Pollution

Pourquoi l’écologie doit être anticapitaliste

« Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » — Kenneth Boulding

L’écologie est-elle de gauche ? D’extrême-gauche ? De droite ? Aucun des deux ? Un peu des deux ? Voilà une question qui revient régulièrement dans les sphères écolos et au-delà. Parmi ceux qui se revendiquent « écolos », on trouve un peu de tout : des décroissant-e-s, des communistes, des fans de « croissance verte », et même des nationalistes. L’écologie est devenue un incontournable, et tout le monde ressent le besoin de s’en revendiquer d’une façon ou d’une autre, quitte à l’arranger à sa sauce.

Pour essayer de remettre un peu les choses à leur place, les écolos ont pris l’habitude de se revendiquer de « l’écologie politique », et pas juste de la protection de l’environnement. Avec ce terme, on admet que l’écologie ne peut pas juste se préoccuper des enjeux purement environnementaux : on reconnaît que les dégradations environnementales sont les conséquences d’un système défaillant, et notamment d’un système économique. Logiquement, il est plus important de se concentrer sur la racine de la maladie que sur ses symptômes : changeons le système, pas le climat !

Mais en l’occurrence, notre système économique actuellement, c’est le capitalisme. Ça veut dire que l’écologie est contre le capitalisme ? Sur ce sujet, personne n’est vraiment d’accord. C’est en partie lié au fait que derrière le « capitalisme », on met un peu tout et n’importe quoi, sans vraiment savoir ce qu’on met derrière ce mot.

Je propose avec ce court article de montrer pourquoi la défense de l’environnement n’est tout simplement pas compatible avec le capitalisme, et que s’en débarrasser est une condition nécessaire (mais pas suffisante) pour sauver la planète.

Oui, c’est un gros morceau, et je ne prétends pas épuiser le sujet dans les lignes qui vont suivre. Mais pas de panique, on va y aller doucement et, je l’espère, ouvrir des pistes des réflexion. On va procéder en trois grandes étapes :

  • Définir le capitalisme et pourquoi il menace l’environnement
  • Démontrer pourquoi le marché ne peut pas résoudre le problème écologique par lui-même
  • Expliquer pourquoi même l’État ne peut pas réguler le capitalisme pour le rendre « vert »

Allez, on lève le poing gauche, on ouvre Le Capital, et c’est parti : Hasta la victoria siempre !

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Pourquoi le capitalisme menace l’environnement ?

Première question incontournable : le capitalisme, c’est quoi ? Se revendiquer anticapitaliste, c’est très tendance dans beaucoup de milieux de gauche, mais on ne sait pas toujours ce que ça veut vraiment dire, et souvent ça recouvre un peu tout ce qu’on n’aime pas dans l’économie.

Pour cette fois, on va prendre une définition relativement simple : le capitalisme, c’est la propriété privée des moyens de production. Les « moyens de production », c’est tout ce qui est nécessaire pour produire des richesses à part le travail : les ressources, les machines, les bâtiments… Quand on parlera de « capitalisme », on parle donc du « mode de production capitaliste » : un système dans lequel les moyens de production n’appartiennent pas à celles et ceux qui travaillent mais à des « capitalistes ». (1) On ne parlera pas aujourd’hui de « l’esprit du capitalisme », de l’individualisme, etc.

Ici, la propriété des moyens de production n’implique pas juste qu’on a notre nom dessus. Par cette propriété, les capitalistes ont le privilège de déterminer ce qu’on produit, qui le produit, comment, en quelle quantité…

Dans l’analyse marxiste, le fait que les travailleur-se-s ne soient pas propriétaires des moyens de production autorise ceux qui les possèdent, et qui embauchent les travailleur-se-s, à extraire une « plus-value ». Pour faire court, la plus-value, c’est la différence entre le prix d’une vente d’une chaise (disons 20€) et le salaire qu’on donne au/à la travailleur-se qui a produit cette chaise (disons 8€). Le capitaliste a donc retiré 12€ de plus-value sans avoir effectivement produit la richesse : c’est ce que Marx appelle l’exploitation.

