Jacques Ellul, penseur incontournable de l’écologie politique

Jacques Ellul est de ceux que l’on néglige car ils ne fréquentaient pas les chaînes télé et ne cherchaient pas la polémique. Étude, analyse et écriture étaient son quotidien, et c’est à travers une soixantaine de livres et des centaines d’articles qu’il a peu à peu – dans une indifférence quasi-générale – développé sa thèse sur la société technicienne.

« Aucun fait social humain, spirituel, n’a autant d’importance que le fait technique dans le monde moderne. (…) la Technique a progressivement gagné tous les éléments de la civilisation ».

Quelques repères biographiques

Né en 1912 à Bordeaux dans une famille bourgeoise déclassée, il fait malgré cela de bonnes études de droit, obtenant son doctorat en 1936, puis une agrégation en histoire du droit et en droit romain en 1943. Pendant la guerre, révoqué de l’université où il enseignait, il se réfugie à la campagne et devient agriculteur, et s’implique dans la Résistance.

Pendant ses études, il rencontre Bernard Charboneau, avec lequel il écrira plusieurs ouvrages et animera un mouvement écologique dès les années 30 à Bordeaux. Leur amitié durera jusqu’à sa mort. Ils s’étaient notamment illustrés en fondant en 1973 le comité de défense de la côte aquitaine, un mouvement citoyen visant à empêcher la DATAR de transformer le littoral atlantique en Côte d’azur bis, préfigurant ainsi la lutte contre les grands projets inutiles imposés.

À la Libération, il entre brièvement au conseil municipal de Bordeaux mais n’y reste guère, dégoûté par ce qu’il y entrevoit. Cette expérience politique marquera à jamais son œuvre. En 1948, il entre à l’Institut d’études politiques de Bordeaux, où il enseignera jusqu’en 1980. Il est ainsi l’auteur d’un manuel d’histoire du droit qui fait encore référence aujourd’hui.

Frappé à son adolescence par une expérience mystique, il se convertit au protestantisme et entre à l’Église réformée de France. Membre du conseil national pendant de nombreuses années, il écrira de nombreux articles mêlant sociologie et foi aussi bien pour des médias généralistes (notamment Le Monde) mais aussi religieux comme par exemple Foi et Vie.

Grand admirateur de Marx, il fut le premier à enseigner le marxisme à l’université, tout en se refusant à faire de la politique. Il reconnaissait la validité de l’approche analytique de Marx, mais considérait que ce n’est plus le capital qui caractérise la société du 20e siècle, mais bien la technique.

Bien que largement oublié parmi les grands penseurs du siècle dernier, son influence est considérable, notamment à l’étranger, mais aussi en France, où il a inspiré l’action de personnalités comme Noël Mamère (qui le reçut trois fois au journal télévisé de France 2) ou José Bové, et a donné son slogan – penser global, agir local – à Attac.

Il meurt en 1994 à Pessac.

La Technique constitue la préoccupation de l’immense majorité des hommes de notre temps de rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace.

Repères bibliographiques

De par son immensité, l’œuvre d’Ellul doit être classée avec soin. Si son versant théologique peut être, pour la plus grande part, laissé de côté, certains de ses essais sont fondamentaux en ce qu’ils tentent de définir une éthique de la liberté indispensable à la révolution nécessaire qu’il appelle de ses vœux. Cette éthique a été développée à travers trois ouvrages éponymes parus entre 1973 et 1984. Mais on peut encore citer Le vouloir et le faire, réédité en 2015 !

Dans les prochains jours, La Souris Verte va se lancer dans une présentation de l’œuvre d’Ellul en trois parties, chacune consacrée à une de ses « trilogies ».

Sa grande œuvre est incontestablement la trilogie technique :

  • La technique ou l’enjeu du siècle (1954)

  • Le système technicien (1977)

  • Le bluff technologique (1985)

Vient ensuite sa trilogie de la révolution :

  • Autopsie de la révolution (1969)

  • De la révolution aux révoltes (1972)

  • Changer de révolution, l’inéluctable prolétariat (1982)

Le reste de son œuvre est assez disparate, tout en restant tournée vers l’analyse du phénomène technicien sur notre société. Nous en retiendrons 3, bien qu’ils méritent tous d’être cités :

  • L’illusion politique (1965)

  • L’empire du non sens (1980)

  • La parole humiliée (1982)

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