Inside COP 0

#insideCOP J11 : un accord se dessine.

Du 30 novembre au 11 décembre a lieu au Bourget, en Seine-Saint-Denis la COP21. Les 7000 représentants des 196 signataires de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique se réunissent afin de mettre sur pied un accord universel de lutte contre le changement climatique. Cinq jeunes écologistes ont réussi à se faufiler à l’intérieur du centre de conférence. Chaque soir, ils racontent à la Souris Verte leur journée #insideCOP.

Vous pouvez relire les récits des précédentes journées en cliquant ici.

Nous retrouvons une fois de plus Raphaëlle, coordinatrice de la délégation des Jeunes Écologistes à la COP21

SV : Bonjour Raphaëlle, merci de nous retrouver à nouveau. Il est 1h du matin, dans nuit de jeudi à vendredi, on ne s’est jamais appelé aussi tard et, si j’ai bien compris, vous n’êtes pas prêts de vous coucher. On sent que la fin de la COP approche : comment allez-vous ? peux-tu nous en dire plus sur l’ambiance à la COP aujourd’hui ?

Raphaëlle : L’ambiance un peu tendue dont vous a parlé Axel hier est encore montée d’un cran aujourd’hui et montera encore demain, voire les jours suivants si l’accord n’est pas conclu demain. Tout le monde était dans l’attente du nouveau texte qui est paru ce soir à 21h car les négociations avaient lieu entièrement à huis-clos. On a donc passé la journée à attendre tout en continuant à mener des actions pour défendre les points qui nous semblaient les plus importants. On a notamment fait une action sur les droits humains pour défendre la mention des droits humains dans le texte car on savait, de plusieurs sources, que ces passages étaient menacés. Vous pouvez la voir dans notre dernière vidéo :


On se déchaine 10/12 par JeunesEcologistes

 

Et effectivement, en découvrant la nouvelle proposition d’accord, on a pu voir que la question des droits humains n’apparait plus dans l’article 2. Ceux-ci sont encore mentionnés dans le préambule, pour la forme, mais ne sont plus dans la partie opérationnelle du texte, cela n’impliquera pas d’actions de la part des états.

SV : Parlons justement plus en détail de cette nouvelle version de l’accord [Vous pouvez télécharger la dernière version de l’accord ici, l’accord commencé à la page 17]. Lors de nos précédents entretiens, nous avions notamment parlé notamment de l’objectif de limiter le réchauffement de la température moyenne mondiale à 1,5°C. Qu’en est-il dans la nouvelle version ?

Raphaëlle : L’avis sur ce passage est assez mitigé. La limite à ne pas dépasser reste celle des 2°C mais l’objectif des 1,5°C est mentionné comme un objectif vers lequel il faut aller. Il est même écrit que l’augmentation de la température doit être maintenue “bien en dessous de 2°C” (well below 2°C). Ce n’est pas la même chose d’écrire “en dessous de 2°C” ou “bien en dessous de 2°C”. Les implications sont différentes. Ce combat-là n’a donc pas été complètement perdu puisque les 2°C sont présentés comme une limite, et le 1,5°C est mentionné comme un objectif. Tout le monde n’a pas encore abandonné la limite des 1,5°C puisque des pétitions circulent actuellement dans le Bourget pour défendre ce point.

SV : Quand nous avions parlé de cet objectif des 1,5°C, tu nous avais expliqué qu’une des conditions pour y parvenir était d’atteindre l’objectif zéro carbone avant 2050. Où en est-on dans le texte ?

Raphaëlle : Ce point là est assez décevant. Nous avons perdu. L’article 3 qui fixe le chemin pour arriver à respecter l’objectif des 2°C, voire 1,5°C est très vague. Il prévoit d’atteindre un pic des émissions de gaz à effet de serre (GES) “le plus tôt possible”, ce qui veut absolument tout et rien dire. On parle ensuite, non pas d’un objectif zéro carbone mais de neutralité dans les émissions de GES. Il y a une vraie différence puisque dans le premier cas, on ne rejette plus de tout de GES alors que dans le second, on peut toujours en émettre, à condition de les compenser par de l’absorption. Enfin, cette neutralité carbone arrive très tard puisqu’on parle d’atteindre cet objectif peu ambitieux “dans la seconde moitié du XXIè siècle”. On est donc loin de ce que nous revendiquions, c’est très décevant. On se donne des ambitions sans moyens de les atteindre.

