Politique

Rencontre les Spitzenkandidaten écologistes : Ska Keller

La députée Européenne Allemande Ska Keller a été désignée avec Bas Eickhout comme Spitzenkandidat (tête de liste) pour le Parti Vert Européen

Traduit de l’anglais de cet article de l’Ecosprinter le journal de la fédération des jeunes verts européens !

Le Parti Vert Européen a désigné ses deux têtes de listes pour mener la campagne des européennes, à savoir Bas Eickout et Ska Keller. Nous vous proposons une interview Ska Keller. Vous pouvez retrouver l’interview de Bas Eickhout ici !

Pouvez-vous identifier quelques changements de politique que vous souhaitez apporter, susceptibles d’améliorer la qualité de vie des jeunes européen·e·s et de leur donner une vision positive de l’avenir ?

C’était normal pour moi de m’intéresser aux événements qui m’entouraient et d’essayer de les changer. C’est le sujet de la politique. Je dirais que cet intérêt s’était déclenché au début de mon adolescence, lorsque j’ai suivi ma passion pour le bien-être des animaux et puis adhéré au groupe contre le racisme dans ma ville. J’ai découvert le parti écologiste par hasard – il n’y avait pas de groupe local – mais j’ai su aussitôt avoir trouvé mon foyer politique. C’était il y a 17 ans, et depuis lors, je suis active auprès de Jeunes Écologistes, y compris la FYEG bien sûr, et plus tard dans le parti écologiste.

Pensez-vous qu’on ait besoin de plus de jeunes au Parlement Européen et pourquoi ?

Certainement ! Bien que les choses se soient améliorées et que le Parlement européen ne soit plus un lieu de stockage pour des politiciens lorsque le parti ne sait pas quoi en faire au niveau national, le député européen moyen reste un homme blanc âgé. Pourtant le Parlement devrait représenter la société ! Nous avons besoin de beaucoup plus de diversité au Parlement et de beaucoup plus de jeunes en politique en général. Après tout, ce que nous décidons aujourd’hui affectera les jeunes beaucoup plus longtemps que les personnes âgées. Pour réaliser cet objectif, nous avons besoin d’organisations de jeunesse comme la FYEG, où les gens peuvent tester et discuter leurs idées, améliorer leurs compétences et essayer de nouvelles méthodes plutôt qu’être assimilés à une politique d’antan. Les partis doivent être ouverts et prêts à changer leurs habitudes tout en encourageant leurs jeunes membres.

Nous avons besoin de jeunes figures à la tête des partis et de listes pour montrer que cela est possible. Plus important, nous avons besoin de changer comment nous faisons de la politique, et la rendre inclusive et ouverte.

Vous pensez que votre propre parti national en fait assez pour assurer la représentation des jeunes dans la politique européenne ?

Les Verts allemands viennent de voter sur leur liste européenne et elle inclut cinq candidat·e·s de moins de 40 ans sur les 10 premières places. Et sur un total de 40 places, 19 candidat·e·s ont moins de 40 ans. Nous avons également trois ancien·ne·s porte-paroles du FYEG sur la liste et beaucoup d’entre eux qui ont participé ou sont encore impliqué·e·s encore au sein des Jeunes Verts en Allemagne. De plus, durant nos dernières élections régionales, nous avons eu de Jeunes Vert·e·s élu·e·s et on a cassé des records d’âge au Parlement. Notre candidat en tête de liste en Bavière était trop jeune pour devenir légalement Premier ministre. Heureusement que nous sommes seulement arrivé·e·s en deuxième position ! 😉 En revanche, cela montre également que les lois doivent encore être modifiées, car on ne peut pas vraiment justifier pourquoi un premier ministre doit avoir au moins 40 ans.

Les Grünen de Bavière sont devenus la deuxième force politique du Länder

Pouvez-vous identifier quelques changements de politique que vous souhaitez apporter, susceptibles d’améliorer la qualité de vie des jeunes européen·e·s et de leur donner une vision positive de l’avenir ?

En général, toutes les politiques affectent les jeunes, nous devrions donc veiller à inclure le point de vue de jeunes dans tout ce que nous faisons. Plus particulièrement, nous avons besoin de répondre à la situation sociale des jeunes, afin qu’ils et elles ne passent pas du système éducatif au chômage, à des stages d’exploitation, ni à des emplois précaires, qui sont, malheureusement, trop fréquents. Les États membres doivent mettre en œuvre « la garantie pour la jeunesse » afin de garantir de bons emplois pour les jeunes et les stages doivent être réglementés.

Nous, les Verts, avons toujours prôné qu’Erasmus devait être une opportunité pour toutes et tous et pas seulement pour les étudiant·e·s aisé·e·s. Il est temps qu’Erasmus + devienne une réalité pour toutes et tous. Pour moi, la participation des jeunes est une question primordiale. Les jeunes doivent être entendu·e·s et doivent pouvoir défendre leurs intérêts.

Quels sont vos objectifs en tant que Spitzenkandidat ou eurodéputée dans les 5 prochaines années ?

Il existe trois grands défis où nous devons nous battre: premièrement, le changement climatique et la perte de biodiversité. Nous avons peu de temps pour agir avant de faire face à une catastrophe climatique. Cela dépend maintenant de la volonté politique. Le sommet sur le climat de Katowice est un terrain d’essai. L’Union européenne doit faire preuve d’un véritable leadership dans ce domaine. L’autre épreuve est le Conseil Européen : les États membres seront-ils prêts à se conformer aux objectifs plus ambitieux du Parlement européen, par exemple en ce qui concerne les émissions des voitures ? Pour cela, nous avons besoin de pressions politiques.

Deuxièmement, nous devons construire une Europe sociale. L’Union européenne s’est trop longtemps concentrée sur les règles économiques et les marchés – notamment parce que les États membres ne souhaitent pas faire d’efforts collectif dans le domaine social. Nous devons enfin mettre les objectifs sociaux au même niveau que les règles économiques et désormais imposer des normes minimales obligatoires pour les revenus et les soins de santé dans toute l’Europe.

Enfin, l’Union Européenne doit être capable de défendre la démocratie et l’état de droit sur tout son territoire. Ces principes fondamentaux sont attaqués dans plusieurs États membres et les citoyen·ne·s comptent, à juste titre, sur l’UE pour protéger leurs droits. Nous devons développer des mesures pour sauvegarder ces droits.

Pouvez-vous nous parler d’un ou d’une jeune personnalité·e politique qui vous inspire et nous expliquer pourquoi ?

Greta Thunberg. Je la trouve très inspirante parce qu’un jour, elle a décidé elle-même, sans planification ni organisation, de faire quelque chose de courageux : faire en grève à l’école pour le climat. Elle ne savait pas comment cela pourrait finir et elle était prête à risquer des complications dans sa vie personnelle. Elle nous rappelle que c’est à chacun·e de faire entendre sa voix et de prendre des mesures dans la lutte contre la catastrophe climatique.

Greta Thunberg avec le secrétaire général de l’ONU à la COP24.

Membre de partis écologistes écossais et français, je viens de Glasgow, mais reste à St Gaudens et travaille en tant qu'assistant de langue au lycée et au collège. Ancien co-organisateur des jeunes écologistes écossais aussi!

Rencontre les Spitzenkandidaten écologistes : Bas Eickhout

Le député Européen néerlandais Bas Eickhout a été désigné avec Ska Keller comme Spitzenkandidaten (tête de liste) pour le Parti Vert Européen

Traduit de l’anglais de cet article de l’Ecosprinter le journal de la fédération des jeunes verts européens !

Le Parti Vert Européen a désigné ses deux têtes de listes pour mener la campagne des européennes, à savoir Bas Eickout et Ska Keller. Nous vous proposons une interview Bas Eickhout. Vous pourrez retrouver l’interview de Ska Keller prochainement !

Quand avez-vous décidé de faire de la politique, et pourquoi ?

Durant ma scolarité, l’écologie et la nature me captivaient déjà. J’ai vite compris en étudiant la chimie et les sciences environnementales que j’ai voulu épauler la lutte contre le changement climatique non seulement par la science, mais aussi dans la sphère politique internationale. Les conséquences du changement climatique sont trop graves pour attendre que le marché devienne durable de lui-même. En tant qu’homme politique, je voulais m’opposer aux intérêts particuliers des secteurs des combustibles fossiles,des voitures, des avions. C’est ce dont je me suis occupé et je continuerai cette lutte.

Pensez-vous qu’on ait besoin de plus de jeunes au Parlement Européen et pourquoi ?

C’est certain que nous avons besoin de plus de jeunes dans la politique européenne. Le Parlement Européen prend les décisions sur les lois qui façonnent le futur de l’UE. La nouvelle génération a de meilleures chances de rompre avec d’anciennes politiques qui avaient échoué, qui ont volé les opportunités d’avoir un bon travail et une vie saine et satisfaite de millions des personnes. Si cela ne tenait qu’aux jeunes, il n’y aurait pas eu de Brexit, et nous aurions des mesures plus ambitieuses en matière de climat. Je poursuivrai à écouter les voix et les intérêts des jeunes et des prochaines générations.

Vous pensez que votre propre parti national en fait assez pour assurer la représentation des jeunes dans la politique européenne ?

Aux Pays-Bas, le leader de Groenlinks a 32 ans, ce qui illustre les opportunités que mon parti offre aux jeunes. Mais ce n’est pas seulement lui : avec le mouvement que nous avons construit, il a réussi à mobiliser des milliers de jeunes pour qu’ils participent à la vie politique et votent pour la première fois. J’espère que nous pourrons poursuivre sur cette lancée lors des élections européennes afin de renforcer la voix des jeunes.

Le chef du parti Groenlinks, Jesse Klaver

Pouvez-vous identifier quelques changements de politique que vous souhaitez apporter, susceptibles d’améliorer la qualité de vie des jeunes européen·e·s et de leur donner une vision positive de l’avenir ?

