbaine contemporaine, appelée ” Babylone “, et de ses habitant·e·s, est vécue à 100% par Eric, Marie et les autres. Parfois usé·e·s, ils et elles ne regrettent rien et sont convaincu·e·s que cette expérience marquera leur vie.

Partage, solidarité, respect, ces valeurs sont indissociables au fonctionnement de toute société qui défend le bien-être humain et environnemental. Elles sont parfois brandies par des organismes qui espèrent par cette occasion se donner bonne conscience, mais elles sont bien réelles et régissent l’organisation de certains groupes, à l’image de la ZAD du Gabarn. Il est malheureusement dommage que ces communautés soient autant marginalisées, car c’est bien sur elles qu’il s’agit de prendre exemple si nous voulons lutter contre la folie grandissante de ce monde sans pitié.

*Marie ne souhaite pas communiquer son véritable nom.

Massacres de Sétif et Guelma le 8 mai 1945 ou l’hypocrisie nationaliste française

Aujourd’hui, le 8 mai, est pour beaucoup d’occidentaux un jour de célébration de la victoire des alliés sur l’Allemagne nazie. Un jour à priori dédié à la Mémoire de la Seconde Guerre Mondiale et de ses horreurs, mais qui est en réalité en France, notamment, un jour d’héroïsation des soldats (français·e·s) et de glorification de la nation. Tandis que de l’autre côté de la Méditerranée, le 8 mai est lui un jour de deuil depuis plus de 70 ans en Algérie, du fait du caractère soudain des événements, de leurs violences et de leurs conséquences.

 

Une libération du territoire et des cadres identitaires

En novembre 1942, les troupes alliées débarquaient en Méditerranée sur les côtes Marocaines et Algériennes, entraînant la libération du territoire Algérien. Ce territoire est passé de la domination républicaine depuis 1830 à celle du régime vichyste en 1940. Ainsi, pour les algérien·ne·s, l’arrivée des troupes états-uniennes est avant tout un choc identitaire. La puissance française semblait effacée, comparée à celle des États-Unis. Il y avait l’impression d’une puissance perdue, ainsi, le général Juin notait que « la nation protectrice a donné l’impression, après le débarquement allié, d’être à son tour prise en tutelle1 ».

C’est à ce moment qu’une partie du Parti du Peuple Algérien2(PPA), penses-en une lutte révolutionnaire armée, au moment où l’Algérie coloniale française est au plus bas. Une résistance par le refus des liens coloniaux et par l’affirmation et la construction d’une nation et d’une entité algérienne. Pour le PPA, être algérien·ne·s, c’est avant tout revendiquer une différence avec l’autre. Il y a donc tout un travail de construction de cadres identitaires par les élites algériennes, comme dans tous les processus de stato-nationalisation. L’idéal du pan-maghrébisme (prôné depuis les années vingt par l’Étoile nord-africaine3) s’efface devant le nationalisme algérien, brandissant le refus de l’intégration et de l’assimilation. Doctrine appuyée sur le texte de la Charte de l’Atlantique4 et de l’action politique de Wilson dès 1917 à travers « le droit des peuples à disposer d’eux même ».

Une situation sociale dégradante

D’un point de vue socio-économique, le régime de Vichy n’a apporté aucune amélioration à la colonie. La situation de domination et de spoliation coloniale, basée sur l’expropriation et sur une économie d’exportation n’a fait que perdurer.

L’arrivée américaine a empiré la situation sur le territoire algérien. Le climat (naturel, commercial et militaire) s’est en effet lourdement dégradé. Le commerce maritime, l’extraction minière, le maraîchage et donc leurs exportations s’étaient interrompues par un blocus commercial en Méditerranée. Cela entraîna une destruction de l’agriculture, basée en partie sur le modèle colonial, c’est à dire axée et concentrée sur l’utilisation d’engrais et la mécanisation de la production de semences, qui, à partir de 1942 ne sont plus acheminées par la métropole. De 1939 à 1945, 700 000 hectares de terres céréalières ne sont plus ensemencées. Toute cette conjoncture entraîne de graves crises alimentaires, de famines et de maladies dans le pays. En effet, les besoins alimentaires de l’Algérie étaient de 900 000 tonnes de blé. Mais en 1944, la production atteint 435 000 tonnes de blé et seulement 300 000 tonnes pour l’année suivante.

