souris verte

Recette du Chili Sin carne

Pour 6 personnes:

50 g de protéines de soja texturées (en petits morceaux)
1 cube de bouillon de légumes
1 c.à.c de miso d’orge, une autre bien grosse d’ail moulu
3 c.à.c et demi de cumin moulu
3 c.à.s d’huile d’olive
1 oignon, 1 carotte, 3 gousses d’ail
2 c.à.c de coriandre moulue
1 c.à.c d’origan séché
1.5 c.à.c de paprika
piment de cayenne
2 c.à.s de tamari
800g de tomates concassées
500g de haricots rouges cuits
100 g de mais doux

Mélanger les protéines de soja avec le bouillon, le miso, une demi c.à.c. d’ail et de cumin moulu. Couvrir le tout d’eau et laisser reposer oklm tout ça en mode soin hydratation pendant 30 minutes max. (faire bouillir l’eau avant)

Faire revenir l’oignon et l’ail émincés dans une poêle avec l’huile, ajouter la carotte coupée en dés puis le reste des épices, ensuite les protéines avec le tamari.
Bien mélanger tout ça et faire cuire quelques minutes.
Ajouter les tomates et laisser cuire à nouveau quelques minutes…
Faire baisser le feu à “doux” puis ajouter les haricots rouges et le maïs doux puis laisser chauffer à feu doux 20 minutes.
Puis enfin : à table !

Pourquoi l’écologie doit être anticapitaliste

« Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » — Kenneth Boulding

L’écologie est-elle de gauche ? D’extrême-gauche ? De droite ? Aucun des deux ? Un peu des deux ? Voilà une question qui revient régulièrement dans les sphères écolos et au-delà. Parmi ceux qui se revendiquent « écolos », on trouve un peu de tout : des décroissant-e-s, des communistes, des fans de « croissance verte », et même des nationalistes. L’écologie est devenue un incontournable, et tout le monde ressent le besoin de s’en revendiquer d’une façon ou d’une autre, quitte à l’arranger à sa sauce.

Pour essayer de remettre un peu les choses à leur place, les écolos ont pris l’habitude de se revendiquer de « l’écologie politique », et pas juste de la protection de l’environnement. Avec ce terme, on admet que l’écologie ne peut pas juste se préoccuper des enjeux purement environnementaux : on reconnaît que les dégradations environnementales sont les conséquences d’un système défaillant, et notamment d’un système économique. Logiquement, il est plus important de se concentrer sur la racine de la maladie que sur ses symptômes : changeons le système, pas le climat !

Mais en l’occurrence, notre système économique actuellement, c’est le capitalisme. Ça veut dire que l’écologie est contre le capitalisme ? Sur ce sujet, personne n’est vraiment d’accord. C’est en partie lié au fait que derrière le « capitalisme », on met un peu tout et n’importe quoi, sans vraiment savoir ce qu’on met derrière ce mot.

Je propose avec ce court article de montrer pourquoi la défense de l’environnement n’est tout simplement pas compatible avec le capitalisme, et que s’en débarrasser est une condition nécessaire (mais pas suffisante) pour sauver la planète.

Oui, c’est un gros morceau, et je ne prétends pas épuiser le sujet dans les lignes qui vont suivre. Mais pas de panique, on va y aller doucement et, je l’espère, ouvrir des pistes des réflexion. On va procéder en trois grandes étapes :

  • Définir le capitalisme et pourquoi il menace l’environnement
  • Démontrer pourquoi le marché ne peut pas résoudre le problème écologique par lui-même
  • Expliquer pourquoi même l’État ne peut pas réguler le capitalisme pour le rendre « vert »

Allez, on lève le poing gauche, on ouvre Le Capital, et c’est parti : Hasta la victoria siempre !

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Pourquoi le capitalisme menace l’environnement ?

Première question incontournable : le capitalisme, c’est quoi ? Se revendiquer anticapitaliste, c’est très tendance dans beaucoup de milieux de gauche, mais on ne sait pas toujours ce que ça veut vraiment dire, et souvent ça recouvre un peu tout ce qu’on n’aime pas dans l’économie.

Pour cette fois, on va prendre une définition relativement simple : le capitalisme, c’est la propriété privée des moyens de production. Les « moyens de production », c’est tout ce qui est nécessaire pour produire des richesses à part le travail : les ressources, les machines, les bâtiments… Quand on parlera de « capitalisme », on parle donc du « mode de production capitaliste » : un système dans lequel les moyens de production n’appartiennent pas à celles et ceux qui travaillent mais à des « capitalistes ». (1) On ne parlera pas aujourd’hui de « l’esprit du capitalisme », de l’individualisme, etc.

Ici, la propriété des moyens de production n’implique pas juste qu’on a notre nom dessus. Par cette propriété, les capitalistes ont le privilège de déterminer ce qu’on produit, qui le produit, comment, en quelle quantité…

Dans l’analyse marxiste, le fait que les travailleur-se-s ne soient pas propriétaires des moyens de production autorise ceux qui les possèdent, et qui embauchent les travailleur-se-s, à extraire une « plus-value ». Pour faire court, la plus-value, c’est la différence entre le prix d’une vente d’une chaise (disons 20€) et le salaire qu’on donne au/à la travailleur-se qui a produit cette chaise (disons 8€). Le capitaliste a donc retiré 12€ de plus-value sans avoir effectivement produit la richesse : c’est ce que Marx appelle l’exploitation.

Le truc, c’est qu’un tel système implique que les capitalistes (qui contrôlent la production) recherchent une seule chose : avoir le maximum de plus-value. Or, les capitalistes doivent sans cesse réduire leurs coûts pour survivre à la concurrence des autres capitalistes. Ils doivent donc entre autres remplacer de plus en plus les humains par des machines, et donc avoir de moins en moins de plus-value en moyenne (puisqu’on ne peut pas en prendre aux machines). C’est pour Marx la contradiction fondamentale du capitalisme.