Le manque de possibilités pour les jeunes, c’est le résultat d’années de politiques de droite dogmatiques qui ont échoué. Ils ont cru que la libéralisation du marché du travail, le marché financier dérégulé, l’austérité et le libre-échange pouvait créer de la richesse pour tout·e·s. En fait, ces politiques ont créé des banques en difficulté, du chômage, des services publics sous-financés, des inégalités et, dans certaines régions d’Europe, une génération de jeunes qui ont une moins bonne situation que leurs parents.

Il faut casser ces idéologies de droite, non pas avec quelques mesurettes sociales, mais en remettent la justice sociale au cœur de la politique européenne. En réglementant le marché financier, en mettant en place un véritable programme d’investissement, en fournissant un filet de sécurité avec protection sociale, nous pouvons donner aux jeunes les opportunités qu’ils et elles méritent.

Quels sont vos objectifs en tant que Spitzenkandidat ou eurodéputé dans les 5 prochaines années ?

Tout d’abord, j’aimerais mener une campagne réussie : augmenter la taille du groupe des MEP (député·e·s éuropéen·ne·s ndlr) écologistes qui luttent pour une Europe différente, avec les MEP élu·e·s de toute l’Union Européenne. Je veux que nous soyons l’alternative crédible aux vieux partis centristes qui prétendent qu’il n’y a pas d’alternatives. Je souhaite que nous montrons et démontrons aux électrices et électeurs qu’une UE différente, écologiste et juste est possible, sans rejeter la précieuse coopération européenne que nous avons construite au cours des dernières décennies.

Vous pouvez nous parler d’un ou d’une jeune personnalité politique qui vous inspire et nous expliquer pourquoi ?

Alexandria Ocasio-Cortez est une femme politique très motivante. Elle montre que – malgré cette période très inquiétante dans la politique Américaine – qu’il y a toujours l’espoir de vaincre la politique de la peur et de la colère. Elle propose l’espoir qu’il est possible de gagner avec les politiques progressistes. Ocasio-Cortez a déjà déclaré son premier objectif : travailler sur un nouvel accord écologique pour les États-Unis. En fait, elle n’est pas la seule voix progressiste : la “vague bleue” des nouveaux démocrates qui ont pris la Chambre des Représentants est le groupe plus diversifié de l’histoire : il représente toutes sortes d’origines ethniques, religions, sexes et orientations sexuelles.

Alexandra Orcasio Cortez, la plus jeune représentante jamais élue au Congrès Américain

Membre de partis écologistes écossais et français, je viens de Glasgow, mais reste à St Gaudens et travaille en tant qu'assistant de langue au lycée et au collège. Ancien co-organisateur des jeunes écologistes écossais aussi!

Midterms : Soutenons le vent nouveau qui souffle sur l’Amérique

Cet article est une tribune proposée par des membres de l’exécutif fédéral des Jeunes Écologistes

Le 6 novembre prochain auront lieu les midterms, un ensemble d’élections allant du Congrès (Sénat et Chambre) aux gouvernorats en passant par les assemblées locales.

Avec une forte présence de femmes candidates, de personnalités issues des minorités et de jeunes candidat·e·s démocrates très ancré·e·s à gauche et écologistes, ce scrutin s’annonce comme historique pour le pays de aux cinquante étoiles.

Un air de révolution avec des candidat·e·s démocrates qui remettent en cause le capitalisme sauvage

Bernie Sanders a-t-il ouvert le champ des possibles ? L’outsider de la campagne de 2016, déclaré anti-Wallstreet, a vu nombre de candidat·e·s idéologiquement proches de lui remporter les primaires du parti face à l’establishment démocrate.

La spectaculaire victoire d’Alexandria Ocasio-Cortez à la primaire de New York face à un ténor du Parti démocrate, Joseph Crowley (élu à la chambre depuis 1999), a été vécu comme un véritable tremblement de terre politique aux États-Unis. Novice en politique, élevée dans le Bronx, ex-serveuse, Alexandria Ocasio-Cortez a convaincu en défendant un programme résolument ancré à gauche. Se revendiquant d’un « nouveau socialisme », dénonçant le capitalisme sauvage, elle souhaite incarner une nouvelle vision du progrès qui ne se limite pas à une simple lutte contre les discriminations mais prend à bras le corps la lutte contre les inégalités de toute nature. Membre du Democratic Socialists of America (DSA), l’aile gauche du Parti Démocrate, qui a vu son nombre d’adhérent·e·s se multiplier par cinq depuis la campagne de Bernie Sanders, elle soutient la création d’un système universel de santé, la gratuité des universités publiques, l’abolition de la police d’immigration et du système d’« incarcération de masse » Américain. Fervente critique de la proximité du pouvoir financier avec le pouvoir politique, elle refuse notamment le financement de dons d’entreprises pour sa campagne. Candidate dans une circonscription qui a voté à 77 % pour Hillary Clinton, Alexandria Ocasio-Cortez est assurée de devenir la plus jeune représentante de l’histoire à entrer au Congrès américain.

À Boston, c’est Ayanna Pressley qui crée la surprise en battant à la primaire démocrate un quadruple « Congressman » défendu par l’élite du parti. Ayanna Pressley a su mobiliser les jeunes et les minorités par son discours ouvertement critique à l’encontre du Parti Démocrate dont elle admet, par son adhésion totale au capitalisme financier libéral, qu’il a contribué à perpétuer les inégalités. Elle refuse aussi, dans ce cadre, de se faire financer par les entreprises. Alexandria Ocasio-Cortez et Ayanna Pressley ont été plusieurs fois victimes d’agressions sexuelles. Elles sont devenues des figures de proue de la marche des femmes contre Trump et du mouvement de libération de la parole sur les agressions, le harcèlement sexuel et plus généralement du débat sur la condition des femmes dans la société américaine. Ayanna Pressley est assurée de remporter son siège à la Chambre des représentants.

Fils d’une conductrice de bus scolaire et d’un ouvrier du bâtiment, Andrew Gillum pourrait devenir le premier gouverneur noir de Floride. Fervent opposant aux armes, ce proche de Bernie Sanders se distingue par sa campagne axée sur l’égalité des chances, la justice sociale et la défense du service public. Il propose une réforme en profondeur du droit pénal en Floride, défendant une justice réparatrice et qui travaille à la réinsertion des prisonnier·e·s. D’après les derniers sondages, Andrew Gillum serait en mesure d’arracher la Floride aux Républicains et devenir ainsi le premier gouverneur noir aux États-Unis.

Des figures de résistance face à Trump

Soutenue par Bernie Sanders, Stacey Abrams a remporté une écrasante victoire aux primaires démocrates de Géorgie. Elle pourrait marquer l’histoire en devenant la première femme noire gouverneure à la tête d’un État américain. Candidate dans un État historiquement marqué par l’esclavage et la ségrégation raciale, sa victoire serait tout un symbole. Opposée à la peine de mort, portant parmi ses priorités la défense des droits des minorités et une réforme d’un système de justice injuste socialement et racialement, Stacey Abrams est annoncée au coude à coude avec son adversaire républicain.

Alors que le discours anti-migrant·e·s et anti-musulman·e·s s’enflamme depuis l’élection de Trump, deux femmes musulmanes devraient être élues pour la première fois au Congrès américain. Rashida Tlaib, née à Detroit et fille d’immigré·e·s palestinien·ne·s et Ilhan Omar, réfugiée somalienne, candidate dans le Minnesota. Les deux femmes souhaitent incarner la résistance aux discours de haine diffusés par le président des USA et son entourage contre les migrant·e·s et les musulman·ne·s. Opposées aux politiques restrictives sur l’immigration, elles proposent d’abolir la police de l’immigration dont elles dénoncent les raids et les violences contre les immigré·e·s clandestin·e·s.

Face à un candidat inculpé pour détournement de fonds, Ammar Campa-Najjar, fils d’un père palestinien musulman et d’une mère mexicaine, pourrait créer la surprise et remporter une circonscription de Californie traditionnellement très conservatrice. Le candidat démocrate a fait de la lutte contre les préjugés un axe fort de sa campagne.

Ingénieure, militante écolo, Christine Hallquist pourrait devenir la première femme transgenre gouverneure d’un État américain. Particulièrement engagée dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour le développement des énergies renouvelables, Christine Hallquist souhaite aussi profiter de la campagne pour combattre les idées de Trump qui a promis de revenir sur les droits de la communauté transgenre en souhaitant restreindre la définition légale du genre, pour en faire un état immuable et biologique.

Un avertissement pour Trump et les Républicains

Et si le Texas, bastion des Républicains au Sénat, tombait aux mains des Démocrates ? Contre toute attente, Beto O’Rourke, ex-rock-star, pourrait faire échouer l’ultra conservateur Ted Cruz. Favorable à la légalisation de la marijuana, au droit à l’avortement et à l’interdiction de la vente d’armes automatiques, sujet tabou au Texas (qui est un bastion de la National Rifle Association). Le candidat s’est notamment distingué par son soutien affiché aux joueurs de football américain qui posent un genou à terre durant l’hymne américain pour protester contre les violences policières visant les noir·e·s. Refusant les soutiens financiers des grandes entreprises et des lobbies, Beto O’Rourke s’illustre par son optimisme convaincant et son ton rassembleur qui tranche avec l’agressivité et la stratégie de division des candidat·e·s républicain·e·s. La stratégie du démocrate semble convaincre, puisque Beto O’Rourke aurait rattrapé son retard et serait au coude à coude avec son adversaire dans les sondages. Ses positions sur la politique migratoire, avec son souhait de régulariser les Dreamers (étranger·e·s mineur·e·s lors de leur arrivée sur le sol américain) et l’opposition à la construction d’un mur à la frontière mexicaine font que ce vote sera particulièrement scruté. En cas de victoire au Texas, Beto O’Rourke pourrait être poussé à entrer en campagne pour affronter Trump en 2020.