Le truc, c’est qu’un tel système implique que les capitalistes (qui contrôlent la production) recherchent une seule chose : avoir le maximum de plus-value. Or, les capitalistes doivent sans cesse réduire leurs coûts pour survivre à la concurrence des autres capitalistes. Ils doivent donc entre autres remplacer de plus en plus les humains par des machines, et donc avoir de moins en moins de plus-value en moyenne (puisqu’on ne peut pas en prendre aux machines). C’est pour Marx la contradiction fondamentale du capitalisme.

Soit, mais quel rapport avec l’écologie ? Eh bien, pour contrecarrer cette tendance à la réduction du profit, une solution privilégiée : produire toujours plus ! La logique unique du capitalisme, c’est de produire toujours plus pour accumuler toujours plus de capital, et ce de façon illimitée. Joseph Schumpeter le disait déjà : « un capitalisme sans croissance est une contradiction dans les termes ». (Evidemment, une autre solution serait d’augmenter toujours plus la productivité, mais on ne peut pas l’augmenter indéfiniment.)

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Le marxisme pur jus se concentre surtout sur l’injustice que représente ce système. Mais nous, en tant qu’écolos, nous savons aussi que produire toujours plus, c’est exploiter toujours plus l’environnement, puisqu’on ne peut pas produire sans énergie et sans ressource. Ça n’a jamais représenté un problème pour les économistes, jusqu’à ce que les écolos pointent du doigt l’évidence que l’énergie fossile et les ressources sont limitées (2). Bref, puisque le productivisme est donc nécessairement au cœur du capitalisme, il n’a aucune raison de ne pas polluer et exploiter toujours plus la planète.

Le problème, c’est que le capitalisme est de plus en plus « laissé à lui-même » justement. Une des grandes thèses de Karl Polanyi (La Grande Transformation, 1944), c’est que la sphère économique a pris une autonomie croissante vis-à-vis du reste de la société : c’est ce qu’il appelle le « désencastrement de l’économie ». Par le développement du marché, le capitalisme n’obéit qu’à sa propre règle et à aucune autre : plus de production et plus de profit. Toutes les décisions concernant la production (qui, quoi, comment…) dont on a parlé plus haut seront donc guidées par cet impératif de profit.

 

Pourquoi ça ne va pas se régler tout seul ?

Résumons : le capitalisme a pour but de produire toujours plus, donc de polluer et d’extraire toujours plus, et ce but est de plus en plus indépendant de la société. Sa marche « normale » implique donc une destruction croissante de l’environnement. Pourtant, de nombreux économistes soutiennent que, par lui-même, le capitalisme va résoudre la crise écologique. C’est un des mantras du libéralisme depuis toujours : peu importe le problème que rencontre le marché, il suffit de ne surtout toucher à rien pour que tout s’arrange spontanément.

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Commençons pour réfuter l’argument selon lequel, le capitalisme ayant besoin de ressource pour produire, il va nécessairement faire attention à ne pas les épuiser. Ce serait vrai s’il n’existait qu’un seul producteur pour le monde entier. Mais l’existence des marchés et de la concurrence implique un phénomène de passager clandestin : chaque producteur individuellement a intérêt à exploiter au maximum les ressources, au détriment de l’ensemble des producteurs. Il n’existe pas de « main invisible » : l’égoïsme de chacun-e n’aboutit pas au bonheur de tou-te-s.

Raisonnons par l’absurde. Si le raisonnement de l’auto-régulation était vrai, les prix du pétrole et du charbon devraient augmenter au fur et à mesure que ceux-ci se font plus rares. Or, ce n’est absolument pas le cas : le prix du pétrole est aujourd’hui au plus bas, sous les 50$, le charbon est également très peu cher. Ces prix en baisse, sans aucun rapport avec les coûts sanitaires et écologiques qu’ils engendrent, empêchent complètement toute transition énergétique puisque celle-ci est de moins en moins rentable à mesure que le prix des énergies fossiles baisse.

aoeaoSource : BP Statistical Review, 2015. Et encore, aujourd’hui c’est plus bas ! (environ 50$)

L’ensemble du raisonnement de “l’auto-régulation” repose sur ce qu’on appelle la « courbe de Kuznets environnementale ». Se fondant sur les travaux de Kuznets sur les inégalités, l’idée est globalement celle-ci : plus l’économie se développe, plus on va polluer, mais à partir d’un certain point la modernisation de la production réduirait cette pollution puisque notre « efficacité énergétique » s’améliorera. Ce sont les thèses du « capitalisme vert ».

aoeaoLa courbe de Kuznets environnementale. Promis, j’arrête les graphiques maintenant !