Soit, mais quel rapport avec l’écologie ? Eh bien, pour contrecarrer cette tendance à la réduction du profit, une solution privilégiée : produire toujours plus ! La logique unique du capitalisme, c’est de produire toujours plus pour accumuler toujours plus de capital, et ce de façon illimitée. Joseph Schumpeter le disait déjà : « un capitalisme sans croissance est une contradiction dans les termes ». (Evidemment, une autre solution serait d’augmenter toujours plus la productivité, mais on ne peut pas l’augmenter indéfiniment.)

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Le marxisme pur jus se concentre surtout sur l’injustice que représente ce système. Mais nous, en tant qu’écolos, nous savons aussi que produire toujours plus, c’est exploiter toujours plus l’environnement, puisqu’on ne peut pas produire sans énergie et sans ressource. Ça n’a jamais représenté un problème pour les économistes, jusqu’à ce que les écolos pointent du doigt l’évidence que l’énergie fossile et les ressources sont limitées (2). Bref, puisque le productivisme est donc nécessairement au cœur du capitalisme, il n’a aucune raison de ne pas polluer et exploiter toujours plus la planète.

Le problème, c’est que le capitalisme est de plus en plus « laissé à lui-même » justement. Une des grandes thèses de Karl Polanyi (La Grande Transformation, 1944), c’est que la sphère économique a pris une autonomie croissante vis-à-vis du reste de la société : c’est ce qu’il appelle le « désencastrement de l’économie ». Par le développement du marché, le capitalisme n’obéit qu’à sa propre règle et à aucune autre : plus de production et plus de profit. Toutes les décisions concernant la production (qui, quoi, comment…) dont on a parlé plus haut seront donc guidées par cet impératif de profit.

 

Pourquoi ça ne va pas se régler tout seul ?

Résumons : le capitalisme a pour but de produire toujours plus, donc de polluer et d’extraire toujours plus, et ce but est de plus en plus indépendant de la société. Sa marche « normale » implique donc une destruction croissante de l’environnement. Pourtant, de nombreux économistes soutiennent que, par lui-même, le capitalisme va résoudre la crise écologique. C’est un des mantras du libéralisme depuis toujours : peu importe le problème que rencontre le marché, il suffit de ne surtout toucher à rien pour que tout s’arrange spontanément.

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Commençons pour réfuter l’argument selon lequel, le capitalisme ayant besoin de ressource pour produire, il va nécessairement faire attention à ne pas les épuiser. Ce serait vrai s’il n’existait qu’un seul producteur pour le monde entier. Mais l’existence des marchés et de la concurrence implique un phénomène de passager clandestin : chaque producteur individuellement a intérêt à exploiter au maximum les ressources, au détriment de l’ensemble des producteurs. Il n’existe pas de « main invisible » : l’égoïsme de chacun-e n’aboutit pas au bonheur de tou-te-s.

Raisonnons par l’absurde. Si le raisonnement de l’auto-régulation était vrai, les prix du pétrole et du charbon devraient augmenter au fur et à mesure que ceux-ci se font plus rares. Or, ce n’est absolument pas le cas : le prix du pétrole est aujourd’hui au plus bas, sous les 50$, le charbon est également très peu cher. Ces prix en baisse, sans aucun rapport avec les coûts sanitaires et écologiques qu’ils engendrent, empêchent complètement toute transition énergétique puisque celle-ci est de moins en moins rentable à mesure que le prix des énergies fossiles baisse.

aoeaoSource : BP Statistical Review, 2015. Et encore, aujourd’hui c’est plus bas ! (environ 50$)

L’ensemble du raisonnement de “l’auto-régulation” repose sur ce qu’on appelle la « courbe de Kuznets environnementale ». Se fondant sur les travaux de Kuznets sur les inégalités, l’idée est globalement celle-ci : plus l’économie se développe, plus on va polluer, mais à partir d’un certain point la modernisation de la production réduirait cette pollution puisque notre « efficacité énergétique » s’améliorera. Ce sont les thèses du « capitalisme vert ».

aoeaoLa courbe de Kuznets environnementale. Promis, j’arrête les graphiques maintenant !

D’abord, cette hypothèse de « courbe en cloche » est purement théorique et ne se vérifie pas dans les faits. Très peu de pays, même parmi les plus développées, sont parvenus à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Même si celles-ci baissent cela signifie surtout qu’elles ont été « exportées » dans les pays en développement : en clair, la France délocalise sa pollution en Chine et importe ensuite les produits chinois.

Mais le raisonnement est lui-même à côté de la plaque. Si l’efficacité énergétique augmente, cela veut juste dire que pour produire une unité, on utilise moins d’énergie. Mais si les quantités produites continuent à augmenter, ça compensera cette économie… Nous sommes toujours plus efficaces, mais cela ne fait qu’augmenter nos besoins en énergie. Dans le jargon on appelle ça « l’effet rebond ». Et puis, comme nous l’avons dit plus haut, l’amélioration de l’efficacité énergétique ne peut pas être infinie, tandis que la course à la plus-value, elle, ne connaît pas de limite.

Et puis, même en admettant l’hypothèse hautement improbable que les marchés finiraient un jour par devenir écolos, il faut encore tenir compte du temps, et des phénomènes irréversibles. Parce que si la « loi du marché » décide de réduire sa pression sur l’environnement dans 100 ans, quand toutes les catastrophes écologiques irréversibles sont déjà passées (réchauffement climatique, montée des eaux, disparition des espèces, déforestation…), ça nous fera une belle jambe.

Il faut donc distinguer la logique du capitalisme, et ses effets. Le fait qu’il y ait un développement croissant de « l’économie verte » (énergies renouvelables, dépollution, etc.) signifie simplement que ces secteurs sont rentables et génèrent du profit, pas que le capitalisme est devenu soutenable. Si le capitalisme est écolo, ce n’est que « par accident » : que le vent change, qu’un autre secteur devienne plus rentable, et ce sera fini.

 

Pourquoi on ne peut pas rendre le capitalisme vert ?