L’écologie a le vent en poupe

Tout comme Christine Hallquist ou Jared Polis (candidat au poste de gouverneur du Colorado prônant une sortie progressive des énergies fossiles) de nombreuses et nombreux candidat·e·s démocrates font de la lutte contre le réchauffement climatique et de la protection de l’environnement des axes forts de leurs campagnes. C’est le cas de Deb Haaland, quasi-assurée de marquer l’histoire en devenant la première femme Native American à siéger à la Chambre des représentants. Membre de la tribu des Laguna Pueblo et originaire d’un milieu modeste, Deb Haaland souhaite non seulement porter la voix de toutes les communautés autochtones américaines mais aussi de la classe ouvrière et des américain·e·s précaires, exclu·e·s des décisions politiques.

Son programme est marqué par son opposition farouche à l’exploitation des hydrocarbures sur les terres indiennes, par la protection de l’environnement et la prévention sur le changement climatique ou encore son souhait d’une législation stricte des armes à feu. Deb Haaland pourrait ne pas être la seule amérindienne à entrer puisque Sharice Davids, candidate démocrate ouvertement lesbienne et très engagée sur la défense des droits de la communauté LGBTI+, est annoncée gagnante au Kansas.

Si nous faisons ici l’étendue de ce grand mouvement du « renouveau du socialisme » aux USA, à travers les nombreuses candidatures enthousiastes et remplies d’espoir que propose l’aile gauche du Parti Démocrate. C’est bien par la spécificité, presque unique au monde, de la binarité du paysage politique américain. Un paysage polarisé par les deux grandes forces politiques historiques du pays que sont le Parti Démocrate et le Parti Républicain.

Soutien au Parti Vert et à l’aile gauche du Parti Démocrate

Évidemment que les candidatures du Green Party (Parti Vert des États-Unis) sont elles aussi revendicatrices des exigences contemporaines que sont les luttes contre le dérèglement climatique, l’accroissement des inégalités, l’augmentation des discriminations et les politiques xénophobes de Trump. Nous pouvons tout de même nous réjouir que le parti écologiste ait triplé son résultat à la présidentielle de 2016 par rapport à 2012, et que le parti remportera probablement quelques sièges aux élections des assemblées locales de ce mardi 6 novembre. Toutefois, le champ politique américain ne leur permet pas d’atteindre le Congrès et c’est pour cela que les Jeunes Écologistes soutiendront demain, mardi 6 novembre 2018, toutes les candidatures prônant les valeurs écologistes, c’est-à-dire la justice sociale, la préservation de l’environnement et la solidarité à tous les êtres humains.

Après la Révolution de Jasmin, la liberté de la presse tunisienne reste fragile

En 2011, la révolution de Jasmin éclatait en Tunisie. Désespéré d’un pouvoir politique corrompu, d’une démocratie inexistante, d’une répression cruelle et d’une situation économique et sociale plus que désagréable, les tunisiennes et les tunisiens sont descendu·e·s dans la rue clamant le départ de Ben Ali et de sa caste au pouvoir depuis l’indépendance. Les journalistes, premières victimes de ce pouvoir autoritaire avec les opposants politiques de gauche et islamistes devaient, à la suite de la révolution, voir la Tunisie comme un nouveau pays, celui de la liberté de la presse et de son indépendance.

Légalement, dès le 17 janvier 2011, une fois que le gouvernement de transition fût formé, le premier ministre tunisien Mohamed Ghannouchi annonce la libération des prisonnier·e·s d’opinion, la levée des interdictions des activités de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme et de la liberté totale de l’information. Autre acte fort qui succédait à cette annonce, le ministère de la communication, bras “armé” de la censure est supprimé. Ainsi, le 22 janvier la censure sur les publications écrites est levée.

Dès octobre, les élections législatives ont lieu. Le scrutin est proportionnel, sur des listes paritaires entre femmes et hommes. Alors que la Tunisie sort de 50 ans de dictature, seulement 57,33 % des inscrit·e·s vont voté·e·s, sans doute à cause de l’incompréhension du scrutin ; on y compta 109 partis candidats, 11 686 candidat·e·s soit 1517 listes. Les résultats sont sans appel, le parti islamiste et conservateur Ennahdha obtint 37,04 % des voix soit 89 sièges. Le second parti en tête est le Congrès pour la République (CPR) qui obtint seulement 29 sièges, le troisième est Pétition Populaire avec 26 sièges et enfin Ettakattol gagne 20 sièges. Avec 41 % des sièges, Ennahdha désigne Hamadi Jbeli comme premier ministre de la République de la Tunisie. Le CPR et Ettakattol rejoignent le gouvernement, formant la Troïka. Ennahdha, plus que majoritaire au gouvernement occupe les ministères régaliens.

Si dans les textes la presse se libère, dans les faits cela est plus compliqué. Les journalistes eux-même dès janvier 2011 revendiquaient la mise en place d’une commission indépendante afin de réguler le secteur de l’information et de garantir sa neutralité. Le président par intérim de l’époque avait publié un décret le 2 novembre 2011, appelé l’ordonnance 116 qui institue la Haute commission indépendante de communication audio-visuelle (HAICA).

Or, dès les prémices du nouveau gouvernement de la Troïka, cette institution fut ignorée. Cette dernière aurait du réformer l’ordonnance afin de la mettre en application, c’est-à-dire mettre en place la HAICA. Le gouvernement garda le statu-quo, gelant l’ordonnance, ce qui lui permit de continuer de nommer lui-même les responsables à la têtes des institutions de l’information.

En fait, Ennahdha n’a fait que pérenniser l’hostilité du pouvoir à l’égard des journalistes en Tunisie. Pour la Troika, ces derniers devaient faire l’éloge du pouvoir et se passer de critiques ou de quelconques questionnements. Cette hostilité est tout sauf conjoncturelle, elle est constitutive au mouvement politique islamiste, que représente le parti Ennahdha. Le parti a depuis longtemps mis des moyens énormes pour le dénigrements des journalistes et a monté la populations contre ces dernier·e·s. Il n’était pas dans leur genèse de considérer l’information comme un instrument de la démocratie et de sa pérennité ou comme un reflet des maux de la population. Or, c’est bien le milieu journalistique qui a été le premier secteur à rompre avec les années de soumission, voulant ainsi impulser un renouveau de l’information indépendante et professionnelle en Tunisie.

Le gouvernement a mis en place des pratiques afin de décrédibiliser et d’intimider par la violence verbale et physique ce secteur, orchestré par les responsables politiques eux-même comme Habib Ellouz (ex-député Ennahdha) ou Rached Ghannouchi (ex-président du parti Ennahdha). La violence physique est également utilisée, avec un recours aux salafistes et aux ligues de protection de la révolution. La police et la justice sont également utilisées pour instaurer un climat de peur envers les journalistes. Dans le même temps, le parti Ennahdha essaie de court-circuiter la presse traditionnelle par la publication et la création de dizaines de nouvelles chaînes de télévision, des magazines et des journaux partisans. Opération ayant eu peu de retombées sur l’opinion publique, malgré des dépenses financières colossales. Si le gouvernement a utilisé la violence et la prison, elle a également utilisé la guerre économique contre la presse. Fin des subventions, fin des prix conventionnés pour le papier et fin de la publicités pour certains journaux privés afin de leur couper l’herbe sous le pied. Sans argent, la presse souffre et a des difficultés à correctement informer son lectorat.

Parmi le répertoire répressif d’Ennahdha et du gouvernement, nous pouvons en citer quelques exemples : En octobre 2011, la chaîne Nessma fut accusée de projeter l’image de dieu à la suite de la projection du film Persépolis de Marjane Satrapi (film qui a déjà été diffusé au cinéma en Tunisie). A la suite de cela, les locaux de la chaîne furent dégradés et le PDG de la chaîne, obligé de fuir le pays avec sa famille.

Quatre mois plus tard, le juge d’instruction de première instance de Tunis lance un mandat d’arrêt à l’encontre de Nasreddine Ben Said, directeur du journal Attounissia à la suite de la publication en Une du footballeur tuniso-allemand, Sami Khedira et de sa femme allemande (mannequin de mode). Photo jugée contraire à la pudeur. Le directeur du journal fût immédiatement incarcéré.

En juin 2012, durant une conférence de presse devant tout le gratin de la presse tunisienne et devant les associations et du syndicat de défense des journalistes, le directeur de la chaîne Al-Hiwar Ettounsi, Tahar Ben Hassine clamait : « Ces agressions constituent des actions criminelles, programmées et destinées à terroriser les journalistes et à sanctionner la chaîne pour avoir maintenu sa ligne de conduite indépendante de la domination politique ». En effet, le 26 mai la chaîne a reçu des menaces d’invasion de son siège, chose faite à Manouba où le siège central est attaqué. Parallèlement, dans les villes moyennes comme à Sidi Bouzid ou Jbeniana, les journalistes sont agressé·e·s par des partisan·e·s du gouvernement. Tahar Ben Hassine conclut en regrettant le silence total et l’impunité de ces crimes et de ces agressions par les autorités publiques et politiques, de leur inaction à protéger les journalistes en Tunisie.

Dans une interview au journal Maghreb, la présidente du syndicat des journalistes a affirmé que la commission des libertés du syndicat avait enregistré entre mai 2011 et mai 2012, soixante agressions physiques contre des journalistes et indique que la majorité de ces agressions sont d’origine policières.

