Testet : Transformons la vengeance en riposte !

Depuis la mort de Rémi Fraisse, des rassemblements, où la tristesse s’est mêlée à la colère, ont eu lieu partout en France. Lors de plusieurs de ces rassemblements, des affrontements entre des « autonomes » et la police ont éclaté. S’est alors posée la question du rapport des écologistes avec ces militant.e.s violent.e.s : quelle attitude adopter quand on est pacifiste ? Alenka était présente sur la ZAD le week-end de la mort de Rémi. Elle exprime dans La Souris Verte ses impressions sur la question.

Sur la ZAD du Testet le week-end du rassemblement, mes pratiques habituelles très pacifiques de mobilisation ont été durement mises à l’épreuve. Nous avons, dans un effroi collectif, appris cette terrible nouvelle, et dû, lors d’AG interminables, décider comment exprimer collectivement notre colère, tristesse et pugnacité face à ce drame. Les débats étaient tendus. Disons que les incompatibilités entre « modalités de luttes » semblaient prendre le pas sur les complémentarités. Ces complémentarités sont pourtant bien la force de ces combats contre les grands projets inutiles et imposés et toute notre énergie doit aujourd’hui être dirigée vers cet objectif d’unité des modalités de luttes. Laissons aux médias et aux politiques bien-pensants la tâche de condamner les violences, ils le font déjà très bien. Nos relais seraient inutiles. Et indécents.

Il ne s’agit pas d’un énième débat non-violence /violence. Il y a un mort. Pour un barrage ridicule. Cela n’a pas de sens. La seule manière dont nous pouvons ressortir plus forts de ce drame, c’est de s’en saisir pour que l’on pose, politiquement et au niveau national, la question des outils de répression des forces de « l’ordre » face à la désobéissance civile. Les ZAD vont se multiplier et il est de notre responsabilité collective d’empêcher d’autres morts. Si nous voulons garder l’unité entre les « composantes » de la lutte (qui a été la recette du succès à NDDL, entendons nous bien), il faut affirmer notre combativité et notre « plus-jamais-ça ». Nous ne sommes pas de benêts pacifistes bisounours, il y a un mort, nous ne pouvons laisser passer ça. Sans pour autant tomber dans une vengeance stérile : un mort suffit amplement, nous combattons un système, pas des individus – même flics. Quelles modalités d’action peuvent traduire notre détermination sans faille à imposer ce débat au gouvernement sans se sentir pris en otage en manif par les « toto-casseurs » ? Nous nous sommes mis à poil pour le climat, que faisons-nous pour l’assassinat policier d’un militant écologiste ?

Il me semble premièrement nécessaire de ne pas déserter les rassemblements, quels que soient les initiateurs. L’application des méthodes non-violentes nécessite un nombre important de personnes. Rendons-nous dans les cortèges, dialoguons afin que chacun puisse venir avec ses méthodes militantes. Sensibilisons : montrons aux passants que ces rassemblements sont ouvert à tous. Négocions : demandons aux « casseurs » de ne pas s’attaquer aux commerces de proximité, laissons les banques se faire taguer. Non, nous n’éviterons pas les gaz lacrymo, non, cela ne nous empêchera pas de nous faire traiter de « collabo » en nous interposant pacifiquement entre les forces de l’ordre et les « cagoulés ». Mais notre unité et notre détermination sont tout ce qu’il nous reste pour que la pression médiatique ne redescende pas. Méditons aussi sur le fait que si les 5.000 manifestants étaient allés face aux ordres de l’ordre pour leur dire de partir ce samedi 25, la nuit aurait pu se passer autrement. Il ne s’agit pas de refaire l’histoire, mais de rappeler que quand nous restons soudés et en nombre, les risques sont restreints.

Ensuite, acceptons l’expression de la colère. Personnellement, je n’ai pas jugé les voitures brûlées lors des émeutes de 2005. J’ai trouvé ça globalement inefficace mais je peux comprendre que des personnes victimes d’injustice (et dont la répression policière est le quotidien) soient juste des bombes à retardement. Les violences en fin de manif existent depuis que les manifs existent, est-ce que c’est le moment de dépenser notre énergie militante à se demander si c’est efficace, ou même moralement juste ? Bien évidemment, cela dessert leur combat, mais la défiance est telle envers les médias que la question de l’efficacité médiatique n’entre plus en jeu pour ces militants. Peut-on les blâmer pour cette analyse ?.

Une autre voie pourrait donc consister à trouver des modalités d’actions (et je n’ai pas la réponse) qui marquent, visuellement et physiquement, l’espace public ; et dans lesquelles toutes les composantes de la lutte pourraient se retrouver. Des rassemblements « traditionnels » ? Clairement pas à la hauteur du drame qui a eu lieu. Planter des arbres ? Oui, mais pas que. Pourquoi pas des grands et beaux tags en l’honneur de Rémi sur des bâtiments publics ? Du fumier devant les commissariats ? Des expos-photos avec des preuves de bavures policières ? Des occupations de préfectures ? Ou encore des ZAD spontanées en pleine ville comme à Rouen ? Bref, il faut marquer les esprits, il faut sensibiliser l’opinion publique et il ne faut pas laisser le mouvement s’éteindre. Il faut inverser le discours qui consiste à dire « s’ils se prennent des coups, c’est qu’ils prennent des risques ». Il faut montrer quelle ignoble provocation a eu lieu lorsque 250 gardes mobiles et CRS se sont ramenés sur la ZAD du Testet.

Il faut transformer cette colère en une imagination militante qui dépasse nos clivages stériles et habituels avec les « casseurs ». N’appelons pas au calme mais réfléchissons à des modalités d’action qui se concentrent sur nos combats communs et qui nous permettent d’instaurer un rapport de force. Bref, transformons la vengeance en riposte. C’est la seule voie possible pour réclamer (et imposer) un vrai débat national sur les pratiques de « maintien de l’ordre » afin que ces dernières soient à l’honneur de notre État de droit.

Alenka Doulain

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