On a donc bien compris que, laissé à lui-même, le capitalisme ne peut aboutir qu’à la destruction de l’environnement et que le salut ne viendra pas « de l’intérieur ». Mais alors, pourquoi ne pas simplement le réguler politiquement, « de l’extérieur » ? En effet il serait caricatural de considérer que depuis 50 ans, les autorités (étatiques ou internationales) seraient restées les bras ballants devant la destruction mécanique de l’environnement par le capitalisme. Mais nous allons voir qu’essayer de réguler le capitalisme sans le remettre en cause, ça ne marche pas vraiment.

La première chose qui a été essayée pour contrôler les ravages environnementaux du capitalisme, c’est essayer de remettre les choses à leur juste prix. En effet, pour les économistes, si les producteurs polluent, c’est qu’ils ne comptent pas dans leur calcul le coût nécessaire à la réparation de cette pollution, par exemple celui de nettoyer une rivière. Normal, puisqu’ils ne les paient pas. Ces coûts ignorés sont appelés des « externalités ».

Une solution est donc de faire payer les pollueurs, par exemple par une écotaxe. Si le patron de l’usine doit payer pour la dépollution de la rivière qu’il a pourrie, il va logiquement moins polluer, et l’environnement sera sauvé !

Fantastique, n’est-ce pas ? Si seulement… Ce raisonnement fonctionne assez bien dans le cas de notre rivière, puisque la pollution est bien localisée et qu’on peut la réparer. Mais les problèmes écologiques ne se réduisent pas aux pollutions : à moins de penser qu’on peut faire redescendre le climat, ressusciter les espèces disparues, et restaurer les écosystèmes si seulement on y met le bon prix, « internaliser les externalités » ne sauvera pas l’environnement. Eh oui : la technologie ne peut pas, et ne pourra sûrement jamais remplacer totalement la nature.

Et puis il y a d’autres problèmes : comment chiffrer le prix de l’espèce « abeille », de l’Antarctique, du Sahara ? On en serait réduit-e-s à une vision très anthropocentrée où seuls ont de l’importance les choses qui sont utiles aux humains. Globalement, ces solutions essaient davantage de répondre aux problèmes causés par le marché avec encore plus de marché. C’est bien sûr : le problème de la nature, c’est qu’elle n’a pas de prix. Si elle en avait un, on pourrait la gérer correctement !

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Il faudrait aussi parler ici des marchés du carbone, mais cet article est déjà long et je ne veux pas vous assommer. Je vous redirige donc vers l’ouvrage de Daniel Tanuro cité en fin d’article, et en attendant vous serez obligé-e-s de me croire sur parole quand je vous dis que ces marchés du carbone rencontrent les mêmes impasses que les autres tentatives de rendre le capitalisme vert, car ils sont soumis à de fortes pressions et une spéculation inouïe.

Une autre possibilité, c’est d’interdire simplement l’utilisation de certaines ressources. On l’a fait avec l’amiante (interdit en France en 1997), on l’a fait avec les CFC qui détruisaient la couche d’ozone (protocole de Montéral en 1987). Et ça a marché ! On voit d’ores et déjà que ce qui a été plutôt efficace, ce ne sont pas des solutions de marché, mais des actions politiques claires. Cependant, encore une fois, si cette méthode fonctionne plutôt bien pour ce type de pollutions « simples », elle ne sauvera pas non plus l’environnement.

En effet, dans le cas de l’amiante comme des CFC, les interdire ne changeait pas grand-chose au paysage économique. Il y avait dans les deux cas des alternatives plutôt simples et qui ne remettaient pas vraiment en question les profits ou le système énergétique. Mais si on parle du dérèglement climatique, les gaz à effet de serre produits par les énergies fossiles sont bien plus fondamentaux pour notre système économique. On le sait, pour éviter la catastrophe, une seule solution : laisser les énergies fossiles dans le sol (Break Free !). Or, ça revient très exactement pour les entreprises à s’asseoir sur du capital, et donc leur demander d’aller contre la logique fondamentale du capitalisme : faire du profit. Et les capitalistes s’opposeront donc à ces décisions politiques avec toute la force qu’on leur connaît : lobbying, captation de brevets, corruption, chantage… De fait, les COP successives depuis plus de 20 ans n’ont jamais abouti à une réglementation claire concernant les gaz à effet de serre.

 

Du coup, on fait quoi ?

On récapitule. Le capitalisme laissé à lui-même détruit l’environnement. Il ne va pas arrêter par lui-même, et les tentatives de le verdir paraissent vouées à l’échec.

A la question : peut-on réguler le capitalisme ? La réponse est : peut-être un peu, à condition d’aller fondamentalement contre la logique de celui-ci. Mais alors, pourquoi continuer à essayer de faire faire à un système l’exact opposé de ce vers quoi il tend ? Pourquoi mettre toutes nos forces à essayer de passer la serpillère le mieux possible après les décisions des capitalistes quand ils mettent toutes leurs forces pour faire le maximum de profit au détriment de l’environnement ? N’est-ce pas un formidable gaspillage d’énergie ?

On a vu que par la propriété, les capitalistes ont le privilège de décider comment on produit, et qu’ils le font selon une logique purement orientée vers les profits. La seule vraie solution à la crise écologique, c’est de faire en sorte que les décisions de production soient, à la racine, soumises aux limites de l’environnement : réencastrer l’économique dans le politique. Qui est à la base de la souveraineté politique ? Le peuple. Conclusion logique : la propriété des moyens de production doit revenir aux citoyen-ne-s. Tadam ! Nous venons ensemble de conclure à la nécessité de la fin du capitalisme.

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Evidemment, une fois qu’on a dit ça, tout n’est pas réglé. Considérer que choisir comment on produit est une question politique qui doit être tranchée par le débat et pas par les patrons ne garantit bien sûr pas que l’environnement sera immédiatement sauvé. Nous ne sommes pas dans un monde de bisounours, et si la démocratie produisait automatiquement l’écologie on ferait autre chose de nos journées que de militer avec nos drapeaux verts. De fait, l’URSS n’était formellement pas capitaliste, et on ne peut pas dire qu’elle ait protégé l’environnement.