Pour conclure cet article, nous pouvons légitimement nous demander si aujourd’hui, fin 2018 et 7 ans après la révolution, la situation de la liberté de la presse s’est améliorée. Pour y répondre je vous propose le propos exprimé à ce sujet par l’ONG Reporter Sans Frontières (RSF) : « La transition démocratique toujours en cours en Tunisie ne garanti pas encore une pleine liberté de l’information. En 2017, les organisations de la société civile tunisienne et les ONG internationales ont exprimé leurs inquiétudes quant aux lenteurs et aux manquements qui marquent l’élaboration du nouveau cadre légal relatif au secteur médiatique. Les pressions exercées sur les journalistes perdurent, ainsi plusieurs cas d’interpellations de journalistes, notamment de correspondants de médias étrangers ont été recensés lors des mouvements sociaux qui ont marqué la fin de l’année 2017. »

Malgré la révolution, la situation de la liberté de la presse reste donc compliquée en Tunisie.

Si vous désirez aller plus loin sur sur le cas tunisien contemporain, je vous invite à lire l’article plus détaillé en anglais de la situation actuelle de la liberté de la presse à ce lien : http://www.mom-rsf.org/en/countries/tunisia/.

Bibliographie :

MustaphaKraiem, La révolution kidnappée, Tunis, 2014

Philippe Lamberts : “La justice fiscale est un combat pour que les êtres humains puissent mener une vie digne”

Confortablement installé dans son bureau au Parlement Européen de Bruxelles, co-président du groupe politique des Verts/Alliance libre européenne (Verts/ALE), eurodéputé belge depuis 2009 et anciennement secrétaire du Parti Vert Européen (PVE), Philippe Lamberts s’est exercé au jeu des questions et réponses de La Souris Verte, le journal des Jeunes Écologistes.

 

Fondamentalement européen et écologiste, P. Lamberts nous livre son bilan personnel et celui de son groupe depuis 2009. Rappelant avec modestie ses victoires et sans complexe les déboires politiques des deux groupes politiques de la grande coalition : l’alliance progressiste des Socialistes et Démocrates (S&D) et le Parti Populaire Européen (PPE). En ne tombant jamais dans le « dégagisme », [très à la mode à gauche de nos jours], il rappelle la « fascisation » [dérive fasciste, NDLR] de la droite traditionnelle et l’euroscepticisme grandissant des gauches radicales européennes.

Il tire ainsi sa vision du futur de l’Union Européenne (UE) et appelle à une prise de conscience politique et culturelle du fondamentalisme européen pour nos sociétés :

 

LA SOURIS VERTE : Votre principal combat au sein du Parlement Européen est depuis bientôt dix ans, la justice fiscale. Que pouvez-vous nous en dire ?

PHILIPPE LAMBERTS : C’est beaucoup plus large que cela. La justice fiscale est un aspect de ma raison d’être ici, pour sortir du monde de la religion de la pensée unique néo-libérale qui est une idéologie qui tue notre planète et une bonne partie de ses habitant-e-s.

C’est un combat pour que les êtres humains puissent mener une vie digne, pas seulement en Europe, mais aussi dans le reste du monde et pas seulement ces générations-ci mais les générations futures. C’est cela fondamentalement qui motive mon combat politique.

Alors c’est sûr que venant du secteur privé, je me suis focalisé sur les questions socio-économiques. On dit souvent que les Verts sont incompétents là-dessus, on en vient même parfois à me dire : “mais, vous qui êtes compétents sur ces questions-là qu’est-ce que vous faites chez les Verts ?”. Comme si par définition les Verts devaient être incompétents là-dessus. Moi, ce que j’ai essayé de faire depuis que je suis ici, c’est de crédibiliser le groupe parlementaire sur les questions macro-économiques, industrielles et fiscales. La justice fiscale est un élément de cela et est un élément crucial si on veut assurer une justice sociale dans nos pays.

 

Votre passé au sein d’IBM vous a t-il influencé dans cet engagement politique ?

Oui. J’ai passé 22 ans dans une grande multinationale Américaine et c’est vraiment de l’intérieur que j’ai vécu la mondialisation néo-libérale et la financiarisation de l’économie. Je suis entré en 1987, donc la révolution néo-libérale avait commencé depuis quelques années plus tôt aux États-Unis d’Amérique et au Royaume-Unis [RU]. J’étais à IBM pendant le gros de la transformation, pendant le moment où nous avons quitté le modèle de l’économie sociale de marché pour aller vers le modèle de la mondialisation financière.

 

Vous êtes membre depuis 2009 de la commission parlementaire ECON, quelles ont été vos victoires et vos défaites au sein de cette dernière ?

Les défaites sont nombreuses. Mais en tout cas, ce qui a fait “ma célébrité”, c’est la question des bonus des banquiers dans le cadre d’un énorme paquet législatif : les nouvelles lois bancaires européennes, pour lesquelles je pense avoir joué un rôle clé dans le fait que nous ayons adopté des dispositions qui limitent les bonus que peuvent recevoir les banquiers.

Mais ce dont je suis le plus fier c’est d’avoir fait passer le “reporting” pays par pays pour les multinationales bancaires (cela est une spécificité des écologistes). On leur a imposé l’obligation de publier dans leurs rapports annuels, la liste de toutes leurs entités juridiques dans tous les états où elles opèrent, et pour chaque état où elles opèrent, quel est leur chiffre d’affaire, leurs profits, leurs pertes, les taxes qu’elles payent, les subsides qu’elles reçoivent et le nombre de personnes qu’elles emploient.

Alors maintenant, on voudrait généraliser cela à toutes les grandes entreprises. Ceci est une mesure qu’on peut mettre légitimement à mon compte. Le reste du travail législatif mené actuellement porte, entre autres, sur les règles de gouvernance européenne, ce qu’on a appelé le “sixpack” et le “twopack”. Ce combat a consisté à limiter les dégâts avec un succès relatif évidemment. On n’a pas pu imposer un changement de logique qui remette de la dignité humaine au cœur de la gouvernance économique.

 

Quelles ont été les conclusions des commissions d’enquêtes parlementaires Taxe et Taxe 2 dont vous faites partie ?

Ce travail a été rendu possible grâce aux scandales révélés par les lanceurs d’alertes. Ce travail est arrivé, en général, à des conclusions plutôt bonnes de la part du Parlement Européen.

Mais évidemment, le gros problème c’est que sur les questions fiscales, la plupart du temps, le Parlement n’est pas consulté. Il ne prend pas voix au chapitre, et donc évidemment si nous avons pas voix au chapitre les décideurs, à savoir le Conseil de l’Union Européenne et les États membres se foutent de ce qu’on raconte.

Alors on peut adopter des positions au Parlement, mais ça reste un peu gratuit parce-que ce n’est pas nous qui décidons. Les mauvais esprits disent : “Si vous pouvez arriver à de bonnes positions au Parlement Européen c’est parce que vous ne décidez pas. Si vous aviez le pouvoir de décision, les majorités seraient différentes”.

Cela n’est pas impossible, il est facile d’avoir de bons sentiments quand ça n’a pas de conséquences, c’est plus difficile quand ça en a évidemment.

 

Étant donné que certains États membres de l’Union font partie de ces paradis fiscaux européens, cela ne risque-t-il pas de ne jamais changer ?

Cela est tout le problème, la stratégie que je recommanderais est la stratégie qu’Emmanuel Macron a tracée, mais que je ne vois pas s’exécuter : constituer une coalition de volontaires pour harmoniser, par exemple l’impôt sur les sociétés, dans un groupe pilote de pays, puis après cela, que ces pays exercent toutes leurs pressions à l’intérieur de l’UE sur les autres, afin qu’ils se comportent décemment. Mais pour l’instant je ne vois pas cette stratégie se matérialiser. C’est ce qu’on appelle les coopérations renforcées. Jusqu’à maintenant, la seule coopération renforcée en matière fiscale, c’est celle qui porte sur la taxe sur les transactions financières. Mais elle a été complètement torpillée par les états membres qui, soi-disant, veulent la porter. Il y a aussi beaucoup d’hypocrisie. Les états membres qui ont lancé cette taxe sur les transactions financières l’ont faite surtout sous la pression de l’opinion publique, mais sans réelle intention de la faire aboutir.

 

Quel était votre regard sur l’accord de coalition de 2014 entre le groupe social-démocrate (S&D) et le parti populaire européen (PPE) ?

C’est ce qu’on appelle la grande coalition qui est de moins en moins grande, parce-qu’en fait ces deux familles politiques, ensembles, représentaient avant presque 80% du spectre politique. Aujourd’hui, elles ne représentent que 50% dans le meilleur des cas. C’est essentiellement la coalition du statu quo, celle qui maintient le système tel qu’il est, c’est la coalition du CETA et du TTIP, c’est la coalition du diesel. Et donc cet accord ne peut évidemment pas me réjouir. C’est la loi du nombre. Mais ce n’est pas une coalition entre égaux, c’est le PPE qui fixe la ligne et ce sont les socialistes [S&D] qui s’alignent. Cela ne peut pas me réjouir, car on voudrait que les socialistes [S&D] soient un peu plus socialistes. Ils ont une colonne vertébrale qui est on va dire un peu en “plastique”.

 

Est-ce qu’il existe dans le groupe des écologistes et des régionalistes [Verts/ALE] que vous co-présidez, des dissensions sur certains sujets ?

Oui comme dans tous groupes humains mais dans l’essentiel non, on tient bien ensemble. Il y a des nuances différentes, quand on parle de commerce international certains voudraient plus, alors que d’autres voudraient en réduire le volume. Au total, les positions que l’on adopte sont assez cohérentes et rassemblent une très grande majorité de nos député-e-s. On est un groupe politiquement cohérent. Mais l’expression varie selon les pays, c’est clair on ne vend pas la politique Verte en Allemagne comme on la vend en France, c’est évident.

