On s'exprime 2

Le revenu de base, une rampe de lancement pour l’écologie politique ?

Définition du Revenu de base, Musée du Capitalisme.

Définition du Revenu de base, Musée du Capitalisme.

 

 

Qu’elles soient sociales, économiques, environnementales, de société, ou encore culturelles, l’écologie politique ne manque pas d’idées. Seulement voilà, son message ne passe pas, ou plutôt, il ne répond pas concrètement – dit-on – aux problèmes actuels de nos concitoyen.ne.s.
Pourquoi les écologistes réclament-illes une transition énergétique ? Nous disposons tou.te.s de l’électricité ! Pourquoi les écologistes nous alertent-illes sur les quelques degrés supplémentaires que la Terre devra supporter dans 80ans ? Catastrophistes ! Et puis, nous, cela ne nous gêne pas d’avoir du soleil en Novembre ! Pourquoi les écologistes nous rabâchent-illes toujours les oreilles à propos de l’égalité femmes-hommes ? Il y a sûrement des réformes plus importantes à faire en ce moment, et puis illes n’ont qu’à aller voir ailleurs s’illes pensent que les femmes n’ont pas autant de droits que les hommes chez nous… Et pourquoi les écologistes sont-illes contre la croissance ? Ce n’est pas sérieux alors qu’il faudrait tout tenter pour résoudre le problème du chômage et sortir de la crise économique !
Afin de répondre à ces interrogations et à toutes les autres, il faudrait avoir du temps (et donc de l’écoute). Ce que les médias traditionnels n’offrent pas, réduisant à néant le débat démocratique. Il se révèle donc plus simple, et redoutablement efficace il est vrai, d’expliquer en 8 secondes (temps de parole moyen pour un.e représentant.e politique à la télévision aujourd’hui) que nos problèmes sont dus aux étrangers, à la droite, aux ragondins ou encore, pourquoi pas, aux jours fériés !

Il nous faudrait donc une idée, une grande idée. Qui toucherait trois niveaux : à la fois les citoyen.ne.s, dans le sens où cela les concernerait elles et eux, directement ; aux médias, car l’idée serait assez simple pour que les journalistes la comprennent et donc la traitent ; et cela parlerait également aux autres forces politiques, qui ridiculiseraient probablement l’idée dans un premier temps, puis la critiqueraient, et enfin se sentiraient menacées par cette proposition égalitaire et révolutionnaire !

Je n’ai toutefois pas inventé l’eau chaude (sachez-le), et l’idée d’un revenu de base (aux nombreuses appellations) ne date pas d’hier… Le programme d’EELV et d’Eva Joly comportait, en 2012, une proposition en ce sens, que je cite : « à terme, l’instauration d’un revenu universel inconditionnel individuel consistant à garantir à chaque citoyen.ne un revenu décent à hauteur de 80 % du SMIC, les écologistes proposant qu’il fasse rapidement l’objet d’une expérimentation systématique par l’État en lien avec des collectivités territoriales volontaires ». Depuis, l’idée a continué à faire son chemin, se mesurant au défi de l’Initiative citoyenne européenne (ICE), un moyen qui aura permis d’informer la population et d’échanger sur ce sujet qui bouscule et remet en cause nos façons de penser.
Je n’aborderai pas dans cet article l’explication du financement de ce revenu de base, vous renvoyant vers l’excellent site du Mouvement Français pour le Revenu de Base (MFRB) qui le détaille très bien.

Le revenu de base (RDB) est probablement l’un des remèdes les plus efficaces à la misère, puisque son objectif est justement de permettre à chaque individu de vivre dignement. D’ailleurs les observations des expériences à travers le monde le confirment. A partir de là, tout parti politique sincère sur la question devrait donc étudier sérieusement cette idée !
Et, second point, contrairement au système du Revenu de Solidarité Active, le RDB n’est pas « livré avec l’étiquette ». J’entends par là que le fait que tout le monde le reçoive, sans condition, permet de dépasser la notion même d’ « assisté.e.s », qui n’est vraiment utile qu’aux populistes de bas étage.

Mais alors, qu’est-ce que le RDB peut-il apporter à l’écologie politique ?

Une remise en cause de la valeur Travail
Questionner la « valeur Emploi », pour être correct, celle qui formate notre vie, de l’école jusqu’à l’âge de la retraite ! En effet, qui n’a jamais dû répondre à ces questions : « qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? » ou « que fais-tu dans la vie ? » qui sous-entendent toutes les deux « quel est/sera ton emploi ? ». Le malheureux ou la malheureuse qui aurait raté une ou plusieurs étapes de ce parcours serait-ille condamné.e à subir cet « échec » pour le restant de sa vie ?
De plus en plus de personnes restent ainsi -pour différentes raisons- abandonné.e.s au bord de la route du système économique mondialisé que nous, Français.es, ne maîtrisons plus (et nous n’y sommes pas habitué.e.s !). Tôt ou tard, nous serons quasiment tou.te.s menacé.e.s par la machine qui travaille bien plus vite que nous et pour bien moins cher…