Mais ce qui est important, c’est que retirer la propriété aux capitalistes pour la donner aux citoyen-ne-s ouvre la possibilité d’une production écologique. Tant qu’on reste dans le capitalisme, la logique des profits sera incompatible avec l’écologie. S’en débarrasser est donc une étape nécessaire, mais pas suffisante pour empêcher la catastrophe environnementale.

Je n’ai pas pour but ici de déterminer quel système de production permettrait de rendre compatible économie et écologie. Une piste est proposée par l’éco-socialisme, dont Daniel Tanuro est un des promoteurs. (3)
Toutefois, et pour ouvrir le débat, je pense par exemple que donner aux travailleur-se-s la propriété des moyens de production n’est pas suffisant : rien ne dit que leurs logiques de décisions seront plus écolo-friendly que celles des capitalistes. Il faut donc ouvrir à un public plus large la propriété, selon un principe somme toute assez raisonnable : « celles et ceux qui sont concerné-e-s par la décision ont voix au chapitre ». (4)

J’espère vous avoir convaincu que, si l’écologie ne peut se permettre d’être une simple défense de l’environnement sans projet de société, elle ne peut non plus situer ce projet politique dans le capitalisme, car celui-ci est intrinsèquement incompatible avec l’écologie. Oui, l’écologie politique doit être anticapitaliste : reste à savoir comment !

 


(1) Bon, en vrai, c’est plus compliqué que ça : aujourd’hui il y a plein de gens (cadres sup’, PDG, etc) qui ne sont pas possédants des entreprises mais qui défendent (plus ou moins) les intérêts des dirigeants. On va garder les choses simples pour aujourd’hui et laisser la division capitalistes/travailleur-se-s (retour au texte)

(2) Les énergies solaires et éoliennes sont certes renouvelables, mais pas les ressources nécessaires à la construction d’éoliennes gigantesques et de champs de panneaux solaires nécessaires à une demande indéfiniment croissante. Pour approfondir ça, je vous conseille le livre de Philippe Bihouix, L’âge des low techs, (Seuil 2014) (retour au texte)

(3) Pour aller plus loin, je vous invite à vous procurer son ouvrage que tout bon écolo devrait avoir dans sa bibliothèque : L’impossible capitalisme vert (La Découverte, 2012). Deux articles de lui si vous n’avez pas peur des sites trotskystes : ici et (retour au texte)

(4) La forme des SCIC (sociétés coopératives d’intérêts collectif) est en cela assez intéressante : des coopératives détenues par ses salarié-e-s, mais aussi par ses client-e-s, les riverains, des acteurs associatifs, administratifs… (retour au texte)

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Professeur de sociologie (heures pleines) et économie (heures creuses).

Réflexions autour du film Captain Fantastic de Matt Ross.

 

Peu de films parviennent à retranscrire avec authenticité l’utopie libertaire sans tomber dans le manichéisme ou la condescendance du monde civilisé. C’est pourtant ce que réussit brillamment un petit film indépendant du nom de Captain Fantastic. Et si l’adjectif indépendant n’est pas usurpé, c’est parce que l’affiche arbore fièrement les logos des festivals de Deauville et du Sundance (et ça, ça ne trompe pas).

Le film nous raconte l’histoire d’une famille composée d’un père et de ses 6 enfants vivant en quasi autarcie dans les bois. Entre le sport au grand air, les lectures philosophiques et la musique autour du feu, le cadre est idyllique. Un jour que le père part avec son fils aîné récupérer le courrier à la Poste locale, il apprend que sa femme hospitalisée pour des problèmes de santé, s’est suicidée. S’ensuit alors un road-trip pour se rendre aux funérailles et retrouver le reste de la famille. Entre le choc des cultures et la famille qui le croit responsable de la détresse de sa femme par leur marginalisation, le voyage questionnera les protagonistes sur leurs rapports au monde civilisé.

A première vue, l’éducation des enfants laisse rêveur tant ils semblent épanouis et vif d’esprit. Un tel niveau philosophique ferait pâlir d’envie l’école des Amanins fondé par Pierre Rabhi, sauf que … Sauf que nous sommes de l’autre côté de l’Atlantique et les communautés post-hippies tiennent davantage du survivalisme que de la non-violence. Il ne faudra donc pas s’étonner des scènes de chasse (vegan sensibles, s’abstenir) ou de voir des enfants avec des étoiles dans les yeux lorsqu’ils se font offrir couteaux et autre arc à flèche. Les séances d’entraînement dignes des écoles militaires nous feront hésiter à les signaler au service de l’enfance le plus proche.

Mais une autre question se pose à moi : est-il cohérent de traiter d’une famille marginalisée avec un genre aussi conventionnel que le road-movie ? Et la réponse est bien évidemment oui. Poser l’équation genre conventionnel = absence de critique c’est avoir une vision très binaire du système de production. C’est oublier que le road-movie a toujours été employé pour exprimer la philosophie libertaire et échapper aux normes de la société. La défiance de l’autorité était au cœur du Nouvel Hollywood dans les années 70 et on battait le bitume dans La ballade sauvage de Terrence Malick, Bonnie and Clyde d’Arthur Penn et Easy Rider de Denis Hooper. Le road-movie a aussi traité de l’exclusion des séropositifs dans The Living End de Gregg Araki, du diktat de la beauté à travers les concours de mini-miss dans Little Miss Sunshine et des médias abrutissants dans le méconnu et trash God Bless America.

Pour en revenir à notre film, si les enfants ont parfaitement intégrés l’esprit révolutionnaire de Noam Chomsky (cité plusieurs fois dans le métrage), ils sont beaucoup moins coutumiers du concept de violence symbolique de notre Pierre Bourdieu national. En effet, une grande partie des difficultés à se faire comprendre par la société réside dans le décalage de capital culturel avec les autres protagonistes, amenant parfois à de la condescendance pas très Charlie. Ce défaut se retrouve fréquemment dans les milieux d’extrême-gauche et écologistes. Je sais de quoi je parle car j’en suis souvent un digne représentant. Le film permet de prendre du recul en montrant des personnages conciliants qui, malgré leurs préjugés sur les hippies, font passer l’harmonie familiale avant tout et se montrent compréhensifs. La tolérance est alors plus du côté des urbains.