 

Je pense notamment au dossier constitutionnel, avec les pays nordiques qui peuvent s’y opposer…

Non, pas les pays nordiques, on a juste le parti vert suédois [Parti de l’Environnement Les Verts] qui reste un parti qui a des racines vraiment eurosceptiques, mais c’est le dernier. Quand je présidais le PVE, on avait facilement deux partis qui, à chaque fois que l’on voulait prendre une position un peu ambitieuse sur la construction européenne, nous mettaient des bâtons dans les roues. C’étaient les Britanniques et les Suédois, mais maintenant avec le Brexit, les Britanniques sont devenus farouchement pro-UE. Il ne reste que les Suédois mais ils ne pèsent pas lourd. Les Verts européens sont très largement favorables à une intégration accrue dans l’UE. Nous ne sommes pas le parti du plan B. C’est important de le souligner. Si vous prenez Benoît Hamon, il est très ambigu sur ces questions-là parce qu’il ne veut pas s’aliéner en Jean-Luc Mélenchon. C’est très clair que sur la question européenne, Jean-Luc Mélenchon et nous, ne sommes pas du même côté. Nous sommes partisans de la poursuite de la construction européenne et de la réorientation des politiques menées en Europe. Lui est partisan de la sortie de l’euro et de l’UE pour hypothétiquement reconstruire une nouvelle Europe autrement, sauf que l’on ne repart jamais d’une feuille blanche et qu’il n’a pas de majorité pour cette feuille blanche. Il n’y a pas de compromis possible entre sortir et rester. Là-dessus, nous ne sommes pas ambigus, à l’inverse de Benoît Hamon.

 

Comment voyez-vous, notamment avec l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir en Italie, l’apogée de cet extrémisme politique dans toute l’Europe ?

Déjà, parler d’apogée sous-entend l’apparition d’un déclin après-coup, et je n’en suis pas sûr, d’où le problème. Ce qu’on constate, et c’est ce que j’ai toujours craint, c’est la contamination de partis politiques traditionnels par l’extrême-droite. Par exemple, en Italie c’est une coalition qui associe des partis d’extrême-droite. Mais qui avait amené La Lega [Ligue du nord] pour la première fois au pouvoir ? C’est Silvio Berlusconi. Alors, ce que l’on constate, c’est que le représentant local du PPE [Silvio Berlusconi] fait campagne avec l’extrême-droite et un degré d’inquiétude du PPE qui montre sa complicité croissante avec l’extrême droite puisque ça part du soft […] avec un Laurent Wauquiez qui adopte de plus en plus une posture et une rhétorique d’extrême-droite, à [Sebastian] Kurz en Autriche qui gouverne avec l’extrême-droite [Parti de la liberté d’Autriche – FPO] […] et puis il y a le pire, l’extrême-droite au sein-même du PPE et ça c’est Victor Orban.

Donc là c’est très inquiétant. Ce n’est pas seulement l’extrême-droite qui gagne des voix chez les électeurs, c’est l’extrême-droitisation d’une partie de la droite historique.

 

Est-ce qu’au vu de cette extrême-droitisation de la droite traditionnelle en Europe, la prochaine majorité [qualifiée ou relative] du Parlement Européen peut virer très à droite ?

Mais ils [le PPE] fricotent déjà avec l’extrême-droite comme ce n’est pas permis ! Moi quand j’entends le chef de groupe PPE, Manfred Weber, dire que jusqu’ici Victor Orban n’a franchi aucune ligne rouge, on se demande où est cette ligne rouge ! Quelque part ce qui serait le scénario idéal de mon point de vue, c’est qu’Emmanuel Macron parvienne à prendre place entre la droite raisonnable libérale et l’extrême-droite. Quelque-part, faire péter le PPE afin de constituer un nouveau groupe de droite et de prendre la place du PPE. Qu’il [Emmanuel Macron] occupe le champ à droite et puis qu’on soit capable de recomposer la gauche du parlement d’une manière différente, mais ça aussi je ne sais pas si on y arrivera.

 

Depuis 2014, quelles ont été les grandes victoires des écologistes et des régionalistes au Parlement Européen ?

Depuis 2014, elles sont beaucoup moins marquées que dans la législature précédente, car justement le jeu est beaucoup plus verrouillé, puisque PPE et les socialistes [S&D] cherchent d’abord à faire un accord entre eux et une fois, d’accord il n’y a plus de nécessité d’élargir la majorité et en général quand ils veulent l’élargir c’est principalement à droite qu’ils l’élargissent, avec les libéraux et pas avec nous.

Donc nos victoires sont plus limitées, il y a évidemment le règlement général de la protection des données [RGPD] qui est une réalisation des Verts (du rapporteur écologiste Jan Philipp Albrecht). Là-dessus, on peut dire que c’est une victoire “verte” mais dans le reste, nos victoires consistent à limiter les dégâts. Par ailleurs, c’est grâce aux multiples commissions d’enquêtes et commissions spéciales dans lesquelles on a pu s’imposer sur les questions fiscales, sur la question de Monsanto… Mais nous avons seulement 52 député-e-s sur 751 et par ailleurs, la grande coalition ferme honnêtement le jeu. Maintenant évidemment si dans la prochaine législature la grande coalition n’était plus majoritaire, cela pourrait ouvrir le jeu.  Mais si le groupe socialiste [S&D] est remplacé par un groupe “macronien”, trop peureux de dealer avec le PPE, ils pourraient se retrouver à deux à avoir la majorité. A nous de faire mentir ces prévisions et de venir avec un groupe écologiste suffisamment solide pour pouvoir avoir une influence dans ce parlement.

 

Vous serez de cette partie en 2019 ?

Ça dépendra de mon parti, il décidera s’il souhaite me voir être une troisième fois candidat. S’il le souhaite je le serai avec grand plaisir et avec détermination, et s’il ne le souhaite pas j’irai faire autre chose.

 

Quelles sont les relations avec les autres groupes parlementaires, notamment à gauche ? Est-ce qu’il y a des habitudes de coopérations entre vous ?

Cela dépend des sujets. Il y a des sujets où les convergences sont assez naturelles, comme sur la transition écologique et sur les grandes lignes. Avec les socialistes [S&D] c’est frustrant parce qu’en réalité, ils recherchent d’abord l’accord avec le PPE. Et donc leurs discours sont proches de nous, mais dans l’action c’est avant tout d’occuper les postes de pouvoir et c’est une tendance lourde, ce n’est pas juste une exception. Avec la gauche radicale [GUE/NGL], avec des individus ça se passe très bien, mais il faut savoir que la gauche radicale est ici une confédération, c’est un agglomérat de partis qui sont parfois opposés sur des choses fondamentales, comme par exemple la construction européenne. Sur la question écologique il y a des gens très convaincus de la transition et d’autres qui sont des productivistes bêtes et méchants. Il y a un peu de tout, mais de toute façon, on voit bien que depuis quelques mois, la gauche radicale a décidé de surtout marquer sa différence, c’est-à-dire ne pas faire partie du compromis, parce qu’il faut montrer au vu des élections que eux c’est eux et que nous c’est nous. C’est toujours un peu compliqué.

 

Comment voyez-vous l’avenir de l’Europe et du projet européen ?

Je vois notre capacité à faire remporter l’idée que dans ce monde du XXIe siècle et face aux défis qui sont les nôtres, les européen-ne-s ont intérêt à se serrer les coudes. Autrement dit, faire gagner le sentiment que nous sommes tou-te-s dans le même bateau contre le sentiment du « moi je peux tirer mon épingle du jeu tout seul ». Le Brexit c’est ça, c’est le sentiment que finalement seul, le RU s’en sortira mieux que s’il faisait parti de l’UE. Je pense que c’est une grossière erreur. Je rappelle que les européen-ne-s pèsent à l’heure actuelle 7 % de la population mondiale et en 2050 elle en pèsera seulement que 5 %. Si on veut peser, c’est tou·te·s ensemble ou c’est pas du tout. Il n’y a pas à sortir de là, et c’est à nous d’être pédagogues et de donner envie. C’est ça qui m’a encouragé après mon discours face à Macron, des dizaines de Français-e-s m’ont écrit-e-s en disant : “j’étais devenu eurosceptique, mais en vous entendant je reprends fois en l’Europe”. Ça veut dire qu’il y a une partie de nos concitoyen-ne-s qui se détourne du projet européen parce qu’ils ont l’impression qu’il y a convergence entre le projet européen et la mondialisation néo-libérale. Évidemment, aujourd’hui les politiques menées en Europe sont largement néolibérales. Mais autre chose est possible et c’est ça que l’on doit mettre en avant, afin qu’un nombre croissant de nos concitoyen-ne-s nous fasse confiance et qu’on parvienne à renforcer le projet européen et en réorienter la direction.

 A votre avis, pourquoi ce projet européen et écologiste ne mobilise pas autant qu’il ne le mérite ?

Et bien on verra. Aujourd’hui si les gens s’en détournent c’est justement parce-qu’ils considèrent que l’Europe est le véhicule de la mondialisation néo-libérale mais c’est à nous d’être capable de les mobiliser. Traditionnellement, les élections européennes ne suscitent pas un grand intérêt, à nous d’être bons dans la campagne pour motiver les gens à aller voter et de préférence pour nous.

Crédits photos : Par Stanislas Jourdan — https://www.flickr.com/photos/stanjourdan/12652614995/, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=33212955

Massacres de Sétif et Guelma le 8 mai 1945 ou l’hypocrisie nationaliste française

Aujourd’hui, le 8 mai, est pour beaucoup d’occidentaux un jour de célébration de la victoire des alliés sur l’Allemagne nazie. Un jour à priori dédié à la Mémoire de la Seconde Guerre Mondiale et de ses horreurs, mais qui est en réalité en France, notamment, un jour d’héroïsation des soldats (français·e·s) et de glorification de la nation. Tandis que de l’autre côté de la Méditerranée, le 8 mai est lui un jour de deuil depuis plus de 70 ans en Algérie, du fait du caractère soudain des événements, de leurs violences et de leurs conséquences.