Tous les événements de la première semaine de mai 1945 ne sont pas des moments de violences et de répression coloniales à part entières. Ils ne sont que la continuité d’une violence historique, mais également conjoncturelle. Les inégalités grandissantes et la situation économique qui se dégradaient, creusaient de plus en plus le fossé entre les communautés européennes et algériennes. En 1945, la situation devint explosive, les colons eurent peur et la population algérienne notamment paysanne était à bout, prête à se révolter.

Lors d’un colloque en 1985, Alia Zaoui, élève à la medersa5 El-Feth en 1945 affirmait : « je peux vous assurer que les algérien·ne·s étaient à ce moment là, prêts à tout. ».

Une hostilité de plus en plus violente des algérien·ne·s se faisait sentir envers les colons. En plus de cela, l’administration coloniale fit le choix de chasser les militants des Amis du Manifeste et de la Liberté (AML)6, en usant d’intimidation et des tentatives de division du mouvement. Toutes les autorités compétentes étaient au courant que des mouvements de contestations pacifiques surviendraient7.

Le 5 mai 1945, une réunion eu lieu à la Sous-Préfecture de Sétif, réunissant les chefs de police et de gendarmerie afin d’organiser le maintien de l’ordre. Tandis qu’à Guelma, les nationalistes avaient eu l’information, par deux militants, postier et militaire, que « le sous-préfet avait pris toutes les précautions. La ville était entourée de mitrailleuses… quant au maire, il était le chef de la milice [européenne]. Bien avant les manifestions, nous savions que les européen·ne·s étaient armé.e.s ». D’après Henri Alleg, « À Guelma, tout est entre les mains du sous-préfet Achiary. […] Promu pour avoir participé à un groupe de résistance […], il n’en a pas moins exercé ses talents durant Vichy, en torturant parmi d’autres antifascistes, une jeune prisonnière communiste, Gilberte Chemouilli».9 La Sous-Préfecture, par son représentant officiel (Achiary), arma des centaines d’européen·ne·s qui seront à l’œuvre au moment venu : le 8 mai.

1er mai : une répitition du 8 mai

La manifestation du 1er mai a été organisée par les syndicats et les organisations politiques françaises traditionnelles : CGT, PCF et PCA. Les slogans sont ceux de l’unité française de la « France combattante » contre le nazisme. Les forces policières se préparent elles aussi, aucune tendance autonomiste ou indépendantiste n’est tolérée, et aucun drapeaux ou banderoles revendicatrices ne seront autorisés. Toute tentative contestataire de la part de la foule doit donc être réprimée et sanctionnée par les autorités. Les européens sont exacerbés par le laxisme des autorités qui permet aux manifestations de se dérouler. Tandis que les algériens (principalement les militants des AML), eux, voient en cette journée internationale du travail, une journée de réaction à l’arrestation d’un des leader nationaliste algérien : Messali. Ainsi, dans toute l’Algérie des manifestations sont organisées avec comme consigne principale d’être des manifestants pacifiques et distincts des cortèges syndicaux.

Les drapeaux algériens et les slogans scandés : « Libérez Messali, libérez les détenus. Indépendance », « A bas le colonialisme », « Constitution » en disent beaucoup sur leurs déterminations politiques. À Sétif, le cortège des AML représente environ 3 000 militant·e·s et se termine dans le calme, comme dans les autres villes moyennes du pays. Dans les villes d’Oran et d’Alger, les forces de l’ordre ont établi des barrages et tirent sur les manifestant·e·s faisant une quarantaine de morts. Immédiatement, la police organise une traque des militant·e·s et des chefs nationalistes, opérant arrestations et exécutions.

8 mai, victoire des peuples sur le nazisme

Pour les AML, le 8 mai fut une date importante. Ils voulèrent associer le peuple algérien à la victoire contre le nazisme, et ainsi montrer que l’Algérie et ses combattant·e·s ont participé activement à cette victoire.

Dès le 6 mai, les leaders des AML se regroupent et écrivent une lettre de protestation adressée au gouvernement général appelée « Notre message de la victoire ». Ce document exprime la joie de la victoire des alliés et de l’importance de l’implication des soldats algériens pour la libération du territoire français. Ils appellent au dialogue de toutes les organisations démocratiques, afin de lutter contre les vestiges du racisme10. Toutes les organisations algériennes avaient donné l’ordre de défiler pacifiquement pour la victoire, car ce fut également leur victoire, celle d’un peuple contre une oppression raciste11.

