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Jacques Pâris de Bollardière, mon héros militaire, pacifiste et écolo-swagg

« La guerre n’est qu’une dangereuse maladie d’une humanité infantile qui cherche douloureusement sa voie. La torture, ce dialogue dans l’horreur, n’est que l’envers affreux de la communication fraternelle. Elle dégrade celui qui l’inflige plus encore que celui qui la subit. Céder à la violence et à la torture, c’est, par impuissance à croire en l’homme, renoncer à construire un monde plus humain ». Jacques Pâris de Bollardière.

Il n’y a pas si longtemps à l’échelle de Brigitte Bardot, nous n’étions que des bambins. Avec toute notre petite imagination, nous pouvions recréer le passé et toute sa vivacité dans le présent, juste en fermant les yeux. Beaucoup de garçons et de jeunes filles ont eu la chance de s’imaginer occire et massacrer des millions de méchants à la seule évocation d’une bataille légendaire ou historique. Ça c’est bien, car les enfants ne tuent jamais et ont le droit de rêver car ils ne votent pas. Tout de suite, quand on devient adulte, il faut tuer les autres pour de vrai, c’est quand même moins drôle. Et puis on ne rêve plus l’Histoire, on la vit, c’est aussi plus de responsabilités..

Moi, au rang de mes héros, il y a plusieurs Jacques. J’ai déjà parlé de Lusseyran, le philosophe aveugle déporté. Mais il y a aussi dans mon deck Jacques Paris de Bollardière (1907-1986), et sa vie mérite d’être connue.

Jacques descendait d’une famille noble bretonne, de militaires colonisateurs, shootés à la IIIème République et au catholicisme. Papa officier mort pour la patrie, grand frère aussi, Jacques voyait tout tracé son chemin qui le mènerait jusqu’au grand compost de la vie, dans la joie la plus fraternelle il était censé donner sa vie à la Feurance.

Ce plan de carrière marcha plutôt bien au début : un petit tour par l’école militaire de Saint-Cyr en 1927, puis le grand bain de la seconde guerre mondiale dans lequel il se plongea en se portant volontaire pour diriger une brigade de la légion étrangère, celle-là même qui se retrouve toujours à crever en première ligne pour la Feurance. Il participe à la campagne de Narvik où il bouillave la Kriegsmarine, puis ultra dég de la fessée française, file en Angleterre. Il participe à la bataille d’El Alamein en 1942 avec sa légion où il marche sur une mine, file à l’hôpital pour 6 mois avant de revenir en Albion pour se former à la résistance et à la clandestinité. Il devient parachutiste et on le balance dans les Ardennes avec sa bite et son couteau où il parvient à organiser le maquis au nez et à la moustache en brosse à dent des Nazis. Là il fait connaissance avec un vieux démon de l’humanité où excelle le sadisme raffiné de l’Homme : la torture. Il refuse de la pratiquer et de jouer le jeu de la Gestapo : pour lui, la torture rabaisse l’être humain à une simple souffrance, et encore plus le tortionnaire à une sous merde. Jacques est militaire, pas monstre.
Sa vision militaire manichéenne prend aussi un coup quand il se rend dans l’Allemagne année 0. Jacques gamberge et réfléchit, la guerre engendre un flot d’horreur, mais que faire.. Son régiment de parachutiste est ensuite envoyé en Indochine où Bollardière y reste toute la guerre, toujours au front à commander, toujours les pieds dans la merde. L’homme dans l’uniforme comprend alors qu’une armée luttant contre tout un peuple qui recherche sa liberté ne peut que tomber dans une répression folle, un peu comme un Pokémon s’infligeant ses propres dégâts voyez. Jacques dira par la suite : « C’est une une logique inéluctable : l’armée qui se bat contre un peuple tend à glisser de plus en plus vers une violence de moins en moins contrôlée, car l’ennemi c’est le peuple : les femmes, les enfants et les vieillards d’un village.. ». L’ancien maquisard comprend alors l’impasse et la rupture qui s’opère entre l’armée, les politiques et le peuple. Et vla t’y pas qu’on l’envoie en Algérie, pour l’officielle « opération du maintien de l’ordre » qui y durera de 1954 à 1962.

D’une intelligence rare, Bollardière comprend que l’on ne sortira pas de ce conflit par le sang et la confrontation comme le souhaitent les bureaucrates parisiens. Il prend de jeunes soldats sous sa responsabilité et incite ses bidasses à se mélanger à la population musulmane locale, sans armes, à partager leur culture et leur quotidien pour que le fossé entre les cultures et les civilisations n’engendrent pas que son ordinaire et quotidien flot de haine et de violence . Et cela fonctionne, le dialogue fonctionne ! Dans la région où Bollardière a déployé ses « commandos noirs », quasi aucun attentat n’est perpétré par le FLN, alors que dans les autres régions, c’est un massacre crescendo. Le militaire pacifie et en novembre 1956, passe général.