 

Une libération du territoire et des cadres identitaires

En novembre 1942, les troupes alliées débarquaient en Méditerranée sur les côtes Marocaines et Algériennes, entraînant la libération du territoire Algérien. Ce territoire est passé de la domination républicaine depuis 1830 à celle du régime vichyste en 1940. Ainsi, pour les algérien·ne·s, l’arrivée des troupes états-uniennes est avant tout un choc identitaire. La puissance française semblait effacée, comparée à celle des États-Unis. Il y avait l’impression d’une puissance perdue, ainsi, le général Juin notait que « la nation protectrice a donné l’impression, après le débarquement allié, d’être à son tour prise en tutelle1 ».

C’est à ce moment qu’une partie du Parti du Peuple Algérien2(PPA), penses-en une lutte révolutionnaire armée, au moment où l’Algérie coloniale française est au plus bas. Une résistance par le refus des liens coloniaux et par l’affirmation et la construction d’une nation et d’une entité algérienne. Pour le PPA, être algérien·ne·s, c’est avant tout revendiquer une différence avec l’autre. Il y a donc tout un travail de construction de cadres identitaires par les élites algériennes, comme dans tous les processus de stato-nationalisation. L’idéal du pan-maghrébisme (prôné depuis les années vingt par l’Étoile nord-africaine3) s’efface devant le nationalisme algérien, brandissant le refus de l’intégration et de l’assimilation. Doctrine appuyée sur le texte de la Charte de l’Atlantique4 et de l’action politique de Wilson dès 1917 à travers « le droit des peuples à disposer d’eux même ».

Une situation sociale dégradante

D’un point de vue socio-économique, le régime de Vichy n’a apporté aucune amélioration à la colonie. La situation de domination et de spoliation coloniale, basée sur l’expropriation et sur une économie d’exportation n’a fait que perdurer.

L’arrivée américaine a empiré la situation sur le territoire algérien. Le climat (naturel, commercial et militaire) s’est en effet lourdement dégradé. Le commerce maritime, l’extraction minière, le maraîchage et donc leurs exportations s’étaient interrompues par un blocus commercial en Méditerranée. Cela entraîna une destruction de l’agriculture, basée en partie sur le modèle colonial, c’est à dire axée et concentrée sur l’utilisation d’engrais et la mécanisation de la production de semences, qui, à partir de 1942 ne sont plus acheminées par la métropole. De 1939 à 1945, 700 000 hectares de terres céréalières ne sont plus ensemencées. Toute cette conjoncture entraîne de graves crises alimentaires, de famines et de maladies dans le pays. En effet, les besoins alimentaires de l’Algérie étaient de 900 000 tonnes de blé. Mais en 1944, la production atteint 435 000 tonnes de blé et seulement 300 000 tonnes pour l’année suivante.

Tous les événements de la première semaine de mai 1945 ne sont pas des moments de violences et de répression coloniales à part entières. Ils ne sont que la continuité d’une violence historique, mais également conjoncturelle. Les inégalités grandissantes et la situation économique qui se dégradaient, creusaient de plus en plus le fossé entre les communautés européennes et algériennes. En 1945, la situation devint explosive, les colons eurent peur et la population algérienne notamment paysanne était à bout, prête à se révolter.

Lors d’un colloque en 1985, Alia Zaoui, élève à la medersa5 El-Feth en 1945 affirmait : « je peux vous assurer que les algérien·ne·s étaient à ce moment là, prêts à tout. ».

Une hostilité de plus en plus violente des algérien·ne·s se faisait sentir envers les colons. En plus de cela, l’administration coloniale fit le choix de chasser les militants des Amis du Manifeste et de la Liberté (AML)6, en usant d’intimidation et des tentatives de division du mouvement. Toutes les autorités compétentes étaient au courant que des mouvements de contestations pacifiques surviendraient7.

Le 5 mai 1945, une réunion eu lieu à la Sous-Préfecture de Sétif, réunissant les chefs de police et de gendarmerie afin d’organiser le maintien de l’ordre. Tandis qu’à Guelma, les nationalistes avaient eu l’information, par deux militants, postier et militaire, que « le sous-préfet avait pris toutes les précautions. La ville était entourée de mitrailleuses… quant au maire, il était le chef de la milice [européenne]. Bien avant les manifestions, nous savions que les européen·ne·s étaient armé.e.s ». D’après Henri Alleg, « À Guelma, tout est entre les mains du sous-préfet Achiary. […] Promu pour avoir participé à un groupe de résistance […], il n’en a pas moins exercé ses talents durant Vichy, en torturant parmi d’autres antifascistes, une jeune prisonnière communiste, Gilberte Chemouilli».9 La Sous-Préfecture, par son représentant officiel (Achiary), arma des centaines d’européen·ne·s qui seront à l’œuvre au moment venu : le 8 mai.

1er mai : une répitition du 8 mai

La manifestation du 1er mai a été organisée par les syndicats et les organisations politiques françaises traditionnelles : CGT, PCF et PCA. Les slogans sont ceux de l’unité française de la « France combattante » contre le nazisme. Les forces policières se préparent elles aussi, aucune tendance autonomiste ou indépendantiste n’est tolérée, et aucun drapeaux ou banderoles revendicatrices ne seront autorisés. Toute tentative contestataire de la part de la foule doit donc être réprimée et sanctionnée par les autorités. Les européens sont exacerbés par le laxisme des autorités qui permet aux manifestations de se dérouler. Tandis que les algériens (principalement les militants des AML), eux, voient en cette journée internationale du travail, une journée de réaction à l’arrestation d’un des leader nationaliste algérien : Messali. Ainsi, dans toute l’Algérie des manifestations sont organisées avec comme consigne principale d’être des manifestants pacifiques et distincts des cortèges syndicaux.

Les drapeaux algériens et les slogans scandés : « Libérez Messali, libérez les détenus. Indépendance », « A bas le colonialisme », « Constitution » en disent beaucoup sur leurs déterminations politiques. À Sétif, le cortège des AML représente environ 3 000 militant·e·s et se termine dans le calme, comme dans les autres villes moyennes du pays. Dans les villes d’Oran et d’Alger, les forces de l’ordre ont établi des barrages et tirent sur les manifestant·e·s faisant une quarantaine de morts. Immédiatement, la police organise une traque des militant·e·s et des chefs nationalistes, opérant arrestations et exécutions.

8 mai, victoire des peuples sur le nazisme

Pour les AML, le 8 mai fut une date importante. Ils voulèrent associer le peuple algérien à la victoire contre le nazisme, et ainsi montrer que l’Algérie et ses combattant·e·s ont participé activement à cette victoire.

Dès le 6 mai, les leaders des AML se regroupent et écrivent une lettre de protestation adressée au gouvernement général appelée « Notre message de la victoire ». Ce document exprime la joie de la victoire des alliés et de l’importance de l’implication des soldats algériens pour la libération du territoire français. Ils appellent au dialogue de toutes les organisations démocratiques, afin de lutter contre les vestiges du racisme10. Toutes les organisations algériennes avaient donné l’ordre de défiler pacifiquement pour la victoire, car ce fut également leur victoire, celle d’un peuple contre une oppression raciste11.

Il y avait de toute part une réelle volonté de manifester pour cette victoire. La manifestation qui avait été autorisée par les autorités ne devait pas avoir un caractère politique. Le Ministre de l’intérieur français de l’époque, Adrien Texier, affirma en juillet 1945 devant l’Assemblée Consultative : « Je n’ai pas la preuve que les chefs nationalistes entendaient déclencher, le 8 mai, une véritable insurrection… J’ai plutôt le sentiment qu’ils entendaient se livrer à une nouvelle épreuve de force, faire sortir leurs troupes, comparer leurs membres, renforcer leur discipline, affirmer leur capacité d’action et marquer leur importance aux yeux des autorités françaises et, plus encore, des gouvernements alliés » 12. Les responsables nationalistes avait fait passer l’ordre qu’il y est la présence des drapeaux alliés, mais aussi du drapeau algérien.

Le 8 mai au matin, une foule commence à se constituer sur une place, près de la mosquée13. Un service d’ordre composé de militants procédait à un désarmement total des manifestant·e·s : bâtons, matraques, armes… étaient interdits. À neuf heures, le cortège commença à avancer dans une discipline parfaite. La foule arriva vite à l’avenue principale George Clemenceau et aucun incident ne fût déclaré jusque-là. Le nombre de manifestant.e.s varie de 8 000 selon les autorités, à 15 000 selon le journal algérien El Moudjahid.

Arrivés sur l’avenue, les manifestant·e·s commencèrent à sortir leurs banderoles et leurs drapeaux algériens. On pouvait lire les mêmes slogans que ceux du 1er mai, avec en plus des slogans liés à la victoire comme « Vive les Nations Unies » et « Vive la Charte de l’Atlantique ». Une fois le Sous-préfet prévenu par la police, est ordonné l’enlèvement des drapeaux et banderoles contestataires. D’après le rapport Tubert, le commissaire Valere fit observer au sous-préfet que les manifestant·e·s étaient 8 000 et que l’exécution de l’ordre entraînerait des violences. Le représentant de l’État répondit « Eh bien, il y aura de la bagarre ».