Il y avait de toute part une réelle volonté de manifester pour cette victoire. La manifestation qui avait été autorisée par les autorités ne devait pas avoir un caractère politique. Le Ministre de l’intérieur français de l’époque, Adrien Texier, affirma en juillet 1945 devant l’Assemblée Consultative : « Je n’ai pas la preuve que les chefs nationalistes entendaient déclencher, le 8 mai, une véritable insurrection… J’ai plutôt le sentiment qu’ils entendaient se livrer à une nouvelle épreuve de force, faire sortir leurs troupes, comparer leurs membres, renforcer leur discipline, affirmer leur capacité d’action et marquer leur importance aux yeux des autorités françaises et, plus encore, des gouvernements alliés » 12. Les responsables nationalistes avait fait passer l’ordre qu’il y est la présence des drapeaux alliés, mais aussi du drapeau algérien.

Le 8 mai au matin, une foule commence à se constituer sur une place, près de la mosquée13. Un service d’ordre composé de militants procédait à un désarmement total des manifestant·e·s : bâtons, matraques, armes… étaient interdits. À neuf heures, le cortège commença à avancer dans une discipline parfaite. La foule arriva vite à l’avenue principale George Clemenceau et aucun incident ne fût déclaré jusque-là. Le nombre de manifestant.e.s varie de 8 000 selon les autorités, à 15 000 selon le journal algérien El Moudjahid.

Arrivés sur l’avenue, les manifestant·e·s commencèrent à sortir leurs banderoles et leurs drapeaux algériens. On pouvait lire les mêmes slogans que ceux du 1er mai, avec en plus des slogans liés à la victoire comme « Vive les Nations Unies » et « Vive la Charte de l’Atlantique ». Une fois le Sous-préfet prévenu par la police, est ordonné l’enlèvement des drapeaux et banderoles contestataires. D’après le rapport Tubert, le commissaire Valere fit observer au sous-préfet que les manifestant·e·s étaient 8 000 et que l’exécution de l’ordre entraînerait des violences. Le représentant de l’État répondit « Eh bien, il y aura de la bagarre ».

Les porteurs de drapeau furent entourés d’un cordon humain de protection, lorsque la police commença à intervenir, la résistance commença. Le drapeau algérien symbolisait l’étendard de leur liberté et de leur futur à venir. Il devint donc sacré à leurs yeux. Des coups de feu furent ensuite tirés par la police, touchant mortellement le porteur du drapeau algérien : Saal Bouzid. Puis la panique s’installa, des coups de feu furent ensuite tirés des deux côtés. Les manifestant·e·s se dispersèrent dans les rues et la manifestation se transforma très rapidement en une véritable émeute. La vengeance par le sang se fit très vite sentir, les algérien·e·s sortirent haches, couteaux et revolvers. Des européen·ne·s furent mutilé·e·s. Et la police traquait les algériens dans les rues, tirant à vue sur ce qui bougeait. L’armée française fut appelée, sous les ordres du commandant Bobillon, tirant sur la foule. D’autres petits groupes d’algérien·ne·s massacraient tout européen·ne·s qu’ils voyaient, armé·e·s ou non. À 10h45 les forces militaires et policières avaient repris le contrôle de la ville de Sétif, jonchée de cadavres.

Guelma

À Guelma, petite ville de 20 000 habitant·e·s en 1945 (dont 4 500 européen·ne·s), l’organisation de la manifestation est elle aussi préparée, autorisée et revendicatrice des promesses d’indépendance faites par les alliés. Là aussi, comme à Sétif, les forces de police tirèrent sur la foule (pacifique) lorsque cette dernière sorti les drapeaux algériens. Les manifestant·e·s se dispersèrent. La milice créée par la Sous-préfecture elle-même (que nous avons vu précédemment)et composée d’anciens combattants, issus pour la plupart de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO)14 fût, d’après le ministre de l’intérieur de l’époque Adrien Texier, l’investigatrice du « drame de Guelma ». En effet, le Sous-préfet (commandant informel de cette milice) délégua à cette milice européenne la surveillance de la ville et d’une partie de la répression post-manifestation.