► Une remise en cause de l’utilité des emplois ?
Je serais curieux de savoir quel est le pourcentage de personnes qui déclarent aimer leur emploi et n’en changeraient pour rien au monde ! Il ne faut pas se leurrer, la très grande majorité d’entre nous a un emploi qui lui permet de vivre, ou survivre. Nous ne pouvons pas trop nous en plaindre d’ailleurs, car la « réserve » (de chômeurs et chômeuses) nous menace.
Imaginons maintenant une société où un revenu de base est instauré. Les personnes vivent. Elles peuvent choisir leur emploi. Elles peuvent aussi lancer un projet qui leur tient à cœur. Elles peuvent même refuser une offre d’emploi qui ne les satisferait pas, ce qui ressemble plutôt à un luxe aujourd’hui. De plus, l’argument qui consiste à expliquer que nous ne pouvons pas soutenir la destruction des emplois qu’impliqueraient telles ou telles politiques en faveur de l’environnement deviendrait nul. La course à inventer des emplois pour le simple fait d’inventer des emplois perdrait tout son sens.
Simple question rhétorique : travaillons-nous plus efficacement lorsque notre emploi constitue notre gagne-pain ou bien lorsque celui-ci nous plaît et que nous l’avons choisi ?

Du Temps retrouvé.
Disposer d’un revenu de base nous permet de gagner du temps. Ou plutôt de le retrouver. Et pouvoir rompre avec le fameux « métro-boulot-TF1-dodo », cela représentent assurément une première victoire pour l’écologie politique.
Selon moi, la société souffre principalement de ce manque de temps. Les familles en souffrent abandonnant les enfants à leur triste sort, ces mêmes jeunes qui seront les parents de demain. Les couples en souffrent, ne pouvant pas construire quelque chose ne se voyant que deux ou trois heures par jours… Le taux de divorce relativement élevé en région parisienne pourrait en constituer une bonne illustration. En outre, la préparation des repas et l’alimentation en général sont négligées par manque de temps, la santé, quant à elle, l’est par manque d’argent, etc… De plus en plus, les courses (sur Internet), les interactions sociales ou encore les déplacements sont également « otpimisé.e.s » pour les mêmes raisons.
Avoir le temps, cela signifie aussi avoir le temps de se poser des questions, avoir du temps pour découvrir le monde (et, entendons-nous bien, cela commence par sa/son voisin.e !), avoir le temps de s’intéresser et de questionner la vie et l’avenir de sa communauté (là on vient de parler d’engagement politique, mais chut c’est un secret).
Nous pouvons imaginer que des personnes ayant davantage de temps à accorder à autre chose qu’à leur emploi pourraient souhaiter (re)créer des liens chez elles et autour d’elles, partager ce temps, ou simplement en profiter pour chaque chose qu’elles ne peuvent faire aujourd’hui. Très concrètement, il suffit d’écouter une conversation dans un transport en commun, une salle d’attente, une réunion de famille… Et vous remarquerez que le « manque de temps », pour n’importe quelle activité que ce soit, est le thème qui revient le plus (après la pluie de l’automne ou la neige de décembre, peut-être).

Alors sans être totalement naïf et imaginer une société du RDB qui verrait se développer un jardin partagé par rue et la victoire des écologistes au premier tour de l’élection présidentielle… Nous pouvons toutefois espérer des évolutions positives qu’amènerait la mise en place de cette idée. De l’égalité de revenu de base femmes-hommes à la possibilité de continuer/reprendre les études en passant par un conditionnement mineur de l’orientation professionnelle à l’école, ou encore une société moins inégalitaire avec l’instauration d’un salaire maximal, cette « révolution » provoquerait des changements profonds que nous, écologistes, ne pouvons que souhaiter avec l’ensemble de la société. Une société plus conviviale et moins destructrice de son environnement.

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2 commentaires

  • Cécile dit : 18 novembre 2014 à 23 h 48 min

    Bonjour et merci pour cet article très intéressant! Juste une question: qui va faire le ménage? Parce que si on choisit tous le métier qu’on veut faire, ne risque-t-on pas d’avoir un déséquilibre entre le besoin (des personnes s’occupant du ménage) et l’offre (les personnes ayant ENVIE de faire le ménage).

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    • Lucas dit : 27 décembre 2014 à 13 h 19 min

      Bonjour Cécile !
      C’est une excellente question, en effet : si on choisit (vraiment) son travail, qui fera les tâches les moins valorisantes ? Eh bien justement, on peut penser que le “marché du travail” (quelle belle expression) s’ajustera en conséquence : pour que l’offre et la demande concernant ces travaux s’équilibre, il devront être mieux rémunérés, donc plus “valorisés” aussi !
      Concrètement, pour motiver des personnes à être technicien-ne-s de surface, il faudra mieux les payer, puisqu’illes auront toujours la possibilité matérielle de refuser un boulot qui ne leur plaît pas ! Peut-être qu’alors, enfin, ces emplois cesseront d’être dénigrés et que leur utilité sociale sera reconnue.
      (Et merci pour cet article aussi !)

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