Récit de campagne européenne : eurorégion France Sud Est

Mercredi 7 mai 2014, début de soirée. Des manifestants se réunissent devant la bourse du travail de la Villeneuve, à Grenoble, sur la galerie qui relie l’Arlequin à Grand-Place. La Villeneuve, c’est ce quartier grenoblois cosmopolite que certains médias se sont ingéniés, en juillet 2010, à peindre en pleine émeute. La Villeneuve, c’est d’elle dont profite Nicolas Sarkozy pour appeler à une politique sécuritaire raciste, le 30 juillet de la même année, dans son discours de Grenoble. La Villeneuve. Quatre ans plus tard, il vient de pleuvoir d’une pluie battante, mais les habitants et les militants se battent encore plus fort et ils se rassemblent, devant la bourse du travail. Le cortège va bientôt partir.

Les Jeunes Écologistes de Grenoble sont là et l’avantage avec le mauvais temps, maintenant que la pluie s’est calmée, c’est que dans le vent, les drapeaux flottent bien. Sur la passerelle qui relie les quartiers pauvres au plus grand centre commercial de l’agglomération, parce que les urbanistes parfois ne manquent pas d’ironie, sur la passerelle le cortège part — il ne va pas très loin : il va à Alpes-Congrès. Là, parfois, il y a des expositions, il y a des dégustations, mais celle du jour laisse un goût amer aux habitants de l’agglomération : ce jour-là, ce qui s’expose, c’est le Front National. Et pas n’importe comment : c’est le président d’honneur, d’honneur parce que les Frontistes non plus ne manquent pas d’ironie, qui ce jour-là mène la danse. Jean-Marie Le Pen vient à Grenoble.

Bientôt, il y a deux côtés de la barrière : derrière les lignes de fer, derrière la ligne des CRS, quelques militants Frontistes arrivent, au compte-goutte, pour assister à la réunion. On n’en comptera tout au plus une petite centaine. Devant les barrières, nous sommes trois cents assemblés à manifester notre désapprobation. Des journalistes prennent quelques photographies, certains filment : ils ne filmeront pas longtemps. France 3, qui avait décidé de couvrir la manifestation citoyenne d’abord, la réunion politique ensuite, est expulsée du meeting, comme l’explique plus tard dans la soirée André Faucon, délégué régional de la chaîne. [LIEN : http://blog.france3.fr/politique-alpes/2014/05/07/lequipe-de-france-3-alpes-empechee-de-couvrir-le-meeting-de-jean-marie-le-pen-a-grenoble.html ]

Non décidément, au Front National, on ne manque pas d’ironie. Le même jour, quelques heures plus tôt, contacté par des journalistes de BFMTV, Jean-Marie Le Pen déplorait l’attitude selon lui anti-démocratique d’Éric Piolle, le maire écologiste de Grenoble, récemment élu et bien élu par les citoyens. Motif ? La municipalité avait publié un communiqué déplorant l’organisation en catimini du meeting [LIEN : http://www.ledauphine.com/isere-sud/2014/05/05/venue-de-le-pen-a-grenoble-un-contre-rassemblement-unitaire-et-antifasciste-annonce ]. Plein de la pondération qui le caractérise à l’ordinaire, Jean-Marie Le Pen traite Éric Piolle de « pervers » et s’érige en défenseur de la démocratie [LIEN : http://www.bfmtv.com/video/bfmtv/politique/jean-marie-pen-maire-eelv-grenoble-est-un-pervers-07-05-195601/ ]. Émouvant.

Mercredi 7 mai 2014, la soirée continue. Quelques gaz lacrymogènes plus tard, les Jeunes Écologistes ont enroulé leurs drapeaux, enfourché leurs vélos et ont rejoint la salle de conférence de la Maison du Tourisme, dans le centre-ville grenoblois, pour assister à la fin du débat des candidats à l’eurodéputation dans le Sud-Est. Bien sûr, toutes les têtes de liste ne sont pas là pour se présenter aux citoyens. Certaines ont délégué. D’autres ont eu, de toute évidence, d’autres obligations : quand nous pénétrons dans la salle, la place du représentant de l’UMP est vide. Michèle Ravisi, eurodéputée et candidate pour Europe Écologie-les Verts, elle, est bien là. Elle est là et elle répond : sur les énergies, sur TAFTA, sur la régulation de la finance et sur l’emploi.

Il faut dire que ces sujets, elle les connait bien : élue déjà en 2009, elle siège aux commissions du Parlement Européen. Environnement, santé publique et sécurité alimentaire. Industrie, recherche et énergie. Michèle Rivasi connait son affaire et elle sait qu’il y a encore beaucoup de travail pour construire l’Europe solidaire et sociale dont la famille Verte rêve, au Parlement Européen, comme dans chaque pays de l’Union. Et les Jeunes Écologistes présents dans la salle savent que l’Europe verte n’est pas seulement la promesse d’une transition industrielle et énergétique, mais la certitude d’un continent rouvert sur le monde. Comment ne pas songer, en revenant d’Alpes-Congrès ce soir-là, à la déclaration de principe du programme d’Europe-Écologie : « L’Europe peut et doit accueillir des migrants. Contrairement aux fantasmes populistes, l’immigration est une chance. »

Bien sûr, quand le débat se termine, les autres candidats entonnent aussi le couplet démocratique : le 25 mai, il faut voter, pour faire barrage au Front National. Mais il leur faut plus que quelques mots pour s’acheter une bonne conscience démocratique et en vérité, il nous faut plus que de faire flotter nos drapeaux devant les meetings frontistes : il faut, de la bourse du travail à la maison du tourisme, de la manifestation au débat, de notre politique municipale à notre politique européenne, reprendre Front National de ses prés carrés conquis à force de mensonges et de contre-vérités, il faut ouvrir nos programmes à la page immigration et à la page sécurité, à la page industrie et à la page emploi, pour qu’aucun citoyen ne soit plus la victime de ceux qui n’ont pour la démocratie que l’ironie des bons mots.

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Titre :Avenue d’Innsbruck – Grenoble

Licence : CC BY-SA 3.0

Auteur : Milky (Wikimedia Commons)

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