Dès le lendemain, le 9 mai, milicien·ne·s et policiers perquisitionnaient les locaux des AML de la ville, ainsi que les domiciles des responsables et activistes afin de saisir les listes nominatives des adhérent·e·s et militant·e·s. Une liste qui devait, selon un responsable de la milice, Garrivet15, servir à « étudier la liste des personnes à juger [euphémisme employé pour dire tuer] ».16 À partir de là, la tuerie pouvait commencer. Milicien·e·s, gendarmes et policiers arrêtèrent arbitrairement tou·te·s suspects, autrement dit, tout·e algérien·ne dans la rue, tout militant·e ou toute personne dénoncée par un·e européen·ne.

Le témoignage de Braham Mohamed Tahar résume très bien la violence qui a été opérée à la suite du 8 mai 1945 : « Je fus arrêté à 15 heures ce jour du 9 mai par un policier et six miliciens ; conduit au commissariat, j’ai été torturé puis dirigé vers la caserne. Là, j’ai vu des gens qui ont été arrêtés et qui n’ont ni participé à la manifestation, ni milité auparavant dans les partis politiques ; et ils n’avaient aucune idée de ce qui s’est passé. Le soir du 10 mai, la tuerie avait commencé et de la prison nous entendions les coups de feu. Tout Arabe rencontré en ville était soit arrêté soit tué » 17.

D’après les rapports de police judiciaire de la brigade mobile de Guelma, toutes ces arrestations furent arbitraires. En plus de ces dernières, des tortures et des fusillades par dizaine furent orchestrées par la milice et par les forces de l’ordre françaises. D’après le journal Liberté, il y aurait eu au moins 142 victimes, publiant en 1946 cette liste de ces 142 noms grâce aux plaintes déposées par leurs familles. Tandis que Ferhat Abbas, s’exprimait sur les 800 fusillés sans jugement à Guelma.

Les violences commises par les civil·e·s (algérien·ne·s et européen·ne·s) et contre les civil·e·s, est le reflet de la sociologie des populations de l’époque. Les individus avaient une grille de lecture manichéenne et binaire, où chacun avait peur de l’autre, ou l’autre était le dominateur et le mauvais ou l’indigène incivilisé. Même si chacune de ces communautés étaient éclectiques de par leur diversité interne, il y avait un vrai clivage, une véritable césure entre ces deux groupes, car, même alvéolaire, la communauté algérienne autant que l’européenne, se composait d’individus et de groupes qui se reconnaissaient dans une communauté identitaire, culturelle et politique.

Ainsi, si vous irez (ceci n’est pas une invitation, loin de là) aux cérémonies militaires, patriotiques et chauvines de ce 8 mai 2018, peut-être pour commémorer un ou des proches disparus, souvenez-vous des morts qui ne sont pas héroïsés par la France, celles et ceux morts pour la paix, la démocratie et la liberté par les autorités françaises. « Les oublié·e·s de l’Histoire »18 du 8 mai 1945, pour citer Annette Becker. Car où est l’intérêt de commémorer, de glorifier et d’héroïser les soldats (seulement français·e·s), lorsque dans le même temps on oublie et masque la souffrance des civils pendant les guerres et les massacres dans les colonies ? Où est la justice et la fraternité quand on parle de paix et de libération, quand dans le même temps on ignore et méprise le prix du sang et de la sueur coloniale dans cette libération et qu’aujourd’hui la France et les autorités locales françaises n’ont pas ce courage de reconnaître leurs erreurs, leurs déviances et leurs crimes19 ?

La France à travers différents représentants de l’État, a reconnu très récemment les massacres de Sétif, Guelma… de mai 1945. Certes, mais cela reste une simple hypocrisie, car dans les faits, durant ces cérémonies du 8 mai, où sont les hommages à ces algérien·ne·s tué·e·s par la France et aux européen·ne·s tué·e·s en représailles ? Ces commémorations sont des fêtes arrogantes de la victoire française, alors qu’en réalité à la vue de ce que nous venons de voir, le 8 mai est plutôt un symbole de la faillite humaine et morale de la France.

 


1Maréchal Alphonse Juin, Le Maghreb en feu, Plon, Paris, 1957, p. 45

2Parti fondé par Messali Hadj en 1937, après que l’ÉNA soit interdite sous le Front Populaire.