Les porteurs de drapeau furent entourés d’un cordon humain de protection, lorsque la police commença à intervenir, la résistance commença. Le drapeau algérien symbolisait l’étendard de leur liberté et de leur futur à venir. Il devint donc sacré à leurs yeux. Des coups de feu furent ensuite tirés par la police, touchant mortellement le porteur du drapeau algérien : Saal Bouzid. Puis la panique s’installa, des coups de feu furent ensuite tirés des deux côtés. Les manifestant·e·s se dispersèrent dans les rues et la manifestation se transforma très rapidement en une véritable émeute. La vengeance par le sang se fit très vite sentir, les algérien·e·s sortirent haches, couteaux et revolvers. Des européen·ne·s furent mutilé·e·s. Et la police traquait les algériens dans les rues, tirant à vue sur ce qui bougeait. L’armée française fut appelée, sous les ordres du commandant Bobillon, tirant sur la foule. D’autres petits groupes d’algérien·ne·s massacraient tout européen·ne·s qu’ils voyaient, armé·e·s ou non. À 10h45 les forces militaires et policières avaient repris le contrôle de la ville de Sétif, jonchée de cadavres.

Guelma

À Guelma, petite ville de 20 000 habitant·e·s en 1945 (dont 4 500 européen·ne·s), l’organisation de la manifestation est elle aussi préparée, autorisée et revendicatrice des promesses d’indépendance faites par les alliés. Là aussi, comme à Sétif, les forces de police tirèrent sur la foule (pacifique) lorsque cette dernière sorti les drapeaux algériens. Les manifestant·e·s se dispersèrent. La milice créée par la Sous-préfecture elle-même (que nous avons vu précédemment)et composée d’anciens combattants, issus pour la plupart de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO)14 fût, d’après le ministre de l’intérieur de l’époque Adrien Texier, l’investigatrice du « drame de Guelma ». En effet, le Sous-préfet (commandant informel de cette milice) délégua à cette milice européenne la surveillance de la ville et d’une partie de la répression post-manifestation.

Dès le lendemain, le 9 mai, milicien·ne·s et policiers perquisitionnaient les locaux des AML de la ville, ainsi que les domiciles des responsables et activistes afin de saisir les listes nominatives des adhérent·e·s et militant·e·s. Une liste qui devait, selon un responsable de la milice, Garrivet15, servir à « étudier la liste des personnes à juger [euphémisme employé pour dire tuer] ».16 À partir de là, la tuerie pouvait commencer. Milicien·e·s, gendarmes et policiers arrêtèrent arbitrairement tou·te·s suspects, autrement dit, tout·e algérien·ne dans la rue, tout militant·e ou toute personne dénoncée par un·e européen·ne.

Le témoignage de Braham Mohamed Tahar résume très bien la violence qui a été opérée à la suite du 8 mai 1945 : « Je fus arrêté à 15 heures ce jour du 9 mai par un policier et six miliciens ; conduit au commissariat, j’ai été torturé puis dirigé vers la caserne. Là, j’ai vu des gens qui ont été arrêtés et qui n’ont ni participé à la manifestation, ni milité auparavant dans les partis politiques ; et ils n’avaient aucune idée de ce qui s’est passé. Le soir du 10 mai, la tuerie avait commencé et de la prison nous entendions les coups de feu. Tout Arabe rencontré en ville était soit arrêté soit tué » 17.

D’après les rapports de police judiciaire de la brigade mobile de Guelma, toutes ces arrestations furent arbitraires. En plus de ces dernières, des tortures et des fusillades par dizaine furent orchestrées par la milice et par les forces de l’ordre françaises. D’après le journal Liberté, il y aurait eu au moins 142 victimes, publiant en 1946 cette liste de ces 142 noms grâce aux plaintes déposées par leurs familles. Tandis que Ferhat Abbas, s’exprimait sur les 800 fusillés sans jugement à Guelma.

Les violences commises par les civil·e·s (algérien·ne·s et européen·ne·s) et contre les civil·e·s, est le reflet de la sociologie des populations de l’époque. Les individus avaient une grille de lecture manichéenne et binaire, où chacun avait peur de l’autre, ou l’autre était le dominateur et le mauvais ou l’indigène incivilisé. Même si chacune de ces communautés étaient éclectiques de par leur diversité interne, il y avait un vrai clivage, une véritable césure entre ces deux groupes, car, même alvéolaire, la communauté algérienne autant que l’européenne, se composait d’individus et de groupes qui se reconnaissaient dans une communauté identitaire, culturelle et politique.

Ainsi, si vous irez (ceci n’est pas une invitation, loin de là) aux cérémonies militaires, patriotiques et chauvines de ce 8 mai 2018, peut-être pour commémorer un ou des proches disparus, souvenez-vous des morts qui ne sont pas héroïsés par la France, celles et ceux morts pour la paix, la démocratie et la liberté par les autorités françaises. « Les oublié·e·s de l’Histoire »18 du 8 mai 1945, pour citer Annette Becker. Car où est l’intérêt de commémorer, de glorifier et d’héroïser les soldats (seulement français·e·s), lorsque dans le même temps on oublie et masque la souffrance des civils pendant les guerres et les massacres dans les colonies ? Où est la justice et la fraternité quand on parle de paix et de libération, quand dans le même temps on ignore et méprise le prix du sang et de la sueur coloniale dans cette libération et qu’aujourd’hui la France et les autorités locales françaises n’ont pas ce courage de reconnaître leurs erreurs, leurs déviances et leurs crimes19 ?

La France à travers différents représentants de l’État, a reconnu très récemment les massacres de Sétif, Guelma… de mai 1945. Certes, mais cela reste une simple hypocrisie, car dans les faits, durant ces cérémonies du 8 mai, où sont les hommages à ces algérien·ne·s tué·e·s par la France et aux européen·ne·s tué·e·s en représailles ? Ces commémorations sont des fêtes arrogantes de la victoire française, alors qu’en réalité à la vue de ce que nous venons de voir, le 8 mai est plutôt un symbole de la faillite humaine et morale de la France.

 


1Maréchal Alphonse Juin, Le Maghreb en feu, Plon, Paris, 1957, p. 45

2Parti fondé par Messali Hadj en 1937, après que l’ÉNA soit interdite sous le Front Populaire.

3Étoile nord-africaine (ENA), association fondée en 1926 et devenue un parti politique prônant la constitution d’un grand ensemble maghrébin (autour de l’Algérie) par l’indépendance des trois colonies françaises du Maghreb (Maroc, Algérie et Tunisie).

4Déclaration solennelle du Président des États-Unis (Roosevelt) et du Premier Ministre britannique (Churchill) qui pose les fondements de leurs politiques internationales, dont au troisième article : « ils respectent le droit qu’ont tous les peuples de choisir la forme de Gouvernement sous laquelle ils entendent vivre »

5Université théologique musulmane

6Mouvement fondé par Ferhat Abbas en mars 1944, autour de son texte : Le manifeste du peuple algérien ».

7Boucif Mekhaled, Chroniques d’un massacre 8 mai 1945, Paris, Syros/Nom de la Mémoire, 1995, p. 106

8Entretien de Braham Mohamed Tahar, Chroniques d’un massacre 8 mai 1945, Paris, Syros/Nom de la Mémoire, 1995, p. 107

9Henri Alleg, La guerre d’Algérie, Paris , Temps Actuels, 1981

10À comprendre ici la colonisation.

11À comprendre ici le nazisme.

12Adrien Texier, discours prononcé à la tribune de l’Assemblée Consultative le 18 juillet 1945

13Actuellement mosquée Abou Dher El Ghiffari

14Nouvellement Parti Socialiste.

15Maire socialiste (SFIO) de la ville de Guelma.

16El Moudjahid, n° 6184, 8 mai 1985

17Rapport spécial, daté du 2 décembre 1946 : « Disparition au cours des événements du mois de mai 1945 du nommé B.A Benm K., bijoutier à Guelma ». Ref/délégation générale n° 302/G en date du 3 avril 1946 du juge d’instruction auprès du tribunal de première instance du Guelma

18Annette BECKER, Oubliés de la grande guerre humanitaire et culture de guerre populations occupées déportés civils prisonniers de guerre, Paris, Éditions Noêsis, 1998

19La France à reconnut très récemment par es repsonsable officiels la responsabilité de la france dans ces massacres. Certes, mais cela n’est-il pas juste de


Photographie 1 : Manifestation des algérien·ne·s le 8 mai 1945 à Sétif, dans le nord constantinois, source L’Orient Le Jour

Loi “asile et immigration” : article 16, une fronde nécessaire mais inefficace

Alors que le texte de loi “asile et immigration” tant décrié par les associations humanitaires et par la “gauche”, à commencer par les Jeunes Écologistes, va bientôt être adopté au vu de la large majorité présidentielle, on constate toutefois des dissidences au seins du groupe LREM1 sur ce dossier de l’immigration et du droit d’asile. L’article 16 de ce texte doublant le nombre de jours de retentions des migrant·e·s, qui passe 45 à 90 jours, a été, lui ,voté samedi 21 avril et marque ce point de clivage entre certain·e·s député·e·s En Marche.

Néo-Frondeu·r·se·s ?

Durant ce scrutin, adopté à 50% des votant·e·s et recueillant 35% d’abstentions sur les 108 suffrages exprimés, une partie des député·e·s “macronistes”, certes minoritaire, se sont opposé à la ligne gouvernementale. On en compte 9 sur les 86 votant·e·s du groupe, plus 5 abstentionnistes.

Parmi ces 9 frondeu·r·se·s qui, régulièrement sur cette loi ont voté·e·s contre certains articles problématiques, comme l’article 5 ou sur certains amendements, on retrouve Sonia Krimi, députée (groupe LREM) de la Manche depuis juin 2017. Elle est la co-auteure avec 23 autres député·e·s (groupe LREM et groupe MDA2) d’un amendement (N°1095), elle le présente devant l’hémicycle ce samedi 21 avril :

“Cet amendement vise à maintenir la durée de rétention à 45 jours. […] Les centres de rétention administratifs ne peuvent pas devenir des centres de détention, parce qu’ils ne sont pas aménagés à cette fin, ce dont témoignent les personnes qui y travaillent. Il n’est pas possible de gérer en un mois et demi ce qu’il est possible de traiter en trois mois car la sociologie de la population qui passe dans ces centres change. Au regard de ces quelques éléments, l’extension du délai de rétention à 90 apparaît inefficace et surtout coûteuse.3

Sonia Krimi

Ce jour ci de nombreux amendements allaient dans ce sens, celui de la suppression de ces 90 jours de rétentions au lieu de 45. Tous ont été rejetés, même celui présenté par des député·e·s de la majorité gouvernementale. A la fin de cette partie législative, l’article 16 fût malheureusement adopté, même avec le boycott de certains marcheurs et certaines marcheuses (vu ci-dessus).