Définitivement, Captain Fantastic n’est pas un film qui oppose les survivalistes au monde civilisé. Il n’est pas noir ou blanc mais de toutes les couleurs, de tous les tons, du vert des forêts de l’état de Washington au rouge du costume de cérémonie funéraire (où pourtant les invités sont en costume noir et blanc). Il parvient à faire la synthèse en appelant à tolérer toute les opinions. Il est à ranger aux côtés d’Into the Wild et du documentaire Grizzly Man de Werner Herzog. Car ceux-ci, au-delà de l’exaltation de la Nature, sondaient avant tout l’âme humaine avec justesse.

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Jacques Pâris de Bollardière, mon héros militaire, pacifiste et écolo-swagg

« La guerre n’est qu’une dangereuse maladie d’une humanité infantile qui cherche douloureusement sa voie. La torture, ce dialogue dans l’horreur, n’est que l’envers affreux de la communication fraternelle. Elle dégrade celui qui l’inflige plus encore que celui qui la subit. Céder à la violence et à la torture, c’est, par impuissance à croire en l’homme, renoncer à construire un monde plus humain ». Jacques Pâris de Bollardière.

Il n’y a pas si longtemps à l’échelle de Brigitte Bardot, nous n’étions que des bambins. Avec toute notre petite imagination, nous pouvions recréer le passé et toute sa vivacité dans le présent, juste en fermant les yeux. Beaucoup de garçons et de jeunes filles ont eu la chance de s’imaginer occire et massacrer des millions de méchants à la seule évocation d’une bataille légendaire ou historique. Ça c’est bien, car les enfants ne tuent jamais et ont le droit de rêver car ils ne votent pas. Tout de suite, quand on devient adulte, il faut tuer les autres pour de vrai, c’est quand même moins drôle. Et puis on ne rêve plus l’Histoire, on la vit, c’est aussi plus de responsabilités..

Moi, au rang de mes héros, il y a plusieurs Jacques. J’ai déjà parlé de Lusseyran, le philosophe aveugle déporté. Mais il y a aussi dans mon deck Jacques Paris de Bollardière (1907-1986), et sa vie mérite d’être connue.

Jacques descendait d’une famille noble bretonne, de militaires colonisateurs, shootés à la IIIème République et au catholicisme. Papa officier mort pour la patrie, grand frère aussi, Jacques voyait tout tracé son chemin qui le mènerait jusqu’au grand compost de la vie, dans la joie la plus fraternelle il était censé donner sa vie à la Feurance.

Ce plan de carrière marcha plutôt bien au début : un petit tour par l’école militaire de Saint-Cyr en 1927, puis le grand bain de la seconde guerre mondiale dans lequel il se plongea en se portant volontaire pour diriger une brigade de la légion étrangère, celle-là même qui se retrouve toujours à crever en première ligne pour la Feurance. Il participe à la campagne de Narvik où il bouillave la Kriegsmarine, puis ultra dég de la fessée française, file en Angleterre. Il participe à la bataille d’El Alamein en 1942 avec sa légion où il marche sur une mine, file à l’hôpital pour 6 mois avant de revenir en Albion pour se former à la résistance et à la clandestinité. Il devient parachutiste et on le balance dans les Ardennes avec sa bite et son couteau où il parvient à organiser le maquis au nez et à la moustache en brosse à dent des Nazis. Là il fait connaissance avec un vieux démon de l’humanité où excelle le sadisme raffiné de l’Homme : la torture. Il refuse de la pratiquer et de jouer le jeu de la Gestapo : pour lui, la torture rabaisse l’être humain à une simple souffrance, et encore plus le tortionnaire à une sous merde. Jacques est militaire, pas monstre.
Sa vision militaire manichéenne prend aussi un coup quand il se rend dans l’Allemagne année 0. Jacques gamberge et réfléchit, la guerre engendre un flot d’horreur, mais que faire.. Son régiment de parachutiste est ensuite envoyé en Indochine où Bollardière y reste toute la guerre, toujours au front à commander, toujours les pieds dans la merde. L’homme dans l’uniforme comprend alors qu’une armée luttant contre tout un peuple qui recherche sa liberté ne peut que tomber dans une répression folle, un peu comme un Pokémon s’infligeant ses propres dégâts voyez. Jacques dira par la suite : « C’est une une logique inéluctable : l’armée qui se bat contre un peuple tend à glisser de plus en plus vers une violence de moins en moins contrôlée, car l’ennemi c’est le peuple : les femmes, les enfants et les vieillards d’un village.. ». L’ancien maquisard comprend alors l’impasse et la rupture qui s’opère entre l’armée, les politiques et le peuple. Et vla t’y pas qu’on l’envoie en Algérie, pour l’officielle « opération du maintien de l’ordre » qui y durera de 1954 à 1962.

D’une intelligence rare, Bollardière comprend que l’on ne sortira pas de ce conflit par le sang et la confrontation comme le souhaitent les bureaucrates parisiens. Il prend de jeunes soldats sous sa responsabilité et incite ses bidasses à se mélanger à la population musulmane locale, sans armes, à partager leur culture et leur quotidien pour que le fossé entre les cultures et les civilisations n’engendrent pas que son ordinaire et quotidien flot de haine et de violence . Et cela fonctionne, le dialogue fonctionne ! Dans la région où Bollardière a déployé ses « commandos noirs », quasi aucun attentat n’est perpétré par le FLN, alors que dans les autres régions, c’est un massacre crescendo. Le militaire pacifie et en novembre 1956, passe général.

Mais la situation globale reste merdique, et bientôt le général Massu se voit donner les quasi pleins pouvoirs pour stopper le FLN et redorer le blason d’une armée qui ne souhaite pas enchaîner une deuxième défaite. Alors la directive Massu passe, et elle incite clairement à faire usage de la torture pour bloquer le FLN. On rafle, on coule dans le béton les pieds d’algériens pour ensuite les balancer en hélicoptère dans le port d’Alger (une invention française, cocorico, les Argentins nous la piqueront plus tard) et on fait tourner la gégène à s’en déboîter le bras. Le pays des droits de l’Homme en est alors à son top raffinement depuis la Terreur, 3000 algériens au moins mort sous la torture.