D’abord, cette hypothèse de « courbe en cloche » est purement théorique et ne se vérifie pas dans les faits. Très peu de pays, même parmi les plus développées, sont parvenus à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Même si celles-ci baissent cela signifie surtout qu’elles ont été « exportées » dans les pays en développement : en clair, la France délocalise sa pollution en Chine et importe ensuite les produits chinois.

Mais le raisonnement est lui-même à côté de la plaque. Si l’efficacité énergétique augmente, cela veut juste dire que pour produire une unité, on utilise moins d’énergie. Mais si les quantités produites continuent à augmenter, ça compensera cette économie… Nous sommes toujours plus efficaces, mais cela ne fait qu’augmenter nos besoins en énergie. Dans le jargon on appelle ça « l’effet rebond ». Et puis, comme nous l’avons dit plus haut, l’amélioration de l’efficacité énergétique ne peut pas être infinie, tandis que la course à la plus-value, elle, ne connaît pas de limite.

Et puis, même en admettant l’hypothèse hautement improbable que les marchés finiraient un jour par devenir écolos, il faut encore tenir compte du temps, et des phénomènes irréversibles. Parce que si la « loi du marché » décide de réduire sa pression sur l’environnement dans 100 ans, quand toutes les catastrophes écologiques irréversibles sont déjà passées (réchauffement climatique, montée des eaux, disparition des espèces, déforestation…), ça nous fera une belle jambe.

Il faut donc distinguer la logique du capitalisme, et ses effets. Le fait qu’il y ait un développement croissant de « l’économie verte » (énergies renouvelables, dépollution, etc.) signifie simplement que ces secteurs sont rentables et génèrent du profit, pas que le capitalisme est devenu soutenable. Si le capitalisme est écolo, ce n’est que « par accident » : que le vent change, qu’un autre secteur devienne plus rentable, et ce sera fini.

 

Pourquoi on ne peut pas rendre le capitalisme vert ?

On a donc bien compris que, laissé à lui-même, le capitalisme ne peut aboutir qu’à la destruction de l’environnement et que le salut ne viendra pas « de l’intérieur ». Mais alors, pourquoi ne pas simplement le réguler politiquement, « de l’extérieur » ? En effet il serait caricatural de considérer que depuis 50 ans, les autorités (étatiques ou internationales) seraient restées les bras ballants devant la destruction mécanique de l’environnement par le capitalisme. Mais nous allons voir qu’essayer de réguler le capitalisme sans le remettre en cause, ça ne marche pas vraiment.

La première chose qui a été essayée pour contrôler les ravages environnementaux du capitalisme, c’est essayer de remettre les choses à leur juste prix. En effet, pour les économistes, si les producteurs polluent, c’est qu’ils ne comptent pas dans leur calcul le coût nécessaire à la réparation de cette pollution, par exemple celui de nettoyer une rivière. Normal, puisqu’ils ne les paient pas. Ces coûts ignorés sont appelés des « externalités ».

Une solution est donc de faire payer les pollueurs, par exemple par une écotaxe. Si le patron de l’usine doit payer pour la dépollution de la rivière qu’il a pourrie, il va logiquement moins polluer, et l’environnement sera sauvé !

Fantastique, n’est-ce pas ? Si seulement… Ce raisonnement fonctionne assez bien dans le cas de notre rivière, puisque la pollution est bien localisée et qu’on peut la réparer. Mais les problèmes écologiques ne se réduisent pas aux pollutions : à moins de penser qu’on peut faire redescendre le climat, ressusciter les espèces disparues, et restaurer les écosystèmes si seulement on y met le bon prix, « internaliser les externalités » ne sauvera pas l’environnement. Eh oui : la technologie ne peut pas, et ne pourra sûrement jamais remplacer totalement la nature.