Mais la situation globale reste merdique, et bientôt le général Massu se voit donner les quasi pleins pouvoirs pour stopper le FLN et redorer le blason d’une armée qui ne souhaite pas enchaîner une deuxième défaite. Alors la directive Massu passe, et elle incite clairement à faire usage de la torture pour bloquer le FLN. On rafle, on coule dans le béton les pieds d’algériens pour ensuite les balancer en hélicoptère dans le port d’Alger (une invention française, cocorico, les Argentins nous la piqueront plus tard) et on fait tourner la gégène à s’en déboîter le bras. Le pays des droits de l’Homme en est alors à son top raffinement depuis la Terreur, 3000 algériens au moins mort sous la torture.

C’en est trop pour Jacques qui se décide à casser la baraque. Non, il ne cautionnera pas ni par ses actes ni par son nom, une torture digne de celles des Nazis qu’il a combattu autrefois. Bollardière envoie chier Massu (« qui ne faisait qu’exécuter les ordres politiques ») et ses paras, ainsi que de Gaulle. Il s’exprime publiquement dans L’Expresse pour dénoncer la torture et prend 60 jours de forteresse. On l’éloigne du terrain, et il finit par démissionner de l’armée en 1961 avec le putsch des généraux, il dira : « « le putsch militaire d’Alger me détermine à quitter une armée qui se dresse contre le pays. Il ne pouvait être question pour moi de devenir le complice d’une aventure totalitaire. ». REP A SA DE GAULLE

Jacques est alors un tournant de sa vie. Fini l’armée, fini l’homme qui fut chef des Paras, Grand-croix de la légion d’honneur, compagnon de la libération, Croix de guerre française et belge, et même décoré du Distinguished Service Order. Jacques est libre et retourne en Bretagne, Jacques va se battre avec sa femme Simone pour les causes qui lui paraissent juste, mais Jacques va rester dans le badass game.

Après avoir fait un tour dans une entreprise où l’ancien militaire est essoufflé par la hiérarchie économique, aussi chiante que la précédente, Bollardière méprise la soumission des Hommes à la production déraisonné, il dira « c’est quoi ce monde qui part en yekou là ». Alors il se lance dans la bataille de la non-violence au coté de sa femme, sans virer au hippie, Jacques reste Jacques, il veut juste que tout le monde s’aime bordel de merde. Il donne des collocs mais reste avant tout un homme d’action : c’est l’épisode du COMMANDO BOLLARDIERE en 1973.

Inspiré par les débuts de Greenpeace en 1971, Bollardière et trois compères (Jean Toulat, Jean-Marie Muller et Brice Lalonde) décident de reprendre leur mode opératoire : aller en bateau sur les zones d’essais nucléaires (ici Moruroa) pour les stopper et faire remonter dans les médias les petites magouilles des États qui font joujou avec l’atome en éclatant des îles paradisiaques. Tranquillou, la marine arraisonne son voilier en dehors des eaux territoriales. L’action n’aura pas été vaine car elle aura quand même été reprise par les médias et provoque un débat public. Manquant à ses obligations de réserve, le général Bollardière est mis à la retraite d’office par mesure disciplinaire sur ordre du conseil des ministres. Du tac au tac maggle, Jacques renvoie sa plaque de grand officier de la légion d’honneur à Pompidou. Et biiiim la Feurance !

Jacques se joindra aussi à la lutte pour le Larzac où il trouve l’espoir et les étincelles d’un monde meilleur. Plutôt du côté des paysans que des bétonneurs casqués.
Il meurt en 1986, laissant derrière lui une vie folle, faites de tous les combats possibles.

Bollardière, c’est mon action man à moi, sensible à l’environnement, fidèle à lui-même et à ses convictions, il aura passé toute sa vie à lutter contre l’ignorance et pour la paix, à l’instar d’autres grands hommes et femmes qui ont connu la guerre et se sont battu pour la paix, comme Paul Teitgen, Marguerite Fontaine, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Jean Toulat, et j’en passe..

Jacques, repose en paix, tu mérites la gloire mais tu n’en veux pas, tu es trop bon et humble.

Merci à Martin pour m’avoir fait découvrir Jacques de Bollardière, et merci à tous ceux qui luttent encore aujourd’hui pour un putain de monde meilleur. Go hippie.

Source : Wikipédia et grosso modo ce très bon film d’André Gazut qui s’était vu refusé sa diffusion en France au moment de sa sortie..