C’en est trop pour Jacques qui se décide à casser la baraque. Non, il ne cautionnera pas ni par ses actes ni par son nom, une torture digne de celles des Nazis qu’il a combattu autrefois. Bollardière envoie chier Massu (« qui ne faisait qu’exécuter les ordres politiques ») et ses paras, ainsi que de Gaulle. Il s’exprime publiquement dans L’Expresse pour dénoncer la torture et prend 60 jours de forteresse. On l’éloigne du terrain, et il finit par démissionner de l’armée en 1961 avec le putsch des généraux, il dira : « « le putsch militaire d’Alger me détermine à quitter une armée qui se dresse contre le pays. Il ne pouvait être question pour moi de devenir le complice d’une aventure totalitaire. ». REP A SA DE GAULLE

Jacques est alors un tournant de sa vie. Fini l’armée, fini l’homme qui fut chef des Paras, Grand-croix de la légion d’honneur, compagnon de la libération, Croix de guerre française et belge, et même décoré du Distinguished Service Order. Jacques est libre et retourne en Bretagne, Jacques va se battre avec sa femme Simone pour les causes qui lui paraissent juste, mais Jacques va rester dans le badass game.

Après avoir fait un tour dans une entreprise où l’ancien militaire est essoufflé par la hiérarchie économique, aussi chiante que la précédente, Bollardière méprise la soumission des Hommes à la production déraisonné, il dira « c’est quoi ce monde qui part en yekou là ». Alors il se lance dans la bataille de la non-violence au coté de sa femme, sans virer au hippie, Jacques reste Jacques, il veut juste que tout le monde s’aime bordel de merde. Il donne des collocs mais reste avant tout un homme d’action : c’est l’épisode du COMMANDO BOLLARDIERE en 1973.

Inspiré par les débuts de Greenpeace en 1971, Bollardière et trois compères (Jean Toulat, Jean-Marie Muller et Brice Lalonde) décident de reprendre leur mode opératoire : aller en bateau sur les zones d’essais nucléaires (ici Moruroa) pour les stopper et faire remonter dans les médias les petites magouilles des États qui font joujou avec l’atome en éclatant des îles paradisiaques. Tranquillou, la marine arraisonne son voilier en dehors des eaux territoriales. L’action n’aura pas été vaine car elle aura quand même été reprise par les médias et provoque un débat public. Manquant à ses obligations de réserve, le général Bollardière est mis à la retraite d’office par mesure disciplinaire sur ordre du conseil des ministres. Du tac au tac maggle, Jacques renvoie sa plaque de grand officier de la légion d’honneur à Pompidou. Et biiiim la Feurance !

Jacques se joindra aussi à la lutte pour le Larzac où il trouve l’espoir et les étincelles d’un monde meilleur. Plutôt du côté des paysans que des bétonneurs casqués.
Il meurt en 1986, laissant derrière lui une vie folle, faites de tous les combats possibles.

Bollardière, c’est mon action man à moi, sensible à l’environnement, fidèle à lui-même et à ses convictions, il aura passé toute sa vie à lutter contre l’ignorance et pour la paix, à l’instar d’autres grands hommes et femmes qui ont connu la guerre et se sont battu pour la paix, comme Paul Teitgen, Marguerite Fontaine, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Jean Toulat, et j’en passe..

Jacques, repose en paix, tu mérites la gloire mais tu n’en veux pas, tu es trop bon et humble.

Merci à Martin pour m’avoir fait découvrir Jacques de Bollardière, et merci à tous ceux qui luttent encore aujourd’hui pour un putain de monde meilleur. Go hippie.

Source : Wikipédia et grosso modo ce très bon film d’André Gazut qui s’était vu refusé sa diffusion en France au moment de sa sortie..

Quoi tu connais pas la capsule wardrobe ?

Quoi tu ne connais pas la #capsule wardrobe ?

Quand on aime le shopping, il nous arrive d’abuser. Un achat en entraîne un autre, et les évènements comme les soldes ou l’envie inextricable de dépenser à la rentrée ont pour conséquence un amoncellement de vêtements, accessoires et chaussures dans nos armoires.
Si vous venez d’ouvrir les yeux sur les conditions de fabrication et l’impact écologique de nos achats compulsifs (un article entier serait à faire) ou tout simplement parce que vous vous sentez étouffé-e sous ces tas d’articles souvent non portés dans votre 20m², il est temps d’adopter un nouveau modèle de consommation : la capsule wardrobe.

La capsule wardrobe ou en français garde-robe minimaliste, est un principe qui qualifie un phénomène de diminution des « déchets » dans notre penderie. Le but est de garder que quelques vêtements qui peuvent aller les uns avec les autres, et s’en contenter. Cette capsule change deux fois dans l’année, pour l’été et l’hiver. On peut ajouter ou échanger des vêtements de la garde-robe mais le nombre de pièces doit toujours rester le même pour éviter l’accumulation.
Cependant comment choisir les pièces de la capsule ?

– Les vêtements de la collection capsule sont des pièces qui nous vont bien : la coupe convient à votre morphologie, les couleurs ne jurent pas avec votre carnation, ce sont des vêtements que vous affectionnez.
– Les matériaux utilisés sont respectueux de l’environnement et durables dans le temps au possible.
– Toutes les pièces de la garde-robe peuvent s’associer pour créer différentes tenues sans avoir l’impression de porter la même chose.