Et puis il y a d’autres problèmes : comment chiffrer le prix de l’espèce « abeille », de l’Antarctique, du Sahara ? On en serait réduit-e-s à une vision très anthropocentrée où seuls ont de l’importance les choses qui sont utiles aux humains. Globalement, ces solutions essaient davantage de répondre aux problèmes causés par le marché avec encore plus de marché. C’est bien sûr : le problème de la nature, c’est qu’elle n’a pas de prix. Si elle en avait un, on pourrait la gérer correctement !

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Il faudrait aussi parler ici des marchés du carbone, mais cet article est déjà long et je ne veux pas vous assommer. Je vous redirige donc vers l’ouvrage de Daniel Tanuro cité en fin d’article, et en attendant vous serez obligé-e-s de me croire sur parole quand je vous dis que ces marchés du carbone rencontrent les mêmes impasses que les autres tentatives de rendre le capitalisme vert, car ils sont soumis à de fortes pressions et une spéculation inouïe.

Une autre possibilité, c’est d’interdire simplement l’utilisation de certaines ressources. On l’a fait avec l’amiante (interdit en France en 1997), on l’a fait avec les CFC qui détruisaient la couche d’ozone (protocole de Montéral en 1987). Et ça a marché ! On voit d’ores et déjà que ce qui a été plutôt efficace, ce ne sont pas des solutions de marché, mais des actions politiques claires. Cependant, encore une fois, si cette méthode fonctionne plutôt bien pour ce type de pollutions « simples », elle ne sauvera pas non plus l’environnement.

En effet, dans le cas de l’amiante comme des CFC, les interdire ne changeait pas grand-chose au paysage économique. Il y avait dans les deux cas des alternatives plutôt simples et qui ne remettaient pas vraiment en question les profits ou le système énergétique. Mais si on parle du dérèglement climatique, les gaz à effet de serre produits par les énergies fossiles sont bien plus fondamentaux pour notre système économique. On le sait, pour éviter la catastrophe, une seule solution : laisser les énergies fossiles dans le sol (Break Free !). Or, ça revient très exactement pour les entreprises à s’asseoir sur du capital, et donc leur demander d’aller contre la logique fondamentale du capitalisme : faire du profit. Et les capitalistes s’opposeront donc à ces décisions politiques avec toute la force qu’on leur connaît : lobbying, captation de brevets, corruption, chantage… De fait, les COP successives depuis plus de 20 ans n’ont jamais abouti à une réglementation claire concernant les gaz à effet de serre.

 

Du coup, on fait quoi ?

On récapitule. Le capitalisme laissé à lui-même détruit l’environnement. Il ne va pas arrêter par lui-même, et les tentatives de le verdir paraissent vouées à l’échec.

A la question : peut-on réguler le capitalisme ? La réponse est : peut-être un peu, à condition d’aller fondamentalement contre la logique de celui-ci. Mais alors, pourquoi continuer à essayer de faire faire à un système l’exact opposé de ce vers quoi il tend ? Pourquoi mettre toutes nos forces à essayer de passer la serpillère le mieux possible après les décisions des capitalistes quand ils mettent toutes leurs forces pour faire le maximum de profit au détriment de l’environnement ? N’est-ce pas un formidable gaspillage d’énergie ?

On a vu que par la propriété, les capitalistes ont le privilège de décider comment on produit, et qu’ils le font selon une logique purement orientée vers les profits. La seule vraie solution à la crise écologique, c’est de faire en sorte que les décisions de production soient, à la racine, soumises aux limites de l’environnement : réencastrer l’économique dans le politique. Qui est à la base de la souveraineté politique ? Le peuple. Conclusion logique : la propriété des moyens de production doit revenir aux citoyen-ne-s. Tadam ! Nous venons ensemble de conclure à la nécessité de la fin du capitalisme.

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Evidemment, une fois qu’on a dit ça, tout n’est pas réglé. Considérer que choisir comment on produit est une question politique qui doit être tranchée par le débat et pas par les patrons ne garantit bien sûr pas que l’environnement sera immédiatement sauvé. Nous ne sommes pas dans un monde de bisounours, et si la démocratie produisait automatiquement l’écologie on ferait autre chose de nos journées que de militer avec nos drapeaux verts. De fait, l’URSS n’était formellement pas capitaliste, et on ne peut pas dire qu’elle ait protégé l’environnement.