SV : Tu voulais aussi nous parler d’un point un peu plus positif, c’est celui du financement.

Raphaëlle : Oui, c’est un point vraiment positif car les états s’engagent à apporter 100 milliards au fond vert. Ces 100 milliards ne sont plus considérés comme un plafond mais comme un minimum à atteindre en 2020. Cette somme est appelée à augmenter au fil du temps. Pour rappel, ce fond vert doit permettre aux pays en développement de financer leur transition énergétique (donc de réduire leurs émissions de GES) et leur adaptation face aux conséquences du changement climatique.

SV : Il y avait encore un autre point important dans les négociations, c’est celui de la révision des contributions des états à lutte contre le changement climatique. Cela a-t-il été tranché ? Quand les états devront-ils revoir leurs contributions ?

Raphaëlle : Avant la COP, chaque pays avait présenté une contribution volontaire dans laquelle il fixait son objectif de réduction des émissions de gaz à effet serre, les moyens pour y parvenir, et éventuellement sa participation au fond vert. L’objectif était que l’accord de Paris mette en place des mécanismes d’évaluation et de réévaluation à la hausse de ces contributions. On est content car l’accord prévoit une révision à la hausse tous les cinq ans. Le problème est que la première révision n’est prévue que pour 2023, ce qui est très tard. Selon les scientifiques, il faudrait en effet réévaluer les contributions avant 2020 pour avoir une chance de rester en dessous des 1,5°C. C’est donc un point négatif.

SV : Il y a enfin tout un débat dont la presse se fait l’écho sur la question de la responsabilité commune mais différenciée des états. Ce débat n’est toujours pas tranché. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

Raphaëlle : C’est effectivement un sujet très complexe dont je maitrise pas encore toutes les subtilités. Le principe de la responsabilité commune mais différenciée est de dire que tous les états sont responsables du réchauffement climatique mais que les pays développés sont plus responsables que les pays en développement, donc doivent faire plus d’effort. Au moment où le Protocole de Kyoto a été écrit, il était plutôt simple de faire la différence entre ces deux catégories. Mais depuis, les pays émergents comme la Chine et le Brésil qui sont toujours considérés comme des pays en développement font partie des principaux émetteurs de gaz à effet de serre. Il est donc difficile de les considérer de la même façon que les pays les moins avancés. C’est la première problématique.

La seconde problématique, c’est celle d’intégrer ce principe de responsabilité commune mais différenciée dans les mécanismes d’évaluation et de réévaluation des contributions des états. Sur quelle base pourra-t-on dire à un pays que sa contribution n’est pas suffisante ? Quels instruments va-t-on créer ? Plusieurs hypothèses existent mais c’est assez compliqué.

SV : Voilà pour la nouvelle proposition d’accord. Demain est censée être la dernière journée de la COP, comment comptez-vous vous mobiliser pour maintenir la pression sur les négociateurs ? Quid aussi de la plénière de clôture de demain pendant laquelle les organisations de jeunesse ont un temps de parole prévu ?

Raphaëlle : Une très grande action des jeunes est prévue pour demain. Léa a travaillé une bonne partie de la journée dessus, elle a dû négocié longtemps avec le chef de la sécurité des Nations Unies et finalement, l’action a été acceptée. Pour ce qui est du contenu de l’action, je vous réserve la surprise pour demain !

En ce qui concerne le discours des YOUNGO (organisations de jeunesse), nous avons travaillé dessus cet après-midi, Axel et moi, avec les représentants des autres organisations. On a prévu un texte très tranché, incisif, qui mettra clairement en avant nos critiques vis-à-vis de cet accord qui s’annonce insuffisant et en décalage avec les belles promesses faites par les chefs d’état il y a deux semaines. On compte dire qu’ils ne sont pas à la hauteur des enjeux. On compte aussi terminer sur une note plus positive en disant que, peu importe si le texte mauvais, ce qui compte vraiment seront les actions qui seront mises en place derrière. C’est cela que nous rappellerons demain.

SV : On suivra tout ça avec attention. On se retrouvera demain, en fonction de l’avancée des négociations. Bon courage pour cette nuit puisque vous comptez continuer à travailler sur le texte une bonne partie de la nuit, c’est ça ?

Raphaëlle : Exactement, on continue à décortiquer ce texte pour vous en donner une analyse encore plus détaillée.

SV : Merci beaucoup ! Bon courage pour cette dernière journée #insideCOP !

 

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