Les filles comme pour les garçons, aussi déterminé-e-s qu’ils ou elles soient dans leur quête du minimalisme peuvent trouver difficile le fait de se restreindre face aux nouvelles tendances et à la pression sociale qui en découle. Néanmoins comme disait Coco Chanel « la mode se démode, le style jamais » : et cela n’a jamais été aussi vrai aujourd’hui. Alors si vous n’êtes pas convaincu-e-s, je vous conseille d’observer le phénomène notamment sur Youtube. De nombreux-ses adeptes montrent comment ils ou elles ont réussi leur capsule wardrobe et de comment être dans l’air du temps tout en portant régulièrement le même vêtement. Ces youtubeur-se-s donnent des idées sur les pièces à garder – comme le t-shirt blanc basique ou le jean slim bleu – mais aussi des conseils pour trouver votre propre style en se contentant de peu. Les mix-and-match rendent presque imperceptible la redondance de la pièce dans vos tenues : c’est la clé d’une capsule bien menée.

Est-il vraiment nécessaire d’adopter ce mode de consommation ? On peut en tout cas noter que l’impact écologique est énorme. En privilégiant le troc, l’occasion (voire les sites comme Vinted, Vestiaire Collectif), ou le « non mass market » (c’est-à-dire les petits artisans) pour la capsule, on s’attaque au système entier de la grande distribution. On s’oppose à la publicité, au désir constant du nouveau qui s’affadit à la seconde ou l’objet nous frôle les doigts et on cesse du jour au lendemain d’être une marionnette.
Ce t-shirt vendu 5 euros chez H&M, c’est seulement 1,40 pour le Bengladesh où il est fabriqué, et 5000 litres d’eau gaspillés pour du coton. C’est également des produits toxiques utilisés qui entraînent la mort de milliers de travailleurs et travailleuses dans le monde mais aussi une dispersion de CO2 en continu à cause des transports.
Il est sans doute bien difficile d’atteindre cet objectif pour de nombreuses personnes, mais il est possible d’y tendre petit à petit en donnant le superflu et en cessant les craquages intempestifs.
Alors, qu’allez-vous porter demain ?

Quelques chaînes Youtube traitant du sujet…


https://www.youtube.com/user/allinicolecherry

« Affaire du burkini » : de la morale et du droit

En cassant les arrêtés « anti-burkini » pris par plusieurs maires, le Conseil d’État a sifflé la fin de cette polémique née à la faveur de l’été, ce moment rêvé pour les médiocres qui souhaitent faire causer d’eux quand la presse n’a rien d’autre à se mettre sous la dent. Pourtant, le débat est loin d’être clos, et va certainement nous suivre durant toute cette année de campagne présidentielle, et au-delà.
Le propos de ce papier n’est pas de savoir si le « burkini » est bien ou mal, mais de comprendre le pourquoi de la décision du Conseil d’État.

L’ordonnance du Conseil d’État n’est pas une défaite des anti-burkini, ni une victoire des pro-burkini, c’est simplement un rappel des règles du jeu démocratique.
L’ordonnance du Conseil d’État n’est pas une défaite des anti-burkini, ni une victoire des pro-burkini, c’est simplement un rappel des règles du jeu. Le Conseil d’État a établi que l’arrêté contesté était contraire au droit. Il ne l’a pas fait par conviction partisane, mais en se basant sur les lois en vigueur en France et sur la jurisprudence. Un arbitre de foot qui siffle un coup-franc ne le fait pas pour faire plaisir à l’équipe qui en bénéficie, mais parce que les règles du jeu lui indiquent qu’il doit le faire au vu de la situation donnée. Le Conseil d’État ne dit pas que le « burkini », c’est bien ou pas bien, il dit qu’en l’état du droit, on ne peut pas l’interdire.

Quant à savoir si le « burkini » est un outil d’asservissement de la femme et de propagande islamiste, ou si au contraire son interdiction est un outil d’asservissement de la femme et un outil de propagande raciste, on peut trouver partout un paquet d’avis plus ou moins tranchés et plus ou moins argumentés, à chacun-e d’aller forger son opinion et d’en débattre.

Le propre des États de droit, c’est de séparer le droit de la morale
La France étant un État de droit, les mêmes règles s’appliquent à tout le monde (1), et chacun-e est bien forcé-e de les respecter. On ne peut donc pas interdire à quelqu’un de s’habiller comme il ou elle l’entend parce que ça ne nous plaît pas. Même si on est Maire voire même Premier Ministre, et même si les sondages d’opinion nous sont favorables.

Le propre des États de droit, c’est de séparer les règles qui s’appliquent à tou-te-s de la moralité personnelle de chacun-e. C’est ce qui permet de vivre ensemble, sans avoir forcément les mêmes opinions ni les mêmes modes de vie.

Bien sûr, l’état du droit est le reflet de ce qui est communément admis comme moralement acceptable, mais il le fait en fixant des règles précises. Ces règles sont les mêmes pour tou-te-s et s’appliquent à tou-tes, ce qui permet à chacune et chacun d’avoir une idée précise de ce qu’il ou elle peut faire ou ne pas faire, sans être inquiété-e d’être soudainement condamné-e à cause du bon vouloir d’un-e dirigeant-e capricieux-se. Vous pouvez être la pire des ordures nuisibles, tant que vous n’enfreignez pas le droit, personne ne pourra vous faire condamner pour votre bêtise ou votre méchanceté. A l’inverse, être la personne la plus sympa du monde ne vous empêchera pas de devoir payer votre amende de stationnement si vous n’avez pas mis assez de sous dans le parcmètre. Dura lex, sed lex.

Celles et ceux qui sont chargé-es de faire appliquer le droit le font en s’appuyant sur des éléments matériels : qu’est-ce qui est légalement interdit en droit, est-ce que vos actes ont contrevenu à ces interdictions ? Si le droit est sujet à interprétation, cette interprétation se fait en tenant compte non pas de l’avis qu’aurait tel-le dirigeant-e politique ou de l’opinion publique à un instant T, mais des lois en vigueur et de leur interprétation communément admise. Cette interprétation se fonde sur les décisions rendues auparavant sur des cas similaires (la jurisprudence). Dans tous les cas, en démocratie, le juge cherche à voir dans ses interprétations si une éventuelle limitation des libertés publiques ou individuelles au nom du respect de l’ordre public se justifie par des éléments matériels suffisants. Sachant que le maintien de l’ordre public vise justement à permettre le maintien des libertés (je résume grossièrement, si vous voulez en savoir plus, cliquez ici).