Mais ce qui est important, c’est que retirer la propriété aux capitalistes pour la donner aux citoyen-ne-s ouvre la possibilité d’une production écologique. Tant qu’on reste dans le capitalisme, la logique des profits sera incompatible avec l’écologie. S’en débarrasser est donc une étape nécessaire, mais pas suffisante pour empêcher la catastrophe environnementale.

Je n’ai pas pour but ici de déterminer quel système de production permettrait de rendre compatible économie et écologie. Une piste est proposée par l’éco-socialisme, dont Daniel Tanuro est un des promoteurs. (3)
Toutefois, et pour ouvrir le débat, je pense par exemple que donner aux travailleur-se-s la propriété des moyens de production n’est pas suffisant : rien ne dit que leurs logiques de décisions seront plus écolo-friendly que celles des capitalistes. Il faut donc ouvrir à un public plus large la propriété, selon un principe somme toute assez raisonnable : « celles et ceux qui sont concerné-e-s par la décision ont voix au chapitre ». (4)

J’espère vous avoir convaincu que, si l’écologie ne peut se permettre d’être une simple défense de l’environnement sans projet de société, elle ne peut non plus situer ce projet politique dans le capitalisme, car celui-ci est intrinsèquement incompatible avec l’écologie. Oui, l’écologie politique doit être anticapitaliste : reste à savoir comment !

 


(1) Bon, en vrai, c’est plus compliqué que ça : aujourd’hui il y a plein de gens (cadres sup’, PDG, etc) qui ne sont pas possédants des entreprises mais qui défendent (plus ou moins) les intérêts des dirigeants. On va garder les choses simples pour aujourd’hui et laisser la division capitalistes/travailleur-se-s (retour au texte)

(2) Les énergies solaires et éoliennes sont certes renouvelables, mais pas les ressources nécessaires à la construction d’éoliennes gigantesques et de champs de panneaux solaires nécessaires à une demande indéfiniment croissante. Pour approfondir ça, je vous conseille le livre de Philippe Bihouix, L’âge des low techs, (Seuil 2014) (retour au texte)

(3) Pour aller plus loin, je vous invite à vous procurer son ouvrage que tout bon écolo devrait avoir dans sa bibliothèque : L’impossible capitalisme vert (La Découverte, 2012). Deux articles de lui si vous n’avez pas peur des sites trotskystes : ici et (retour au texte)

(4) La forme des SCIC (sociétés coopératives d’intérêts collectif) est en cela assez intéressante : des coopératives détenues par ses salarié-e-s, mais aussi par ses client-e-s, les riverains, des acteurs associatifs, administratifs… (retour au texte)

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Professeur de sociologie (heures pleines) et économie (heures creuses).

La distraction du jour : les vidéos de Steve Cutts

Envie de te distraire en ce vendredi soir ? La rédac’ te propose aujourd’hui cette petite vidéo humoristique sur le comportement de l’homme avec son environnement ! Enjoy !

Déjà vu cette vidéo ? Découvres-en une autre ici ! 

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Cétacé avec la pollution en mer !

Le 6 novembre 2014, en partenariat avec le Salon de l’Ecologie, se tenait le Café de la Biodiversité avec pour intervenants Michel et Sophie Franck de Terre Marine. Guillaume y était pour nous et nous raconte :

« La mer n’est pas un monde silencieux, c’est un univers habité par le bruit » a commencé Sophie Franck de Terre Marine.

Terre Marine, qu’est-ce ? C’est une structure coopérative à but non-lucratif qui « collecte des données scientifiques, sensibilise et informe sur la vie marine en Méditerranée » peut-on lire sur leur site. Les objectifs sont donc multiples. Ces scientifiques se rendent en mer, ou près des littoraux, afin de collecter des sons et ainsi évaluer les nuisances sonores sous-marines. Mais ils collectent également de micro-particules de plastique en mer afin de contrôler quels impacts ces dernières peuvent avoir sur la faune et la flore sous-marines et, par voie de consommation, sur l’homme. Le constat n’est pas à prendre à la légère.