3Étoile nord-africaine (ENA), association fondée en 1926 et devenue un parti politique prônant la constitution d’un grand ensemble maghrébin (autour de l’Algérie) par l’indépendance des trois colonies françaises du Maghreb (Maroc, Algérie et Tunisie).

4Déclaration solennelle du Président des États-Unis (Roosevelt) et du Premier Ministre britannique (Churchill) qui pose les fondements de leurs politiques internationales, dont au troisième article : « ils respectent le droit qu’ont tous les peuples de choisir la forme de Gouvernement sous laquelle ils entendent vivre »

5Université théologique musulmane

6Mouvement fondé par Ferhat Abbas en mars 1944, autour de son texte : Le manifeste du peuple algérien ».

7Boucif Mekhaled, Chroniques d’un massacre 8 mai 1945, Paris, Syros/Nom de la Mémoire, 1995, p. 106

8Entretien de Braham Mohamed Tahar, Chroniques d’un massacre 8 mai 1945, Paris, Syros/Nom de la Mémoire, 1995, p. 107

9Henri Alleg, La guerre d’Algérie, Paris , Temps Actuels, 1981

10À comprendre ici la colonisation.

11À comprendre ici le nazisme.

12Adrien Texier, discours prononcé à la tribune de l’Assemblée Consultative le 18 juillet 1945

13Actuellement mosquée Abou Dher El Ghiffari

14Nouvellement Parti Socialiste.

15Maire socialiste (SFIO) de la ville de Guelma.

16El Moudjahid, n° 6184, 8 mai 1985

17Rapport spécial, daté du 2 décembre 1946 : « Disparition au cours des événements du mois de mai 1945 du nommé B.A Benm K., bijoutier à Guelma ». Ref/délégation générale n° 302/G en date du 3 avril 1946 du juge d’instruction auprès du tribunal de première instance du Guelma

18Annette BECKER, Oubliés de la grande guerre humanitaire et culture de guerre populations occupées déportés civils prisonniers de guerre, Paris, Éditions Noêsis, 1998

19La France à reconnut très récemment par es repsonsable officiels la responsabilité de la france dans ces massacres. Certes, mais cela n’est-il pas juste de


Photographie 1 : Manifestation des algérien·ne·s le 8 mai 1945 à Sétif, dans le nord constantinois, source L’Orient Le Jour

5 Mai : les écologistes seront-ils au rendez-vous ?

A la suite des nombreuses grèves et manifestations de ces dernières semaines, plusieurs personnalités et syndicats, rassemblé.e.s autour de la figure de François Ruffin, ont appelé à une grande journée de mobilisation nationale pour le samedi 5 mai.

Cet appel a été adressé aux citoyen.ne.s, mais aussi à tous les syndicats, partis politiques et organisations opposé.e.s à la politique du gouvernement d’Emmanuel Macron. Une invitation large qui concerne également les écologistes.

Si cet appel est l’expression d’un ras-le-bol général, mais aussi d’un désir de voir émerger un autre modèle de société, il ne s’agit en aucun cas de rejouer mai 68. La précarité, l’accroissement des inégalités, la destruction des écosystèmes, les atteintes répétées aux droits fondamentaux sont des problèmes bien trop présents pour faire de cette mobilisation qu’un moment de nostalgie populaire.

Les écologistes ont trop souvent été absent.e.s des mobilisations dès que celles-ci ne touchaient pas, de près ou de loin, à des questions environnementales. Si l’écologie politique aspire à défendre un réel projet de société, à parler à toutes et tous : aux cheminot.e.s, aux étudiant.e.s, au personnel hospitalier, à celui d’Air France et à toutes les personnes précaires, contre l’expulsion violente des militant.e.s de Notre-Dame-Des-Landes, le harcèlement des migrant.e.s, les provocations du président sur la laïcité et envers la communauté LGBTQI, mais aussi contre le projet Cigéo à Bure, de mines d’or en Guyane, la non-action du gouvernement pour lutter contre l’évasion fiscale, le dérèglement climatique,… Si l’écologie veut démontrer sa force et sa légitimité à faire partie du paysage politique, elle devra être présente le 5 mai prochain, mais aussi à toutes les autres manifestations.

Elle ne pourra pas se contenter de regarder défiler par la fenêtre une mobilisation qui se pourrait être historique.

Alors chiche ?