Même quand on se croit plus malin en invoquant un « trouble à l’ordre public » pour faire croire que notre interdiction est juridiquement motivée, on ne berne donc pas le Conseil d’État comme ça, il en a déjà vu d’autres. En l’espèce, la présence de femmes en « burkini » n’ayant jamais provoqué de trouble à l’ordre public, l’arrêté n’était pas justifié. Et sans aucun doute, si les autres arrêtés de la même espèce devaient atterrir sur le bureau de la plus haute juridiction administrative, ils subiraient le même sort. Pour rappel, le fait divers Corse qui a déclenché cette polémique n’a en rien été provoqué par un « burkini », mais par des gros débiles mal éduqués.

« Burkini » : c’est en disant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui ?
Puisqu’ils ne peuvent interdire le « burkini », quelques brillants penseurs se sont dit, « qu’à cela ne tienne, légiférons, nous l’avons bien fait pour la burqa ! » (2)
Pourquoi pas, mais même à imaginer que la loi soit votée, encore faut-il qu’elle ne soit pas censurée par le Conseil Constitutionnel.

D’abord un rappel : la loi « sur la burqa » est en fait une loi interdisant de masquer son visage dans l’espace public, sauf cas particuliers (voir la loi et son décret d’application). Elle est bien connue des militant-e-s politiques, puisqu’elle est utilisée dans le cadre de manifestations politiques pour interpeller les personnes au visage dissimulé (3). Cette loi a donc bien une portée générale, elle s’applique à tout le monde, et a été justifiée par le législateur par des raisons d’ordre public et de sécurité suffisantes pour que les juridictions constitutionnelle et européenne n’y trouvent rien à redire. On peut trouver cette loi bonne ou mauvaise, on peut la considérer ou non comme liberticide ou discriminatoire, toujours est-il qu’elle se fonde sur des éléments juridiques suffisamment solides pour respecter les grands principes qui fondent notre système juridique.
Faire une loi pour réglementer les tenues de plage relève d’un tout autre défi.

Faire une loi « anti-burkini » : mission impossible
D’abord, rappelons qu’une loi doit avoir une portée générale et impersonnelle. Interdire le « burkini » seul sur la base de « c’est un symbole de l’islamisme rampant qui envahit la France », ça ne marcherait pas.

Mettons alors que pour permettre d’interdire le « burkini », on décide de faire une loi qui interdise tout port de signe religieux dans l’espace public. On se heurte cette fois-ci au principe de laïcité, qui implique la liberté de vivre et d’exprimer ses croyances. Comme dit plus haut, la loi n’est pas là pour juger si certaines croyances sont « aliénantes », « obscurantistes » ou « idiotes », ni pour définir si certaines croyances sont meilleures que d’autres. Le droit est juste là pour réguler la vie en société pour permettre à chacun-e de vivre librement sans empiéter sur la liberté des autres.

Ensuite, il faudrait déterminer ce qu’est un signe religieux : comment savoir si une femme couverte à la plage le fait par conviction religieuse ou pour toute autre raison (pudeur personnelle, peau sensible au soleil, etc.) ? Comment savoir si un homme porte une barbe parce qu’il est salafiste ou juif orthodoxe ou parce que c’est un hipster ou un adhérent de la CGT ? Si le policier chargé de dresser le PV le fait sur sa seule appréciation personnelle, on tombe pour le coup dans l’arbitraire : or, au risque de me répéter, une loi doit être de portée générale et impersonnelle.

Reste alors à légiférer sur l’ensemble des tenues portées sur la plage. On pourrait faire une loi indiquant quel pourcentage total du corps peut être couvert sur une plage (il faudra également bien définir sur quelle zone s’applique cette loi : uniquement sur le domaine public maritime, ou également sur les bords de lacs ouverts à la baignade, à Paris plage, dans les piscines publiques ?). Les gens pudiques, les gens à la peau sensible au soleil et les plongeurs apprécieront. Et si l’on élabore une telle loi, sur quel fondement le fait-on ? Bref, dans tous les cas, ça sera probablement plus que bancal, et il y a fort à parier que le Conseil Constitutionnel ou la Cour Européenne des Droits de l’Homme y trouve à redire, rapport à la liberté individuelle.

En conclusion : vous êtes libres de dire n’importe quoi, mais pas d’imposer votre bêtise aux autres
Chacun-e est donc libre de s’habiller comme il ou elle le veut et d’exposer ses convictions religieuses par son accoutrement sur l’espace public (4), comme vient de le rappeler le Conseil d’Etat.

Qu’on s’en désole ou qu’on s’en réjouisse, en France, le droit limite l’action du pouvoir politique et administratif, au nom des principes même qui fondent notre République et au premier duquel, la liberté. Trouver cela pénible et frustrant de ne pas pouvoir faire ce que l’on veut quand on a le pouvoir, c’est une chose, mais en réfléchissant deux secondes, ça n’est finalement pas si mal.
Certain, au lendemain des attentats, ont dit vouloir remettre en cause l’État de droit pour être plus efficaces dans la lutte contre le terrorisme et l’idéologie djihadiste. Mais remettre en causes nos principes démocratiques sous prétexte de les préserver du péril obscurantiste n’est-il pas paradoxal et surtout extrêmement dangereux ?
(1) : Bien sûr, dans les faits, parfois « il y en a qui sont plus égaux que d’autres » face au droit, mais on est quand même pas les plus à plaindre.
(2) : Qui est bien souvent en fait un niqab, mais quand on passe son temps à dire des bêtises, on n’est plus à une approximation près.
(3) : On pourrait pourtant dire qu’un cortège de manifestant-e-s revêt un caractère traditionnel en France, mais allez savoir pourquoi, la jurisprudence ne va pas dans ce sens.
(4) : Celles et ceux qui pensent encore que la laïcité est l’interdiction de toute expression religieuse, le lien vers l’ordonnance est plus haut dans le texte, allez la lire, tout est dedans.