“La mer n’est pas un monde silencieux, c’est un univers habité par le bruit”

Le journal Le 1 avait lui même fait paraître en juillet 2014 un article intitulé : « Le plastique : serial killer des océans ». « Il faut imaginer cette soupe de plastiques ! », s’écrit Michel Franck, « Le plastique flotte, coule et se désagrège pour former des micro-particules polluantes et toxiques. Et ne pensez pas que cela vient de la mer : 80% de la pollution vient de la terre par ruissellements et par les fleuves ! On retrouve même du PCB, alors que ce produit est sensé être contrôlé puisqu’il est très dangereux car extrêmement nocif. ».

Nos intervenants, Sophie et Michel Franck commencent dans un premier temps par nous présenter les cétacés vivant en Méditerranée. Oui, ils sont là, et tout proche. Il y a un territoire de vie pour ces mammifères marins dans le Golfe du Lyon. C’est en premier lieu, le plus célèbre des cétacés à dents, le grand dauphin que tout le monde connaît. Plus au large, le dauphin bleu et blanc – au large de Marseille, on compte 35 000 individus- et le dauphin de Risso. Ce sont également des cétacés à fanon qui peuplent la Haute mer. Le rorqual commun, qui vit à 600 mètres de profondeur. Et on trouve également le cachalot, un champion de l’apnée !

Dauphin bleu et blanc

Dauphin bleu et blanc

Dauphin Risso

Dauphin Risso

Grand dauphin

Grand dauphin

 

Cachalot

Cachalot

Rorqual

Rorqual

Au total, ce sont 18 espèces de cétacés qui peuplent la Méditerranée, selon le GREC (Groupe de Recherche sur les Cétacés). « Quelle biodiversité incroyable ! Ces espèces sont magnifiques.», s’enthousiasme Sophie Franck. « Mais elles sont menacées », ajoute son voisin. Chaque année, ce sont des échouages -comme au Cap d’Agde-, des intoxications avec plusieurs origines dont une partie ne nous est pas encore connue : les événements climatiques, la pollution sonore qui empêche à ces animaux de se repérer, … L’écholocalisation est un atout pour ces mammifères qui leur permet de chasser, de former une cohésion dans les groupes, d’éduquer les petits. Mais les nuisances acoustiques sous-marines brouillent ce sens très développé, et elles sont malheureusement d’origines anthropiques pour les plus perturbatrices. Il y a également cette menace de collision avec les 200 000 bateaux qui sillonnent la Méditerranée tout le long de l’année.

“Pour protéger il faut aimer. Pour étudier, il faut être en mer”

Nous avions déjà vu que le plastique était un serial killer. Mais les pesticides, les métaux lourds, les hydrocarbures – 25% du trafic pétrolier en Méditerranée dans l’année-, les molécules médicamenteuses -« Comme si les poissons avaient besoin l’aspirine ou de médicaments ! », dit pince-sans-rire Michel Franck – qui troublent les hormones des poissons, la surpêche -un sujet sensible-, ne sont pas en reste. Ce qu’il y a en vérité de flagrant ce sont le manque d’intérêt et de contrôle. Il y a également l’augmentation de la température (+1°C) qui provoque une élévation des eaux et une diminution de l’oxygène dans la mer. Qui dit manque d’oxygène dit aussi asphyxie. Le poisson a beau vivre dans un milieu aquatique, il respire lui-aussi. « On s’imagine que la forêt amazonienne est le poumon vert de la Terre. C’est une idée fausse. Le véritable poumon de la Terre, c’est la mer ! La biomasse marine produit 63% de l’oxygène ! ». La mer Méditerranée est une mer fermée qui met un siècle pour se renouveler et sur son littoral se répartissent 85 villes avec plus de 300 000 habitants. Imaginez toutes ces eaux usées qui doivent se déverser dans Mare Nostrum, d’autant que le traitement des eaux usées ne semblent pas être une priorité pour certains pays riverains. Imaginez l’impact sur la biodiversité ! Le tourisme n’arrange rien quand à lui et exerce une pression conséquente sur nos littoraux et sur la Méditerranée. C’est un tiers du tourisme mondial qui plonge ses pieds dans la grande bleue chaque année. Cette mer, elle est à protéger et cela nécessite un travail scientifique avec la collecte de données – il y a Terre Marine, mais également TARA Méditerranée, Cybelle Méditerranée, Expédition Med – mais également citoyen en engageant notre responsabilité dans la préservation du milieu marin.