Un article destructeur de vies

D’après Célia Da Costa Cruz (co-secrétaire des Jeunes Écologistes) dans une interview le 23 février 2018 à Radio Alfa :

“le délai de rétention n’augmente en aucun cas […] la présence illégale sur un territoire. Donc là le but simplement, c’est de pouvoir confiner les migrant·e·s à un endroit et de ne pas leur permettre d’exercer certains droits.”

Preuve en est que cet article de loi est l’un des plus durs vis-à-vis des migrant·e·s, la Cimade a décrypté ce texte de loi et a sélectionné trois propositions les plus dégradantes. Parmi elles, on retrouve notre seizième article : l’allongement de la durée de la rétention administrative jusqu’à 90 jours. Geneviève Jacques, présidente de la Cimade, relatait dans une intervention (dans Le Média) du 24 avril dernier :

“le doublement du délais maximum […] est non seulement absurde du point de l’efficacité […], mais aussi du point de vue humain, […] les personnes qui ont adopté cet amendement ne mesurent pas ce que ça veut dire d’être derrière des barreaux pour des gens qui n’ont rien fait et qui voient leurs vies brisées” Geneviève Jacques   Geneviève Jacques

“l’augmentation du délais, le doublement du délais maximum est actuellement de 45 jours pour le passer à 90 jours est non seulement absurde du point de vue de l’efficacité […], mais aussi du point de vue humain. Du point de vue de l’efficacité […] nous constatons que si une personne n’est pas reconduite dans son pays, expulsée, au bout de quinze jours elle a très peu de chance de pouvoir être expulsée après [ces quinze jours] parce que ça veut dire qu’elle n’a pas obtenu de son pays d’origine un laissez-passer. Et donc quelle est la signification d’enfermer pendant 90 jours des personnes, alors que le gain de ces 45 jours de plus apportera peut être 1% de plus d’expulsion en plus, et apportera des souffrances que je pense les personnes qui ont adopté cet amendement ne mesurent pas, ce que ça veut dire d’être derrière des barreaux pour des gens qui n’ont rien fait et qui voient leurs vies brisés.4

À la fin de la rédaction de cet article, l’Assemblée Nationale venait d’adopter le texte de loi complet “asile et immigration” par 228 voix, contre 139. La peur de l’exclusion à gagné certain·e·s député·e·s de la majorité, celles et ceux qui s’étaient opposé·e·s à des articles et à des amendements liberticides n’ont pas eu le courage politique de voter contre cette loi qui va a l’encontre des droits Humains5, se résignant à s’abstenir (14 député·e·s du groupe LREM). Seulun d’entre eux (du groupe LREM) à eu ce courage de voter contre : Jean Michel-Clément.6

 


1 Groupe La République En Marche

2 Groupe Mouvement Démocrate et Apparentés

3 https://www.nosdeputes.fr/15/seance/1323#table_2833

4 Journal de 20 heure, Le Média, 24 avril 2018

5 Comme nous venons de le voir ci-dessus

6 http://www2.assemblee-nationale.fr/scrutins/detail/(legislature)/15/(num)/578


Photographie 1 : Rassemblement de l’association La Cimade devant l’Assemblée Nationale à Paris le lundi 16 avril 2018, ©Celia Bonnin

Photographie 2 : Sonia Krimi dans l’hémicycle lors des questions au gouvernement le 19 décembre 2017, source : Le Monde, ©Leon Tanguy

Photographie 3 : Geneviève Jacques, source : Viméo

La France peut-elle encore dire « NON » au CETA ?

Quatre cent huit. C’est le nombre de député·e·s (sur 695 votant·e·s) ayant voté pour l’application et la ratification par l’Union Européenne du Comprehensive Economic and Trade Agreement (CETA, Accord économique et commercial global) le 15 février dernier au Parlement Européen.

Ainsi soit-il. La représentation européenne a ainsi décidé. Et la majorité parlementaire française est plus que décidé à voter « POUR ». Ce traité tant décrié par nos chèr·e·s euro-député·e·s et les ONG environnementales semble devenir, aujourd’hui, quelques semaines après son application partielle, une réalité. On nous promet des retombées économiques et une croissance à l’infini ; de quoi faire rougir notre cher Pierre Gattaz ! Mais sommes nous tou·te·s destiné·e·s à subir ce libéralisme sans entrave, ce capitalisme sauvage et ces multinationales plus puissantes que jamais ? La France (car la ratification se fait dorénavant à l’échelle nationale) peut-elle encore dire non ?

Espérer de la majorité serait naïf et insensé politiquement.

Heureusement, un collectif français altermondialiste a trouvé la solution. Le collectif Stop TAFTA (dont les Jeunes Écologistes et EELV font partie), a mis en place depuis plusieurs mois une action citoyenne : « CETA à nous de choisir : Référendum ». Elle a tenu sa journée nationale de mobilisation le 18 octobre octobre dernier, rassemblant plusieurs milliers de militant·e·s afin de faire entendre leurs voix et de demander un vote citoyen sur le CETA.  Mais au fond, comment ces citoyen·ne·s peuvent-ils demander ce référendum ? De quoi s’agit-il exactement ?

Concrètement cette procédure que souhaite le Collectif est un référendum d’initiative semi-populaire. A la fois demandé par les parlementaires et par les citoyen·ne·s. Pour qu’il y ait une esquisse de cet acte constitutionnel, un cinquième des parlementaires français·es (185 sénatrices, sénateurs député·e·s) et un dixième des électeurs et des électrices inscrit·e·s (environ 4 729 296 personnes) est nécessaire. Cette initiative issue de l’article 11 de la Constitution prendra, une fois réclamée par le nombre nécessaire de parlementaires, d’électrices et d’électeurs, la forme d’une proposition de loi qui sera soumise par référendum au « peuple français ».

Dans la théorie, cette disposition paraît simpliste. En pratique, durant une période comme la notre où l’altermondialisme est minoritaire au parlement, et où mobiliser des masses, c’est à dire un peu plus de 4 millions de citoyen·ne·s, pour réclamer ce référendum à travers une consultation est très compliqué. Des syndicats et des associations ont déjà tenté l’expérience, la pétition de la Manif pour tous a recueilli « seulement » 700 000 signatures, et en 2008, la pétition contre la privatisation de la Poste avait recueilli 300 000 signatures.

La question se pose ; est-ce qu’un cinquième du Parlement français est contre le CETA ?

Le problème pour y répondre est la différence de positionnement politique entre les député·e·s européen·ne·s et francais·es. Par exemple, le PS français à toujours été favorable à cet accord. Ce sont d’ailleurs leurs ministres qui l’ont négocié et encouragé. Autre exemple chez Les Républicains, au Parlement Européens leurs député·e·s ont voté POUR (suivant la ligne du PPE), mais au niveau national l’avis est partagé, notamment pour les conséquences sur l’agriculture. Ainsi, pour répondre à notre question, nous prendrons une grille de lecture européenne pour pouvoir comparer et essayer de comptabiliser. Lors du vote à Strasbourg le 15 février 2017, tou·te·s les député·e·s de « gauche » et d’extrême droite ont voté CONTRE le CETA, c’est à dire Europe Écologie-les Verts, le Parti Socialiste, le Front de Gauche et le Front National. En retranscrivant ce résultat au Parlement Français, il y aurait ainsi environ 190 parlementaires acquis à la cause, et donc une possibilité de lancer la première phase de consultation citoyenne, c’est à dire recueillir environ 4 millions de voix.

Une disposition inapplicable ?

Cependant, d’après certains constitutionnalistes, cette disposition est quasi inapplicable. En effet, même si dans un grand élan citoyen le Collectif Stop TAFTA, qui est à l’origine de cette procédure, arrivait à trouver les 185 parlementaires (ce qui n’est pas ici infaisable comme nous l’avons vu ci-dessus) et les 4,5 millions de signatures citoyennes. Le texte arriverait devant le Parlement qui s’en saisira dans les délais fixés. La constitution prévoit dans ce cas, si ce dernier examine le projet de loi, que la voie référendaire sera caduque. Il faudrait pour provoquer un référendum une non-examination dans les temps du parlement.

Triste conclusion. Certes l’initiative du Collectif est enthousiasmante, et pleine d’espoir, mais la lucidité et la raison prennent toujours le dessus. Il semble que, seule la raison bienveillante et écologiste des député·e·s de La République En Marche puissent nous sauver de ce feuilleton libéral et capitaliste que sont ces accords internationaux de libre-échanges commerciaux : CETA, TAFTA, JEFTA, APE, TISA…

 

Sources :

1http://www.votewatch.eu/en/term8-eu-canada-comprehensive-economic-and-trade-agreement-draft-legislative-resolution-vote-consent-conse.html

2https://www.greenpeace.fr/ceta-lautre-menace-qui-pese-sur-leurope/

3https://france.attac.org/se-mobiliser/le-grand-marche-transatlantique/

4https://www.youtube.com/watch?v=gThBzdSjIKw

5https://www.collectifstoptafta.org/actu/article/des-milliers-de-personnes-exigent-un-referendum-sur-le-ceta

6http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/constitution.asp#titre_2

7http://www.huffingtonpost.fr/2013/11/21/referendum-initiative-populaire-vote-inappliquable_n_4315311.html