« Pour protéger, il faut aimer. Pour étudier, il faut être en mer », nous explique Sophie Franck. La Méditerranée est en danger, il faut protéger ce milieu et sa biodiversité. « C’est pour cette raison que nous avons lancé un projet de catamaran, le Sea Explorer, véritable laboratoire acoustique et de collecte flottant, et à vocation pédagogique ». Car il s’agit également d’éduquer, de sensibiliser l’opinion aux études du milieu marin, dont les cétacés, grâce à des croisières scientifiques organisées par nos deux intervenants.

Suite à l’intervention de Michel et Sophie Franck, un temps pour les questions du public a été observé.

Mais c’est à mon tour ici de me questionner lors de la rédaction de ce compte-rendu. Cette conférence a renforcé ma position sur cette menace qui pèse sur les cétacés vivant en Méditerranée mais également sur les espèces qui vivent dans les grands océans. J’ai fait mes recherches et ai collecté certaines informations que je souhaiterais partager avec vous. Ces dernières
ne sont pas basées sur la pollution. J’ai cherché à élargir le sujet.

Je me suis d’abord posé la question de la chasse. Les baleines ont été longtemps chassées au cours du XIX° et XX° siècle pour leur chaire, leur cuir, leur fanon ou leur graisse. Avec environ 1, 5 millions de baleines au début du XIX°, nous sommes, en 2003, à environ 100 000 individus peuplant nos océans. Constat frappant, la chasse diminue mais la population de ces espèces ne semble pas augmenter pour autant. Elles sont toutes menacées aujourd’hui et c’est pour éviter les extinctions que la CITES – Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction – a strictement interdit le commerce de la baleine. Mais alors pourquoi existe-t-il encore une chasse ? Le commerce est interdit, mais la chasse ne l’est pas. La CBI – la Commission Baleinière Internationale – régule cette chasse et est la seule commission de gestion des stocks de baleines dans le monde. Le moratoire de 1986 interdit la chasse à des fins commerciales mais n’interdit pas celle de subsistance – pêcheurs du Nord de l’Alaska, par exemple ou à des fins scientifiques. Il existe malgré tout des oppositions. La Norvège et l’Islande continuent cette chasse car ils considèrent ce moratoire comme contraire à leurs intérêts nationaux et fixent eux-mêmes leurs quotas chaque année. Le Japon continue également et utilise une des failles de la CBI : la chasse à des fins scientifiques. Mais c’est en réalité la commercialisation qui en est le but. Néanmoins, il y a un changement. Durant ces dernières années, le Japon a connu le plus faible taux de pêche à la baleine. Est-ce grâce aux ONG qui combattent les baleiniers ? On remarque que l’opinion public japonais est plus sensible à cette cause et réduit sa consommation de baleine. La chasse ne devient, en vérité, plus rentable. C’est une avancée mais tout reste encore à faire. La CITES a un peu changé les mentalités mais elle n’a pas assez de poids sur les Etats et des problématiques se posent toujours, tel que celui des sanctuaires baleiniers violés impunément.

J’ai également visionné Black Fish… Je me prononce contre le commerce qui est fait dans une époque où l’esclavage est considéré comme une abomination mais que l’on continue à pratiquer sur les animaux. Je ne mettrai plus un pied dans un aquarium, ni dans un zoo, où l’on expose encore vivant des animaux pour satisfaire un public friand de sensations et de … magie (?). Cessons cet orgueil et cette cupidité qui caractérisent une humanité égocentrique. Il s’agit d’écouter le chant de la baleine, profond et mélancolique, pour se rendre compte que d’autres espèces vivent avec nous sur cette Terre. La biodiversité est vaste ! Immense ! Devenons l’Humanité de demain, cette Humanité qui accepte cette diversité d’êtres qui l’entourent et qui cherche à en prendre soin et non à la détruire. Cétacé à la fin !

Note personnelle : Après avoir visionné le documentaire Black Fish, j’ai appris que la nageoire dorsale d’un orque mâle est toujours haute et droite dans son milieu naturel. Il n’en est pas de même chez les mâles vivant en captivité. La nageoire dorsale tombe. L’on ne peut pas trouver signe plus
flagrant d’un mal-être chez l’animal.

Orque en liberté

Orque en liberté

Orque en captivité
Orque en captivité